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D’Amboise à Bourré : la rafle du 10 septembre 1942.

Un piège orchestré par la Gestapo.


SOMMAIRE

Avant-Propos 
Introduction
Une rafle en deux temps 
Quelques semaines et jours avant : 

  • ...A Amboise, une locataire suspecte chez les Gabb.
  • ...A Pocé-sur-Cisse, Violette Lévy et le petit Jean sont dénoncés.
  • ...A Bourré, Marcelle Laurillou trouve un nouveau passage sur la Ligne. 
  • ...A Amboise, un autre locataire bizarre chez les Gabb.
  • ...A Bourré, Robert Firmin se prépare à un nouveau passage le 10 septembre. 
Le voyage d’Amboise à Bourré.
  • ...Marcelle Laurillou ne connaît pas les gens qu’elle va convoyer.
  • ... A Montrichard, chez Louis Serin : le trajet jusqu’à Bourré. 
  • ...Robert Firmin, le passeur, attend le signal. 
19 h 45, le piège se referme.
  • L’arrestation.
  • Le retour dans la soirée à Montrichard.
La nuit du 10 septembre : les arrestations à Amboise.
  • ...Marie-Louise et René Gabb sont tirés de leur lit.
  • ....Mme. Gabb tente de se suicider.
  • ...Mme. Gabb est conduite à l’hôpital d’Amboise.
  • ...Puis, vint le tour de Jean et Henri Thomas.
  • ...La traque de cette nuit du 10 septembre s’est poursuivie.
  • …René Gabb et Jean Thomas passent la nuit à la gendarmerie d’Amboise.
Une instruction ancrée sur trois questions. 
  • La mystérieuse « femme blonde ».
  • La participation de « la femme E » aux arrestations à Bourré. 
  • Et sa participation aux arrestations d’Amboise. 
  • Deux séquences, deux femmes. 
L’inertie complice de l’Administration de Vichy.
Pour Violette et Jean Lévy, la déportation immédiate. 
Pour les « passeurs » : d’abord la détention en France... 
... puis la déportation en Allemagne : 

La Gestapo à Tours.  
Un couple de collaborateurs.

  • Lui, un responsable de la LVF ( Légion des Volontaires Français contre le Bolchévisme ).
  • Elle, l’agent A. 203 à la Gestapo de Tours.
  • De violents conflits conjugaux;
  • Aucune anomalie mentale : une intelligence supérieure à la moyenne.

Marcelle Laurillou : la convoyeuse.

  • Une jeune tourangelle instruite.
  • Un couple conflictuel.
  • « Passeuse » ayant passé ou « passeuse » ayant fait passé ? 
  • Marcel Laurillou, le mari, devient membre des FFI.
  • Marcelle Laurillou reconnue « déportée-résistante ».


Louis Serin : le « voiturier ».  
  • Un marchand de bestiaux.
  • Un altruiste aux sympathies « anarchistes ».
  • Où est mort Louis Serin ?.  
  • Médaillé de la Résistance Française. 
Robert Firmin : le batelier.
  • Un jeune boucher.
  • De graves séquelles de sa déportation.
  • Actif dans le mouvement associatif déporté.
Louis Sirot : la victime collatérale,
  • Un cantonnier à la SNCF.
  • Le refus de dénoncer des compatriotes.
  • Une non reconnaissance de son silence.
Henri et Jean Thomas : de la chaux à la Résistance.
  • Jean, l’assureur.
  • Henri, le chaufournier.
Le couple Gabb : des professionnels du passage.
  • Une origine anglaise.
  • Un assureur devenu passeur.
Violette Lévy et Jean, 8 ans : un destin brisé....à quelques mètres de la liberté et de la vie !
  • Une parisienne.
  • Une professeure de gymnastique.
  • Un mari issu de la bourgeoisie israélite.
  • Des amitiés parmi les intellectuels anti-fascistes.
  • La guerre est là.
Les dernières semaines de Violette et de Jean.
  • ...un « point de chute » via un membre ou un proche de réseaux ? 
  • ...un contact du carnet d’adresses du Dr. Auneau de Bois le Roi ?
Jacques Lévy et la quête de la vérité.
  • ...d’abord sa mère.
  • ...puis son beau-père.
  • ...enfin, lui-même.
La légalisation des décès de Violette et Jean.
Une douleur à jamais.

