La dualité du commandement des FFI dans le Loir et Cher

( février-septembre 1944 ).

Ce texte a été rédigé sur la base de la conférence présentée au Centre de la Résistance, de la Déportation et de la Mémoire à Blois, le 30 mai 2024.

Les points qui portent sur l’organisation de la Résistance, la création du CDL, le commandement des FFI au printemps 1944, seront ici limités à l’essentiel et feront l’objet de textes ultérieurs plus développés.


C’est à la Conférence de Téhéran (28 novembre -1er décembre 1943) qu’est prise la décision d’un débarquement en France au printemps 1944.

Cette perspective va poser en termes renouvelés le rôle de la Résistance intérieure française qui va avoir en responsabilité d’immobiliser et repousser au maximum les troupes allemandes pour permettre l’avancée des armées alliées et la libération progressive du territoire national.

Cette perspective, à échéance de quelques mois, rend urgente la finalisation de l’unification militaire de la Résistance.

La création des FFI

Le 29 décembre 1943, l’Armée Secrète (AS) et les Francs Tireurs et Partisans Français (FTPF) se mettent d’accord pour unifier leurs commandements militaires aux niveaux national, régional et départemental constituant ainsi les Forces Françaises de l’Intérieur (FFI)

Le Comité Français de Libération Nationale (CFLN) officialise la création des FFI, le 1er février.

Le 26 février, l’Organisation de Résistance de l’Armés (ORA) est à son tour intégrée complétant le regroupement des organisations armées de la Résistance.

Le 4 avril, le général Koenig est nommé commandant des FFI.

Il commande aussi les forces militaires françaises en Angleterre et il représente le CFLN auprès d’Eisenhower, commandant en chef du Suprême Headquarters Allied Expéditionary Force (SHAEF).

L’Etat-major des FFI (EMFFI) est installé à Londres fin avril, dirigé par le général Koenig.

Le Loir et Cher appartient d’abord à la Région FFI/P (grande Région parisienne) puis après une restructuration à la Région FFI/P2 (Eure et Loir, Loiret, Loir et Cher, Cher-Nord).


La mise en place des Régions Militaires.

Le Bureau Central de Renseignements et d’Action (BCRA) créé dès juillet 1940 à Londres par de Gaulle (il a eu plusieurs appellations) a joué un rôle majeur pour les activités clandestines de la France Libre sur le territoire national. Il supervise l’AS.

Après l’arrestation du général Delestraint, commandant de l’AS le 9 juin 1943, le BCRA décide une décentralisation de sa structuration pour renforcer sa sécurité et son efficacité.

Des régions militaires avaient ainsi été mises en place sous la responsabilité de Délégués Militaires Régionaux (DMR).

Ces DMR, à l’origine, ne devaient pas être des chefs militaires, qui auraient pu être perçus comme des concurrents des chefs militaire locaux, mais être un appui pour les organisations de la résistance ( parachutages, instruction militaire, etc.)

Le 10 mars, de Gaulle nomme un Délégué Militaire pour la Zone Nord (DMZN) et un Délégué Militaire pour la Zone Sud (DMZS).

L’ensemble du dispositif est complété par des Délégués Militaires Départementaux (DMD).

La nomination de Délégués Militaire Départementaux (DMD) commence à partir de l’été 1943.

Il n’y aura pas de DMR ni de DMD, pour la région dans laquelle est inclus le Loir et Cher, jusqu’à la fin mai 1944.


Le Conseil National de la Résistance (CNR) et les FFI

Le 1er février 1944, le Comité Central des Mouvements de Résistance composé des MUR (Mouvements Unis de la Résistance : Combat, Francs Tireurs et Libération Sud) et du Comité de Coordination des Mouvements de Zone Nord ( CCZN : OCM, Libération Nord, Ceux de la Résistance, Ceux de la Libération, Front National) créent le Comité d’Action Militaire.

C’est le COMAC (d’abord COMIDAC et à ne pas confondre avec un organisme du même nom siégeant à Alger).

En avril, est créé sur le sol national, un Etat-Major National des FFI (EMNFFI).

Le 13 mai, le CNR décide que le COMAC relèvera de son autorité.

La création du COMAC va poser trois problèmes majeurs à de Gaulle.

- Le COMAC symbolise l’unification de la Résistance intérieure et son « autonomie » sous l’autorité politique du CNR.

- Il est vécu comme un instrument d’affaiblissement de l’autorité militaire du CFLN auprès des Alliés, au moment où celui-ci « joue des coudes » pour être pris au sérieux et peser sur les décisions des Alliés. On le sait, les Américains se méfient de de Gaulle.

- Enfin, il est considéré comme étant sous l’influence des communistes dont plusieurs membres siègent dans sa direction. Dans l’immédiat, c’est le débat récurrent sur la stratégie de la Résistance : intensifier tout de suite la guérilla armée comme le prône le PC contre l’Occupant ou se réserver pour le déclenchement de la phase de libération nationale avec le débarquement. Pour la suite, c’est la crainte de ce que pourrait « peser » le PC au moment de la libération, car il est soupçonné de vouloir préparer le déclenchement d'un mouvement insurrectionnel pour la prise du pouvoir.


La création des Comités Départementaux de Libération (CDL)

Déjà en gestation, les CDL sont créés à l’initiative du CNR, par l’ordonnance du CFLN du 21 avril 1944 portant organisation des pouvoirs publics en France après la Libération.

Pour l’heure, ils vont être des CDL clandestins.

Ils sont chargés d’encadrer la mise en place des pouvoirs publics et de l’épuration des collaborateurs et des traitres.

Ils doivent contribuer à apporter de l'aide aux réfractaires du STO, aux maquis, aux familles de prisonniers et de déportés.

Ils doivent réfléchir et faire des propositions pour la composition des assemblées en attendant des élections officielles et pour de nouveaux responsables administratifs.

Leur composition doit refléter l’ensemble des forces politiques, syndicales et de la société civile de leur département.

Ainsi dans chaque département, la Résistance s’organise autour :

- d’une structure militaire, les FFI, mais relevant d’un commandement bicéphale : le EMFFI à Londres de Koenig avec les régions militaires d’une part et d’autre part le EMNFFI à Paris du COMAC.

- d'une structure civile : le Comité Départemental de Libération du CNR.

( il y aura aussi, non prévus dans l’ordonnance du 21 avril, des Comités Locaux Départementaux).

Le Loir et Cher va être le théâtre d’une âpre dualité conflictuelle pour le commandement des FFI.

Les composantes de la Résistance en Loir et Cher au printemps 1944 :

Le Front National : un statut de « mouvement »

Il se constitue après l’appel du PC, le 15 mai 1941 dans l’Humanité clandestine, pour la constitution d’un vaste rassemblement, ouvert aux non communistes et à tous ceux qui veulent libérer la France.

En décembre 1942, la direction en est confiée dans le Loir et Cher à Lucien Jardel, un enseignant pourchassé de la Région parisienne dont le père a été maire de Bracieux.

Les FTPF sont placés sous l’autorité du FN.

Le FN est organisé en sections. Il a été « une porte d’entrée »vers les FTPF. Ses membres ont assuré une large part de la logistique arrière des résistants : boites 

aux lettres, hébergement, lieux de réunions, impression de la propagande, soins par des médecins, etc.

Il acquiert de l’audience dans des couches diversifiées de la population.

Il édite un journal départemental clandestin : « le Patriote » (17 numéros diffusés)

Les FTPF : une organisation pour la lutte armée

Elles résultent de la fusion au niveau national en juillet 1940, de trois organisations armées créées par le PC dès 1940 : l’organisation Spéciale (OS), les Bataillons de la Jeunesse et les groupes de la Main Oeuvre Etrangère (MOI).

Début 1941, on trouve des jeunes communistes membres de l’OS dans le Loir et Cher et dès leur création, on trouve des affiliations aux FTPF encore embryonnaires dans le département.

C’est une organisation très structurée et hiérarchisée sur la base des triangles de direction (comme celle du PC) pour un maximum de sécurité et coiffée par un Etat-Major départemental.

Le Loir et Cher appartient à une Inter-Région FTPF : Loir et Cher, Indre, Loiret, Cher et Nièvre, avec une pratique de mobilité interne en fonction des besoins en cadres des départements et de la répression.

Si les cadres FTPF sont généralement communistes ou nommés parmi des « compagnons de route » du PC, une partie importante de ses membres sont non communistes.

Les jeunes notamment sont attirés par leur combativité et une ambiance de camaraderie.

Les FTPF ont une implantation dans tout le département. Ils sont l’organisation armée la plus nombreuse.

Ses chefs emblématiques furent André Delaunay et Marcel Bisault, tués par les Allemands le 13 août 1944.


Un bref retour sur le PC : il était peu implanté avant la guerre et avec des résultats électoraux faibles dans le Loir et Cher. Dissous en septembre 1939, il se reconstitue dans la clandestinité à partir de l’été 1940 sous la direction de Bernard Paumier, un des responsables du journal « La terre » à destination des paysans.

Il a été l’objet de plusieurs « vagues » de répression : 31 janvier 1941 (militants placés en résidence surveillée) par Vichy), 18 avril 1941 ( arrestations par les Allemands), 21/22 juin 1941 (arrestations par les allemands), été 1941 ( démantèlement de la Jeunesse communiste par Vichy), mai 1942 ( représailles des Allemands après l’attentat de Romorantin).

Malgré la répression, son audience va croissante.

Il diffuse un journal clandestin : « le Travailleur de Loir et Cher ».


Libération Nord

Libération Nord : avant tout un mouvement.

C'est un mouvement créé en zone occupée, initié en novembre 1941 par « le groupe des 12 » : des socialistes modérés, des syndicalistes non communistes de la CGT et des syndicalistes chrétiens.

Dans le département, Libération Nord a des liens étroits avec la SFIO, très influente dans le Controis et la vallée du Cher qui constituent l’assise territoriale principale de Libération Nord.

Le Mouvement Amsterdam Pleyel ( contre le fascisme et pour la paix) et le Front Populaire y ont laissé un ancrage unitaire.

Le député-maire SFIO de Contres, Robert Mauger et le sénateur républicain-socialiste de Saint-Aignan, Joseph Paul-Boncour ont voté contre les pleins pouvoirs à Pétain le 10 juillet 1940.

La SFIO est bien sûr proscrite.

Ses membres et sympathisants participeront d’abord à des actions individuelles, des filières d’évasion et de renseignements.

Ils s’investiront massivement au sein des groupes du Réseau Adolphe du SOE (les services secrets britanniques).

Le Réseau Adolphe « tombe » le 21 juin 1943 avec des dizaines d’arrestations et 27 déportés.

Mauger échappe de peu à l’arrestation.

Le 1er juillet 1943, Théo Berthin (réfugié dans la vallée du Cher avec des camardes) est nommé chef départemental de Libération Nord et met en place le mouvement.

Un partie des membres passe au service du BOA rattaché au BCRA dont Julien Nadau devient le responsable.

Libération Nord : peu de groupes armés.

Le mouvement créera peu d’organisations armées, peu de maquis.

Le corps franc de Théo Berthin, centré sur Contres et la vallée du Cher, sera par contre très actif, notamment dans le domaine des parachutages et de la guérilla contre les Allemands. On trouve des traces de LibéNord aussi dans le Vendômois et le Blaisois.
LibéNord s’appuie surtout sur son réseau de notables et d’anciens élus soucieux de préparer l’avenir, le renouvellement des instances institutionnelles et d’y assurer la présence optimale de leur courant d’idées.

L’Organisation de la Résistance de l’Armée.

L’ORA : présente dans le Loir et Cher à partir de début 1943.

L’ORA a été créée, au niveau national, le 31 janvier 1943 après la dissolution de l’armée d’armistice le 27 novembre 1942, faisant suite à l’occupation de toute territoire national le 11 novembre par les Allemands en réponse au débarquement allié en Afrique du Nord le 8.

Elle va réunir des militaires décidés à résister et à reprendre le combat contre les Allemands.

Certains avaient déjà commencé à agir au sein de l’armée, après la défaite, notamment en camouflant de l’armement et/ou en les faisant passer en zone non occupée.

Elle se veut apolitique et à vocation exclusivement militaire, en mettant ses membres au service des résistants pour les encadrer, les former, aider à l’efficacité de leurs actions.

Le Loir et Cher appartient au groupement ORA Centre : Loir et Cher, Loiret, Cher, Nièvre.

Il est dirigé par le colonel Bertrand, ex-chef du 1er RI cantonné à St.Amand Montrond.

Dans notre département, l’ORA semble avoir été dirigée d’abord par le lieutenant-colonel François Sauvage de Brantes (château de l’Etoile à Authon du Perche).

Par le capitaine Norbert Henry, muté de l’ORA/Dordogne, à partir d’août 1943.