Les sources 

Archives Départementales.
Les archives du Service Historique de La Défense.
Les registres d’Etat Civil des mairies.
Les sites spécialisés concernant la Déportation. 
Les témoignages de parents ou proches des victimes. 
Les témoignages « locaux ». 
Je remercie. 

La bibliographie  


Avant-Propos

En juin 2018, j’ai publié sur ce site un article sur la rafle intervenue à Bourré le 10 septembre 1942.

J’en étais restée là, même si j’étais consciente que cette étude demeurait inachevée, tout simplement parce que je ne disposais plus de nouvelles sources pour avancer.

Mais, le fait de ne pas connaître pourquoi et comment ce groupe s’était trouvé à Bourré ce jour-là continuait à m’interpeller.

Il faut dire que je passe en voiture quasiment tous les jours devant le lieu de la rafle et chaque fois, je pense en particulier à Violette Levy et Jean, son fils de 8 ans, que je visualise presque avec les pistolets des agents de la Gestapo, braqués sur eux.

J’étais donc toujours en alerte d’une information sur Internet en y tapotant périodiquement des noms de ces protagonistes, en posant des questions lors de mes contacts locaux.

Et trois faits vont me permettre de relancer mes recherches : un livre de Mélèze, auteur anonyme, sur « Marcel Mauss et son frère Henri » où il était fait état de Violette Lévy, la découverte du nom de la dénonciatrice de la Gestapo, l’identification de nouveaux membres du groupe des passeurs autour de Robert Firmin/Louis Serin.

Quand on trouve des « portes d’entrée », ce type de recherches dites d’investigation ( dont je dois avouer qu’elles me donnent parfois le sentiment d’être transformée en juge d’instruction ou en policière ! ), devient une sorte de construction de puzzle.

Les pièces s’emboitent, parfois après tâtonnement, une à une.

J’ai atteint mon objectif : je sais maintenant dans quelles conditions deux groupes reliés entre eux, celui dit d’Amboise, celui dit de Montrichard, ont été démantelés.

Ces nouvelles recherches m’ont conduit au cœur du fonctionnement et des méthodes de la Gestapo.

Elles m’ont permis de combler des vides, de corriger des erreurs, de réévaluer certaines appréciations.

A ce stade, bien évidemment, il demeure quelques aspects de cette rafle, sans explications.

J’espère, qu’une nouvelle fois, des éléments nouveaux seront trouvés ultérieurement.

Mais les chances se réduisent : tous les protagonistes et leur voisinage sont morts, la plupart n’ont pas ou plus de descendance.

Un couple de collaborateurs, surtout la femme, a joué un rôle central dans cette affaire.

Ils seront tous deux jugés et fusillés après la Libération.

J’ai décidé de ne pas citer leurs noms. Je m’en tiendrai à leur prénom et aux initiales de leur nom de famille.

Certes ces noms sont publics. On peut les trouver sur Internet. Les dossiers soumis aux institutions judiciaires de la période de l’Épuration sont maintenant communicables.

Ces deux là, et d’autres, furent de sinistres personnages aux mains rouges du sang de leurs compatriotes.

Le temps ne saurait effacer ou minimiser leurs crimes, surtout dans une période où l’antisémitisme, l’islamophobie et le racisme anti-tout ce qui est coloré, s’insinuent partout au quotidien.

Mais ce couple a eu neuf enfants. Leur descendance ne peut être tenue responsable de leur forfaiture.

Et je ne veux pas que cette étude, qui sera publiée sur Internet, devienne pour eux une éventuelle source d’opprobre.

Le plus important, c’est de garder la mémoire de leurs victimes, telles qu’elles furent, et dont je vais relater l’histoire tragique.

Il s’agit donc ci-après d’un nouveau texte, entièrement réécrit.


Introduction

En cet été 1942, la Résistance Intérieure Française est encore peu organisée en Loir et Cher.

Il existe quelques groupes de FTPF, dans la mouvance du Front National, initié par le PCF.

Le réseau Adolphe du SOE britannique est en train de se mettre en place et sera effectif fin 1942.

Libération Nord s’organisera après la chute du Réseau Adolphe en juin 1943.

Les structures du BCRA sont balbutiantes.

En Sologne, des individus et de petits groupes vont se rattacher au réseau Vengeance, à l’OMC où d’autres réseaux.

Quant à l’ORA son implantation sera plus tardive.

En Indre et Loire ( mais je n’ai pas poussé très avant sur ce département ), la Résistance organisée s’est structurée plus vite notamment au travers du SOE, de LibérationNord, du Réseau CND Castille, des FTP ou d’autres réseaux comme Darius, etc.