Par Georges Hutin ? ( voir ANNEXE )

Par le lieutenant-colonel Henri de la Vaissière de Lavergne (manoir de la Motte à Lassay-sur-Croisne.)

La date et les modalités de sa désignation restent à préciser car plusieurs versions existent ( voir ANNEXE).

De même, sa participation antérieure à la Résistance dans la Nièvre que mentionne le peu d’écrits qui lui ont été consacrés, demeure pour l’heure « un mystère » (je poursuis mes recherches sur ce point).

L’ORA : un mixte d’organisation armée et de mouvement.

L’implantation notable de l’ORA dans le Vendômois et le nord du département doit beaucoup à l’impulsion de Georges Hutin dont nous reparlerons ci-dessous.

Civil mandaté par l’ORA nationale pour contacter les organisations politiques de la Résistance en Loir et Cher, installé à Azé dans le Perche vendômois, il va contribuer à façonner cette double fonction de l’ORA dans notre département.

Certes, ses responsables seront des officiers et sous-officiers appartenant pour plusieurs à l’armée de réserve.

Mais elle recrutera directement des civils comme les FTPF ou LibéNord.

Elle sera organisée en groupes et en sections.

Elle exercera une force d’attraction pour des membres, isolés dans cette zone, de l’OCM, Vengeance, du SOE, de LibéNord, etc.

Charles Verrier, commandant du 2e bataillon FFI puis du 4e RIA sera un de ses principaux représentants.

L’ORA fut longtemps considérée comme de sensibilité « giraudiste », considérant le général Giraud comme le chef légitime de l’armée. L’ORA se ralliera ultérieurement à de Gaulle lorsqu’il supplantera définitivement Giraud après leur période de co-présidence du CFLN.

L’ OCM et Vengeance

L’OCM est un des grands mouvements de la Résistance, composante de l’AS et membre du CNR.

A ses débuts, elle a recruté principalement dans les les catégories supérieures de l’industrie et du commerce, mais aussi chez les fonctionnaires, professions libérales et les militaires.

Vengeance

L’influence de ces deux mouvements dans le Loir et Cher se situe surtout dans la Sologne dite « la Grande Sologne », celle des grands domanies forestiers et des chasses.

L’OCM et Vengeance (souvent appelée Libération-Vengeance car c’est Ceux de la Libération qui la représente au sein du CNR) se rassembleront dès le débarquement pour former les FFI de Sologne qui deviendront la base résistante se réclamant de Marcel Matron.

Ces deux organisations couvrent aussi la Sologne du Loiret et ce département jouera le rôle essentiel quasi tutélaire sur la Résistance OCM, VPO et Vengeance du loir et Cher.

Marcel Matron de St. Viâtre pour les VPO, Antoine Vincent le garagiste de Salbris pour l’OCM et André Brasseur de Romorantin pour Vengeance en seront les principaux chefs.

Il faut avoir à l’esprit que l’OCM dans notre zone se transformera en VPO (voir ci-après), groupe que le préfet Keller jugera « grossi d’éléments triés sur le volet et composé en grande partie du personnel des propriétaires fonciers ».


La situation particulière de la vallée du Cher

Les caractéristiques de la Résistance dans la vallée du Cher portent la marque de l’existence de la ligne de Démarcation.

Nombre de passeurs appartiendront peu à peu à la résistance organisée.

Les passages ont crée des liens entre résistants des deux rives : futurs FTP et futurs Libé-Nord ont agi ensemble au sein des groupes SOE.

La partie du département restée en zone dite libre avait été rattachée au département de l’Indre qui constituera une force d’attraction organisationnelle pour des groupes de résistants notamment lorsque s’aiguisera la dualité de commandement au sein des FFI.

Réaliser l’unité politique pour réaliser l’unité militaire

Plusieurs hommes vont jouer un rôle décisif.

Robert Mauger : pourchassé après la « rafle de Contres » le 13 août 1943, il passe dans la clandestinité. Il participe alors à la reconstitution de la SFIO et devient membre de la direction du Comité d’Action Socialiste (CAS) et organise la résistance en province.

Au printemps 1944, il revient dans le Loir et Cher pour y préparer la Libération.

Il est déjà pressenti pour présider le Comité Départemental de Libération. Il reprend les contacts avec ses amis de la SFIO et de LibéNord.

Il va favoriser l’émergence de Louis Keller en le mettant en contact avec Henri Ribière, responsable national de LibéNord et membre du CNR.

C’est lui aussi qui mettra Louis Keller en relation avec Georges Hutin.

Louis Keller : c’est un haut fonctionnaire des Affaires Etrangères. En octobre 1941, il quitte ses fonctions par désapprobation de la politique de collaboration, tout en participant à la résistance clandestine au sein du Ministère.

Puis, il se retire dans le Loir et Cher où il possède une propriété (je n’ai pu encore la localiser). Il aide la Résistance (hébergement de réfractaires, fabrication de faux papiers).

Le CNR lui propose le poste de futur Préfet et il accepte.

Sa candidature est ratifiée par le CFLN.

Georges Hutin : après une carrière au Maroc où il fut secrétaire des Résidents Généraux du Maroc et un séjour à Alger, il dirige l’Office du Maroc à Vichy.

Opposé à Vichy et surtout connu pour son appartenance à la franc-maçonnerie, il est révoqué en 1942.

Il vient se réfugier chez des amis au château de la Rouillère à Azé.

Il dit être un des fondateurs de l’ORA avec les généraux Verneau et Frère qui lui confient des missions en province dont, nous l’avons vu, celle de rassembler les organisations civiles du département (voir ANNEXE).

Des liens unissent ces trois hommes.

Ceux de la franc-maçonnerie pour Mauger et Hutin ( je l’ignore pour Keller).

Ceux du Maroc pour Keller et Hutin dont les familles furent longtemps présentes au Maroc.

L’entrée des communistes au CDL

Appliquant les positions du CNR pour que les CDL soient représentatifs de toute la Résistance, Keller et Hutin vont « rechercher » les responsables communistes, au sens propre du terme !

De plus, la présence du PC est nécessaire à l’autorité du CDL en raison de leur poids au sein de la Résistance.

La première rencontre avec les responsables communistes Emile Dubois (pseudo Jacques François), métallurgiste et André Faucheux, cheminot, a lieu à Azé chez l’instituteur André Jeulin.

D’autres suivront.

Un accord semble avoir été trouvé sans trop de difficultés et acte l’entrée du PC dans le CDL et celle du Front National.

Ces réunions ont eu lieu dans les bois de Sudais, entre Chaumont et Vallières les Grandes.

Près de la « planque » de Robert Mauger.

Nous sommes en avril 1944 ( peut-être même début mai).

L’intégration immédiate des FTP au sein des FFI

C’est lors d’une de ces réunions, que Jardel pour le FN et Théo Berthin pour LibéNord sont présentés à Valin.

Henri de la Vaissière a choisi pour pseudo un lieu-dit de son domaine à Lassay-sur-Croisne.

Valin vient d’être désigné par le CDL pour prendre le commandement des FFI ( voir ANNEXE ).

Dès cette désignation, le FN donne l’ordre aux groupes FTP de se ranger sous les ordres de Valin.

Il s’agit d’unité de commandement. Chaque composante armée de la résistance conserve ses formes d’organisation.

Ainsi, il y aura encore un Etat-Major des FTP au 1er juillet 1944.

Le Loir est Cher est un des rares départements où dès le départ, les FTP seront complètement partie prenante des FFI.

Georges Hutin dira même que ce fut « le seul » département.


Les FFI sous le commandement du Lieutenant-colonel 

« Valin »

L’Etat-Major de Valin

La présence de Du Crest permet de le dater : nous sommes début mai 1944.

Valin mériterait une étude spécifique car très peu de choses ont été écrites sur lui.

Il a 44 ans. Il est lieutenant-colonel de l’Armée de l’Air depuis mars 1943. Son groupe de reconnaissance avait été maintenu dans l’armée d’Armistice. Il est donc renvoyé dans ses foyers à la date du 1er Décembre 1942, après la dissolution.

Il se retire en Sologne. Puis, comme indiqué plus haut, on perd sa trace jusqu’en février 1944.

Mais les quelques témoignages sur lui dessinent un personnage charismatique qui saura se fera admettre, respecter, admirer et « aimer » de ses FFI.

La composition de l’Etat-Major

Ses missions


Ses membres, en premier lieu ceux nommés sur des secteurs géographiques, doivent prendre contact avec les groupes existants.

La priorité est en effet le recrutement et l’organisation des FFI et des maquis.

L’autre urgence est la formation de ces recrues ou leur perfectionnement dans le maniement des armes.

Comme chaque composante maintient son entité, il faut coordonner leurs actions.

Le développement et l’amélioration des liaisons entre tous les acteurs de la Résistance, dont tout ce qui touche à l’intendance et au service de santé, sont primordiaux.

Cet Etat-Major évoluera. Valin l’élargira notamment à Roger Bourgoin (Bernard Palissy ou Camille) un des principaux chefs FTP ou à Charles de Cassin et Jean Monchicourt pour renforcer le 2e Bureau (s’occupant du renseignement).


La charnière de fin mai-début juin 1944

De nouveaux représentants des Alliés parachutés

L’approche du débarquement conduit les Alliés à prendre des mesures pour accélérer l’armement de la résistance intérieure.

Des représentants des services secrets anglais (le SOE) et des Américains (OSS) vont être parachutés pour cette mission :

- nuit du 9/10 mai : Philippe de Vomécourt (ce sera « St. Paul ») qui a en charge : Loiret, Loir et Cher, Sarthe, une partie de l’Indre et Loire et de l’Indre.

Il est assisté de Stanislas Makowski (« Dimitri » ou « Maurice ») et de la radio Muriel Byck.

Il va mettre en place un nouveau réseau du SOE : Ventriloquist/Antoine.

- nuit du 27/28 mai : Roger Henquet (« Roland »), assisté du radio Herbert Bruckner (« Hubert »).

Sa mission s’inscrit dans l’action Hermit commune au SOE et au OSS pour le triangle : Le Mans, Tours, Orléans.

Les deux s’accordent pour se partager le Loir et Cher : le Nord de la Loire à Henquet, le Sud à de Vomécourt.

Il faut aussi citer Pearl Whitherington (« Pauline ») envoyée par le SOE dans le nord de l’Indre et qui armera une partie de la Résistance du sud du Loir et Cher.

Il y aura aussi des missions alliées dites Jedburgh et Sussex pour renforcer après le débarquement les collectes de renseignements sur les Occupants et leurs mouvements de troupes ainsi que diversifier l’aide alliée à la résistance.

Le récurrent problème de l’armement de la Résistance

Depuis le début, la Résistance intérieure est tributaire de Londres pour son armement : des anglais au travers du SOE, des anglais toujours via le BCRA et son BOA pour la France Libre, puis des anglo-américains.

Ces services avaient quasi exclusivement armé la Résistance non communiste.

La demande d'armement est un leitmotiv permanent de toute la Résistance. La faiblesse de cet armement a pesé sur les possibilités de création de groupes de combat.

L’ostracisme à l’égard des FTP pour les raisons décrites plus haut a été elle aussi permanente.

Le déclenchements des différents Plans ( Vert, réseau ferré ; Violet, lignes téléphoniques ; Bleu, lignes à haute tension ; Tortue, réseau routier, etc.) que doit mettre en oeuvre la Résistance intérieure au moment du débarquement, repose le problème de l’armement des FTP au sein des FFI.

Les représentants parachutés par les alliés vont avoir des attitudes différentes : Henquet et Pauline accepteront de les armer en raison de leur apport et de leur engagement sur le terrain ; de Vomécourt résistera ou tentera de subordonner un armement des FTP à leur ralliement à son leadership.


L’afflux après le débarquement

Le débarquement, et l’espoir qu’il soulève, se traduit aussi par un afflux au sein des FFI et des maquis.

Les jeunes participent fortement à ce mouvement.

On assiste à la création de maquis comme celui de Souesmes dès le 6 juin par fusion du groupe FFI et des FTP ; comme celui de St. Lhomert le jour même d’un important parachutage au lieu-dit le 26 juin.

Par contre, il n’y aura pas « d’afflux » chez les militaires malgré l’appel de de Gaulle et Koenig les appelant à venir encadrer tous ces résistants qui ont urgemment besoin de formation et d’organisation.

Selon le préfet Keller, seuls sept officiers répondront à cet appel dans le Loir et Cher !

Notons ici, la promulgation d’un texte qui va amorcer le processus d’intégration des FFI dans l’armée régulière : l’ordonnance du 9 juin qui leur reconnait la qualité de militaires, donc couverts par la Convention de la Haye alors que les Allemands les considéraient comme des « terroristes » échappant aux protections du droit international.