Par contre, des petits groupes, sans appartenance formelle à un réseau, se sont très vite constitués après l’Armistice, sur le refus de la capitulation de Pétain et le rejet de l’Occupation, en premier lieu de part et d’autre du Cher qui délimite la Ligne de Démarcation.

Les affinités familiales, professionnelles, géographiques, religieuses, philosophiques, politiques les cimentent.

Pour l’heure, l’essentiel des activités de cette première Résistance se concentre sur la collecte de renseignements transmis à des contacts qui à leur tour les feront acheminer par des voies diverses à Londres, la distribution de tracts et de journaux clandestins, le collage de papillons de la propagande gaulliste et communiste, et tout particulièrement dans le passage de la Ligne de Démarcation entre Bléré et la zone de Montrichard.

Les candidats au passage de la Ligne sont en effet nombreux : prisonniers évadés, personnes voulant retrouver de la famille en zone libre, volontaires pour rejoindre Londres via l’Espagne ou le Portugal, juifs, réfractaires au STO, etc.

Des groupes et des individus travaillent avec des filières d’évasion, en particulier celles de la Résistance belge.

Ils utilisent leurs parents, leurs amis, leurs collègues.

Mais nombre de personnes font passer la Ligne seuls, au mieux à deux, trois.

Certains sont devenus de vrais passeurs professionnels connus comme tels.

Leur nom et leurs coordonnées se transmettent de bouche à oreille, parfois fort loin.

Mais une grande partie des passeurs sont des occasionnels.

On passe la Ligne en barque, à gué, sur le manteau d’une écluse, caché dans un véhicule, déguisé en paysan ou ouvrier, etc...

Chaque passeur a sa méthode et ses circuits.

Parmi ces passeurs, une très petite minorité sera vénale et se fera rétribuée, parfois grassement lorsqu’il s’agit de juifs réputés comme tous riches ! Il semble, hélas, que ce soit le cas de deux de nos protagonistes sur Amboise.

Mais il faut dire et redire que dans leur masse, les passeurs le furent par altruisme et idéal, sans recherche de gain ou d’enrichissement, au péril de leur vie.

Le secteur de Montrichard était recherché pour le passage de la Ligne : proximité de Paris, présence de transports, étroitesse du Cher avec de nombreux îlots, de gués, d’écluses.

Des raisons de même nature existaient pour la zone de Bléré.

La réglementation allemande s’est durcie au fil des mois.

Les sanctions, prononcées par les tribunaux militaires allemands, allaient de quelques jours à trois-quatre semaines de détention en 1941 ou d’amendes plus ou moins substantielles.

Les peines pour le passage clandestin de la Ligne se sont peu à peu alourdies, au fil des mois.

En cette fin d’été 42, ces sanctions peuvent aller jusqu’à la déportation, s’il s’agit de juifs, de prisonniers évadés, de résistants, de passeurs.

Cet été 42 connaît en effet une accélération des arrestations et des déportations de juifs.

Les juifs de nationalité française sont dorénavant traités comme ceux dits « étrangers ».

Les rafles en province complètent celles du Vel’d’Hiv.

Rien que le 1er août 1942, plus d’une dizaine de juifs sont arrêtés à Montrichard dans les hôtels où ils attendaient pour passer la Ligne.

La promulgation des deux Statuts des Juifs en octobre 1940 et en juin 1941 n’avait guère ému la majorité de la population. L’antisémitisme avait imprégné une partie de l’opinion publique.

La population associera de l’indifférence avec des élans de générosité, tout particulièrement pour les enfants.

En cet été 1942, la réprobation des rafles et des internements de juifs sont manifestes et vont amplifier des évolutions en cours de l’opinion publique. La solidarité à leur égard se développe.

Les yeux s’ouvrent peu à peu sur la vraie nature du régime de Vichy : la politique officielle de collaboration, l’anéantissement des libertés démocratiques, les répressions, les difficultés grandissantes de la vie quotidienne, le non retour des prisonniers et le STO.... vont éroder l’image de Pétain, celle du « sauveur de Verdun » et du protecteur de la France face aux Occupants.

La perpective d’un débarquement Allié que l’on espère proche et la résistance des troupes soviétiques sur le front de l’Est nourrissent l’espoir et la volonté d’agir.

La tension monte chez les Occupants.

La Ligne de Démarcation va faire l’objet d’une surveillance plus étroite.