Les FFI sous le commandement du Commandant 

« Dufour »

Fin mai : Marc O’Neill nommé DMR

Fin mai 1944, un Délégué Militaire Régional (DMR) pour la région militaire P2 est nommé.

Il a en charge : l’Eure et Loir, Loir et Cher, Loiret, Cher.

Il s’agit de Marc O’Neill, capitaine en 1940, issu de St. Cyr et de l’Ecole de Cavalerie de Saumur.

Il avait refusé de prêter serment à Pétain et agi pour le camouflage d’armes.

Fin 1942, il entre à l’OCM qui lui confie la direction de la Région parisienne. Il a pour adjoint Henri Vésine de la Rüe (« Bayard »). En juillet 1943, il quitte l’OCM pour participer à la création des VPO, par refus de la présence des communistes au sein du CNR. Son ami Jacques Leroy-Ladurie, issu du syndicalisme agricole, ex-ministre de l’Agriculture et du Ravitaillement de Vichy, finance les VPO.

Les VPO seront en fait une sorte d’annexe de l’OCM. O’Neill s’installe dans le Loiret et organisera le maquis de Lorris, le plus important du Loiret.

Il avait été nommé commandant des maquis pour la Zone Nord.

Dès sa nomination de DMR, il noue des contacts avec de Vomécourt pour avoir des armes : il bénéficiera de plus de 50 parachutages.


1er juin : Marcel Matron, premier DMD nommé pour le Loir et Cher

Marcel Matron est originaire d’Orléans. A son retour de captivité, il s’installe à St. Viâtre (Loir et Cher) où il possède une exploitation forestière.

Il était membre à l’origine de l’OCM mais suit ses chefs aux VPO, sous l’impulsion de O’Neill.

Il se rattachera aussi un temps à Vengeance.

C’est le fondateur du maquis de St. Viâtre. Il est très actif dans toutes les activités de la Résistance.

O’Neill le nomme d’abord responsable des maquis pour la Sologne de Loir et Cher.

Le 1er juin, il le nomme avec l’accord du DMZN, Délégué Militaire Départemental (DMD) de Loir et Cher.

D’un côté, cette nomination est vivement contestée par les groupes qui considèrent Valin comme le chef légitime des FFI du département.

Ces réactions se nourrissent aussi de la personnalité de Matron qui affiche une forte opposition aux FTP.

Il leur a plusieurs fois refusé des armes.

De l’autre côté, les groupes influencés par de Vomécourt qui soutient O’Neill et Matron, refusent de se placer sous les ordres de Valin.

16 juin : Henri Vésine de la Rüe, deuxième DMD nommé pour le Loir et Cher

Matron ne réunit pas un consensus minimal pour pouvoir être imposé d’autant que ce n’est pas un militaire.

Ainsi, les opposants au commandement de Valin font valoir qu’il le tient des organes « politiques », le CNR et CDL, alors qu’eux ne veulent relever que d’autorités militaires, l’EMFFI et le DMN.

Ils réclament des clarifications à Londres, notamment Makowski l’influent adjoint de de Vomécourt.

Le 16 juin, O’Neill avec l’accord de Koenig, nomme son adjoint Henri Vésine de la Ruë, devenu « Dufour », DMD du Loir et Cher.

C’est un commandant, ancien de l’Ecole de Cavalerie de Saumur. Après la suppression de l’Armée d’Armistice, il entre dans la clandestinité et à l’OCM dont il devient chef d’Etat-Major pour la Région parisienne.

Il suit O’Neill aux VPO et est chargé de les développer en province.

Il s’était pour ce faire installé dans sa propriété du Loir et Cher, la villa des Pins, à Yvoy le Marron.

Il sera promu Lieutenant colonel par Koenig.

L’Etat-Major de Dufour

Fin juin : le compromis proposé par de Chezelles

La nomination de Dufour ne reçoit par l’accord des partisans de Valin.

Face à l’argument utilisé contre lui, Valin fait valoir qu’il relève lui aussi d’une autorité militaire, celle du COMAC et de l’EMNFFI.

Le dossier est alors transmis au colonel de Chézelles (« Fayel » ou « Crespin ») qui a été chargé par le COMAC du commandement de la région FFI/P2 qu’il cumule alors avec la P3.

Ce dossier sur la dualité de commandement dans le Loir et Cher est d’autant plus épineux que les positions des deux camps sont très affirmées. Il est une source d’affaiblissement à un moment décisif pour la Résistance qui devrait consacrer toutes ses forces aux dernières luttes contre les Occupants.

De Chezelles propose un compromis consistant en la partition des responsabilités entre les deux hommes.

Une sorte de dédoublement de la fonction de DMD.

Valin commanderait la zone au nord de la Loire.

Dufour celle au sud de la Loire, incluant aussi la Sologne du Loiret pour préserver l’unité géographique de la Sologne.

Londres de son côté, confirme O’Neill comme DMR et lui délègue la solution du conflit.

19 ou 20 juillet : le compromis proposé par O’Neill

A son tour, le compromis de de Chézelles ne reçoit pas l’adhésion des partisans de O’Neill et Dufour.

La situation risque de ne plus se limiter à des incivilités entre résistants mais de tourner à l’affrontement direct.

Les groupes FTP de Sologne et Romorantinais continuent à se revendiquer de Valin.

Le 19 ou le 20 juillet (les deux dates sont citées), O’Neill convoque les différents protagonistes à une réunion qui se tient dans un bois de taillis près de Chateuneuf-sur-Loire dans le Loiret.

D’un côté : O’Neill, de Vomécourt, Marcel Matron, son adjoint Robert Désir ; Dufour est absent.

De l’autre : Valin, Georges Hutin, Louis Keller, Roger Henquet avec une escorte.

Elle fut particulièrement tendue.

L’abbé Guillaume en donne une version dramatisée qu’il aggravera encore en conservant dans ses archives une attestation sur les menaces violentes que Valin aurait proférées contre O’Neill.

Lucien Jardel dira : « à la fin de la réunion chacun eut l’impression d’avoir échappé à un guet-apens. Nous pensons quant à nous que cette impression n’a jamais atteint le stade de l’intention ».

O’Neill propose un nouveau compromis : Matron conserverait la direction des groupes au Sud de la Loire ; Valin prendrait celle des groupes du Nord de la Loire ; Dufour coifferait les deux en tant que DMD.

Pas plus que les propositions antérieures, ce compromis ne fut pas accepté par les forces se réclamant de Valin qui, dans la zone Dufour, continuaient à se ranger sous son autorité.

Le 27 juillet, pour que les choses soient sans ambiguïté, le CDL confirme Valin dans ses fonctions de chef des FFI du Loir et Cher.

Mi-août : la réunion manquée Dufour-Valin

Le conflit est toujours latent, près à dégénérer.

Valin est accusé d’avoir inversé le compromis proposé par O’Neill, en s’estimant le seul chef départemental FFI ayant délégué à Dufour le commandement de la partie Sud.

De son côté, de Vomécourt réclame des clarifications à plusieurs reprises au War Office britannique (dont il relève). Le War Office se cale sur la position des instances françaises à Londres qui estiment que c’est au DMR de régler ce problème.

Dans la pratique, Dufour n’arrive pas à s’imposer aux groupes FTP.

Ainsi, à titre d’exemple, le maquis de St. Lhomert a déclaré son rattachement à Valin dès sa création. Comme des groupes FTP de la vallée du Cher qui rejoignent le Nord-Indre car ils ne veulent pas être subordonnés « aux anglais ». De Vomécourt et Makowski, en effet, ne se limitent pas à armer sélectivement la Résistance : ils la dirigent aux cotés de O’Neill et Dufour.

Aux alentours du 15 août, une nouvelle réunion devait avoir lieu entre Dufour, son adjoint Roche d’Estrez et Valin. Mais ceux-ci bloqués en route par la présence de patrouilles allemandes, ne purent s’y rendre.

Comme pour celle de juillet, l’abbé Guillaume rapporte que Dufour aurait pu y laisser la vie et là aussi, il va plus loin dans un document de ses archives, en faisant dire à Georges Hutin que Valin avait bien décidé de les supprimer « pour rester seul chef de la Sologne ».


Après le 16 août, une situation nouvelle

Le 7 août, Valin avait installé son QG chez les Vallois, au 20 rue Augustin Thierry.

Les évènements s’accélèrent : la Gestapo et les services administratifs allemands quittent Blois.

Dans la nuit du 9/10, les FFI libèrent les détenus de la prison de Blois.

Vendôme se libère le 11.

La rive droite de Blois est à son tour libérée le 16.

Le même jour, le CDL est officialisé et le préfet Keller s’installe à la Préfecture.

Les Allemands repliés sur la rive gauche résistent fortement.

Des colonnes allemandes ont amorcé leur remontée pour se diriger vers l’Allemagne et vont traverser le département : elles sont très agressives.

Les résistants multiplient les attaques contre les convois allemands et les sabotages sur les axes et moyens de transports, les équipements électriques et de communications, etc.

Les liaisons entre Valin et les membres de son Etat-Major avec les groupes du sud sont de plus en plus difficiles et dangereux alors qu’il faut décider et agir vite.

18 août : la réunion qui officialise le double commandement

Elle se tient à Blois autour du préfet Keller avec Valin et Dufour, leurs chefs d’Etat-Major Henry et Roche d’Estrez. Roger Henquet y assiste.

Tout laisse à penser que Keller a dû plaider pour une prise en compte réaliste de la situation et de ses exigences.

L’abbé Guillaume, la qualifie de « dramatique ».

Le colonel Henry souligne que Valin fit preuve de « sentiments élevés, conscient de l’intérêt général ».

Ainsi, Valin accepte de subordonner ses troupes à Dufour.

Il est intéressant de noter qu’il tient à préciser pour calmer les esprits que Dufour « est absolument indépendant du sieur Matron ». Il s’agit « d’un ordre impératif » et que « les groupes qui ne l’exécuteront pas seront considérés comme dissidents ».

Dans la pratique, on en revient au compromis proposé par de Chézelles.

Il ne fut pas facile à mettre en oeuvre.

Ainsi, le 21 août, Valin doit envoyer un ordre au sous-secteur de la Ferté St. Cyr, Dhuizon, St. Laurent des Eaux, etc. pour rappeler que les groupes FFI/Valin doivent se placer sous les ordres du capitaine Warren qui commande les FFI/Dufour.

Dès la libération de la zone sud autour du 1er septembre, les FFI/Valin retournent sous son autorité pour une large part.

Les FFI/Valin seront chargés « du nettoyage » de la vallée du Cher de la présence des derniers occupants.

Ils coopéreront avec le Nord-Indre.

Dès la libération de la zone sud autour du 1er septembre, les FFI/Valin retournent sous son autorité pour une large part.

Les FFI/Valin seront chargés « du nettoyage » de la vallée du Cher de la présence des derniers occupants.

Ils coopéreront avec le Nord-Indre.

Une dualité qui aura des prolongements

Le 28 août 1944, le Gouvernement Provisoire de la République Française (GPRF) supprime les Etat-majors FFI et met en place de nouvelles régions militaires.

Les décrets des 19 et 20 septembre organisent l’intégration des FFI dans l’armée.

Sur ce point, je renvoie à la Conférence présentée ici-même en novembre 2023, sur la constitution du 4e RIA et son départ sur le Front de l’Atlantique le 22 novembre 1944, par Mgr. Philippe Verrier.

Un simple rappel pour indiquer que :

- le 1er bataillon (commandant Judes, caserne Maurice de Saxe à Blois) sera intégralement composé de FTP.

- le 2e bataillon (commandant Verrier, caserne Rochambeau, Vendôme) sera composé pour 50% ORA, pour 50% FTP.

Très peu de FFI/LibéNord se porteront volontaires.

Un bataillon de marche du Loir et Cher (II/5) commandé par André Brasseur (Romorantin, SOE puis Vengeance) sera constitué avec des anciens FFI/Dufour.

Ce bataillon sera installé à Blois au départ du bataillon Judes. Il sera très mal accueilli par la population qui le considère « réactionnaire ». Le préfet exprimera plusieurs fois ses craintes de manifestations hostiles à son encontre. Il sera par la suite intégré au 90e RI.

Un autre bataillon de marche lui du Loiret (III/5) ira à Vendôme en remplacement du bataillon Verrier. Sans incidents.

Enfin, et c’est tout un symbole, le CDL refusera l’admission en son sein du commandant Brasseur, estimant le nombre de membres du CDL suffisant. Ce refus provoquera une vive protestation de la part du responsable national du mouvement Vengeance.

Quelques réflexions sur les causes de la dualité de commandement des FFI dans le Loir et Cher

On peut écarter des raisons d’appartenance militaire : les principaux protagonistes sortent de St. Cyr, de l’Ecole de Cavalerie de Saumur, de l’Ecole de Guerre ou d’Aviation, etc.

Pour la plupart, ils sont trentenaires ou dans la quarantaine, appartiennent à l’armée active et ont des grades proches.

Ils ont, par ailleurs, généralement participé, d’une manière ou d’une autre, aux activités clandestines de l’Armée puis à des organisations de la Résistance. Toutefois, certains choisiront l’ORA d’autres l’OCM.

Il est frappant de constater combien l’abbé Guillaume a tenté de minimiser les fondements de ces causes. Il a mis en avant la valeur militaire, pour lui, équivalente de Valin et Dufour (ce qui est vraisemblable et à ma connaissance n’a pas fait l’objet de doléances sur l’un ou l’autre).

Mais surtout, l’abbé Guillaume a surdimentionné les désaccords qu’aurait eu Valin avec des actions de groupes FTP en le faisant ainsi passer pour une victime, une sorte d’otage des FTP et d’être à la solde du PC et de Moscou !

Certes, certaines initiatives de groupes FTP furent irréfléchies et périlleuses dans le feu de l’action et de l’inexpérience. Mais Jardel soulignera que lorsque des difficultés se présentèrent, il y eut toujours la volonté de les régler positivement de part et d’autre.

Enfin, on relève le soin mis par l’abbé Guillaume pour présenter Valin comme un personnage violent, vindicatif et avide de pouvoir, comme si le conflit Valin/Dufour avait été une affaire d’égo !

Alors que les causes de cette conflictualité, qui fut incessante, touchent aux enjeux et caractéristiques de la Résistance.

- Elle reproduit au niveau départemental l’opposition entre les instances de la Résistance intérieure et la France Libre de Londres.

Valin est « enfant » du CDL, donc du CNR et du COMAC.

O’Neill et Dufour représentent le BCRA, et les structures FFI de Londres, en lien avec les services secrets alliés.

Les plus proches collaborateurs militaires de Valin ont fait le choix de l’ORA par opposition à « l’expatrié » de Gaulle car ils voulaient mener la lutte sur le territoire national comme Charles Judes qui avait carrément refusé de partir à Londres.

- Elle s’inscrit dans le débat sur l’avenir de l’armée après la guerre.

Valin est un défenseur des thèses sur « une nouvelle armée populaire », portées par le CNR et le COMAC. Les FFI devaient être l’élément fondateur de cette armée et son épine dorsale, assise sur de profondes modifications pour son recrutement, son organisation hiérarchique, son rapport aux institutions.

Charles Tillon, ministre communiste de l’Air, avait demandé à Valin d’élaborer un projet d’intégration des FFI dans une nouvelle armée de l’Air.

O’Neill et Dufour se situent dans la continuité de l’armée française traditionnelle. On note qu’ils ne tentèrent pas de constituer des bataillons FFI ayant vocation à constituer de nouveaux régiments ou à en renforcer d’existants. Ce n’était pas leur tasse de thé.

- Elle traduit une différence d’approche sur la place des communistes.

Valin reconnait leur rôle au sein de la Résistance. Ils les acceptent, si les communistes participent loyalement au renouveau démocratique du pays. Valin est de ceux qui sont persuadés qu’il faut dépasser les clivages de classe comme pendant la Résistance. Le patriotisme doit demeurer le ciment de la société d’après-guerre.

Pour O’Neill, « les communistes étaient le diable…il a créé les VPO pour les soustraire à l’autorité du CNR » rappelle son ami Charles Verny qui fut responsable des jeunes de l’OCM.

Son épouse précise : « Marc n’aimait pas la politique et refusait d’en faire. Il était anticommuniste et c’est tout ».

Du Crest, responsable du secteur de Romorantin pour Valin puis sous les ordres de Dufour, rapporte ce propos de Dufour, au lendemain de la libération de la ville : « Ce n’est plus la Gestapo mais le Guépéou auquel on affaire maintenant » !

- Enfin, elle reflète aussi des différences de milieux sociaux avec leurs valeurs,traditions et modes de vie :

La religion n’est pas un élément de différenciation car les principaux protagonistes de cette dualité ont quasiment tous des racines familiales très catholiques.

O’Neill, Dufour et plusieurs proches collaborateurs appartiennent aux milieux de la grande bourgeoisie aux attaches parisiennes.

Ils ont des liens avec le monde des affaires, de l’industrie, de l’appareil d’Etat pétainiste, de ceux aussi qu’on appelle   les « vichysto-résistants ».

Valin est issu d’une famille de la noblesse de province devenue modeste, alliée à des magistrats, des fonctionnaires des finances. Il rassemblera d’ailleurs plusieurs de ces nobles ruraux, les : de Soubeyran, de Lauzières, de Talencé, de Cassin, de Tristan, etc.

Le père de Charles Verrier était géomètre du Cadastre en Algérie ; celui de Charles Judes, médecin ; celui de Norbert

Henry, agriculteur.

Que sont-ils devenus ?

O’Neill : en septembre, 1944, il est nommé auprès de la Délégation Militaire Nationale de Chabon-Delmas.

Il amène avec lui Dufour, Matron, Désir et Pittaco.

Après un passage dans le privé, il rejoindra l’armée et il sera tué dans d’atroces conditions en Algérie le 18 juillet 1956.

Vésine de la Rue : il sera mis ensuite à la disposition des nouveaux services secrets français (la DGER), toujours en compagnie de Matron, Désir et Pittaco pour une mission dans les Alpes italiennes, jusqu’en juin 1945. Il fera une carrière politique dans les rangs des défenseurs de l’Algérie Française et sera un soutien public de l’OAS.

Charles Judes poursuivra sa carrière militaire. Il sera tué en Indochine, le 23 février 1952. Il est symbolique de ces résistants qui poursuivant une carrière militaire vivront le drame de se sentir à leur tour « des occupants » face à des peuples luttant contre la colonisation de leurs pays.

Lucien Jardel aura des fonctions dans la presse communiste et deviendra maire de Bracieux de 1965 à 1995.

Georges Hutin fera une carrière dans la Préfectorale et Louis Keller reprendra la sienne au Quai d’Orsay.

Robert Mauger redevient maire de Contres à la Libération. Il est aussi élu député, conseiller général et Président du Conseil Général. Sa santé l’obligera à mettre fin à sa vie publique dès 1946.

Théo Berthin retrouve ses activités de cultivateur.

….. le colonel Valin et le commandant Verrier tomberont sous les balles du FFI Gustave Schneider, à Auray le 19 décembre 1944.


            Thérèse GALLO-VILLA

                                                                                                        Monthou-sur-Cher, juin 2024

ANNEXE

 Henry, Valin et Georges Hutin

Qui, quoi, comment ?


Le colonel Henry : c’est lui dit-il qui propose Valin au colonel Bertrand pour le remplacer comme chef de l’ORA dans le Loir et Cher.

« A dater du 1er février 1944, le lieutenant-colonel de la Vaissière, prenant le pseudo de Valin fut désigné commandant ORA pour le Loir et Cher et commandant des FFI. Le capitaine Henry devient son chef d’Etat-major à la même date. L’organisation sur un type militaire des divers mouvements de la Résistance FFI, date en Loir et Cher de février 1944 »(1).

Jardel/Casas : « Un habile négociateur arriva à point pour sceller cette unité : Georges Hutin haut fonctionnaire révoqué par Vichy, secrétaire départemental de l’ORA, chargé de mission par le CNR »

 « L’une des premières décisions du CDL clandestin fut de désigner un chef militaire unique…le colonel Valin fut adopté par l’ensemble des responsables et par les chefs des trois organisations (cf. ORA, FTP et LibéNord » (2).

Georges Hutin : « ma carrière m’ayant permis de fréquenter beaucoup de militaires, en 1942, après la dissolution de l’Armée, j’ai été contacté par le général Verneau qui était le dernier chef-major de l’Armée et avec le général Frère nous avons créé l’ORA…le général Frère m’avait confié la représentation de l’ORA dans le Loir et Cher et c’est en cette qualité que je suis entré au Comité Clandestin de Libération…fait imposer la nomination du colonel Valin de la Vayssière comme commandant des troupes FFI et fait placer sous ses ordres les FTP qui n’ont jamais constitué une force indépendante… » (3)

Georges Hutin : « Je soussigné Hutin Georges, Préfet, Secrétaire Général de la Préfecture de la Seine, ancien chef départemental des FFI de Loir et Cher…(cf. ce titre de secrétaire départemental des FFI se retrouve dans d’autre attestations délivrées par Hutin à des résistants).

« Dès 1943, et tout en continuant ma mission d’inspection pour le Comité de l’ORA, je me suis occupé plus spécialement du département de Loir et Cher avant d’en prendre le commandement en Mai 1944, commandement que j’ai repassé ensuite au colonel de la Vaissière (alias Valin) » (4).

Le colonel Henry : « M. Hutin n’a jamais été chef de l’ORA et n’a pas été fondateur de ce mouvement…En avril 1944, le général Bertrand, chef de l’ORA est venu chez le capitaine Henry avec le colonel Franchi. Il lui a dit « il faut un contact avec les organisations civiles, je vous envoie « Georges » qui est franc-maçon. Cela ne vous gêne pas ? " Huit jours plus tard, le capitaine Henry a mis M. Hutin en contact avec le lieutenant colonel de la Vaissière qui était à la Mothe…M. Hutin a eu un rôle essentiellement politique… " (5).

Le préfet Keller : « Au mois d’avril 1944, désigné comme Préfet de Loir et Cher…je pris tout d’abord contact avec l’ORA dont le chef départemental était précisément Georges Hutin…l’activité de Georges Hutin s’étendit même aux questions militaires et les chefs des FFI pourront unanimement témoigner que l’union des troupes qui se sont placées sous leurs ordres est uniquement due à l’ascendant de Georges Hutin » (6).

Le Préfet Gabriel Delaunay : son rapport pour l’attribution de la Médaille de la Résistance à Georges Hutin (2 août 1946) :

« Un des fondateurs de l’ORA en France…il devient après l’arrestation du colonel de Brantes (mort en déportation) le chef militaire du département ».( 7)

Les attestations d’appartenance délivrées par les Services des FFI :

( Je n’ai pas encore pu me procurer celle concernant Georges Hutin compte tenu des délais d’attente de plus en plus longs !)

VALIN : « Etat-major FFI Secteur Nord Loir et Cher du 1er janvier 1943 au 3 septembre 1944 » (ce qui est impossible au 1er janvier 1943, écrit aussi en lettres comme dans toutes les attestations pour confirmer la date)

HENRY : « 4e RM , mouvement ORA, du 1er janvier 1943 au 1er août 1943

              « 1e RM, mouvement ORA, du 2 août 1943 au 16 août 1944.

Avis de la Commission Régionale FFI : « Reconnaissance des services FFI au mouvement ORA de Mr. Henry qui a commandé ce mouvement du 2 août 1943 au 16 août 1944 ». (8)

Il faut espérer pouvoir trouver d’autres documents d’archives pour clarifier ces deux questions du commandement de l’ORA et des FFI.

Mais le recoupement des données fiables déjà rassemblées pointent une nomination de Valin comme chef des FFI en mai 1944.

Notes

(1) La Résistance en Loir et Cher

(2) La Résistance en Loir et Cher

(3) ADCL 56 J 60

(4) ADLC 56 J 54

(5) ADLC 56 J 61

(6) ADLC 56 J 58

(7) Musée de l’Ordre de la Libération, dossier Hutin

(8) SHD


Sources

J’ai consulté une abondante documentation pour préparer cette conférence.

Je me limite ici à citer les principales sources.

Les ouvrages pour le Loir et Cher :

CASAS Raymond, Les Volontaires de la Liberté, PUF Vendôme, 1982.

GUILLAUME Paul (l’Abbé), La Sologne au temps de l’héroïsme et de la trahison », Imprimerie Nouvelle Orléans, 1950

JARDEL Lucien et CASAS Raymond, La Résistance en Loir et Cher, PUF Vendôme, 1964.

RIGOLLET Gilbert, Le Vendômois sous l’Occupation, PUF Vendôme, 1984.

VERRIER Philippe, Charles Verrier au service de la France, Edition Résistance 41, 2016.

Les dossiers de Résistants aux ADLC et au Service Historique de la Défense.

Aux ADLC : la série 1375 W ( archives de la Préfecture pour la période de la seconde guerre mondiale), la série 56 J (fonds René Duchene, Comité d’Histoire de la Seconde Guerre Mondiale), la série 141 J ( Papiers de Jean Martin-Dumézil concernant le Loir et Cher sous l’Occupation)

Mémoire des Hommes : les dossiers d’homologation des groupements appartenant aux FFI.

Des sites Internet divers dont celui de la famille O’Neill.