La chasse aux passeurs, aux patriotes, aux juifs va s’intensifier.

La Gestapo est à pied d’œuvre avec son réseau d’agents collaborateurs français qui vont observer, traquer, dénoncer, faire arrêter.

Tel est le contexte dans lequel un piège va être soigneusement organisé par la Gestapo et qui fera tomber, le 10 septembre 1942, comme les pièces d’un jeu de domino, deux groupes de passeurs d’Amboise à Bourré et arrêter une jeune femme juive et son petit garçon de 8 ans.

Une rafle en deux temps.

Le 14 février 1947, la Cour de Justice d’Angers condamne à mort pour « intelligence avec l’ennemi », Hélène FE.

Son recours en cassation est rejeté le 21 février.

Le Président de la République lui refuse sa grâce le 23 février et ordonne « qu’elle soit amenée à exécution ».

Elle est fusillée peu de temps après dans la cour de la Maison d’Arrêt d’Angers.

Elle avait déjà été condamnée à mort par contumace par la Cour de Justice de Tours le 24 février 1945 et le 11 septembre 1945 par la Cour de Justice d’Angers.

Elle était alors en fuite et sera arrêtée à Paris en août 1946.

Son mari Henri E, jugé par la même Cour de Justice de Tours, fut fusillé dans la cour de la Maison d’Arrêt de Tours, le 10 septembres 1945.

Le procès d’Hélène FE a été instruit durant plusieurs mois, d’août 1946 à février 1947.

Cette femme, employée officielle de la Gestapo, est à l’origine de dizaines et dizaines de dénonciations et d’arrestations de passeurs, résistants, juifs, etc...dans les départements d’Indre et Loire, puis du Maine et Loire.

Les deux affaires reliées entre elles, dites « l’affaire d’Amboise » et « l’affaire de Montrichard » ont été jugées donc devant la Cour de Justice d’Angers avec toutes les autres qui lui sont imputées, Angers étant le dernier lieu où avait sévi Hélène FE.

Les témoignages de parents, de gendarmes et policiers, d’autres agents français de la Gestapo emprisonnés, de personnes diverses ainsi que leur confrontation avec l’accusée permettent de reconstituer ce qui s’est passé le 10 septembre 1942.


Quelques semaines et jours avant :

......A Amboise, une locataire suspecte chez les Gabb :

 « Fin juillet, commencement d’août 1942, une jeune femme blonde, se disant parisienne et se faisant appeler Héléna, estivante à Amboise, louait chez ma belle-mère Mme Veuve Thomas, 26 rue de Bléré, une chambre pour une quinzaine de jours, désireuse disait-elle, au cours de ses vacances de visiter les châteaux de Touraine.

Ma belle-sœur Mme Renée Gabb et son mari vivant chez ma belle-mère avaient immédiatement accordé leur confiance à cette femme qui se faisait aimable et affectueuse, allant jusqu’à embrasser ma belle-sœur...Partant chaque jour par le car du matin ou de 13 heures ( vers Tours ) ou circulant en ville à Amboise...elle rentrait le soir se déclarant toujours satisfaite de ses randonnées...et après de longs entretiens avec ma belle-sœur qui s’était prise d’amitié pour elle, elle connut ainsi le futur passage de juifs...Gabb faisait un métier du passage de la Ligne de Démarcation...

Vers le 15 août, cette femme sans doute assez documentée annonça son départ pour Tours d’où disait-elle, il lui serait plus facile de visiter Langeais, Saumur, etc....Ce jour là, Héléna partant fut rappelée par Mme. Gabb...qui confidentiellement lui dit « Ce n’est pas sans risque que l’on vous fera passer ; alors je vous demanderai de nous donner 5 000 francs : 2 000 pour mon mari et 3 000 pour moi ». Helena ouvrit alors un portefeuille bourré de billets de mille francs et donnait immédiatement la somme demandée....

Une huitaine de jours plus tard, la femme blonde réapparut, désireuse que Mr. Gabb l’aide à passer en zone libre, voulant disait-elle y rencontrer des amis et visiter Valençay. Mr. Gabb étant absent, ma belle sœur ne put lui donner satisfaction.

Elle revint quelques jours après ( fin août ) sans plus de résultat.

Le 4 septembre, elle revint à nouveau, contrariée du retard apporté à ses projets car disait-elle, ses vacances se terminant, elle devait regagner Paris.

Elle fixa alors elle-même au 10 septembre 1942 la date de son passage de la Ligne de Démarcation ».
( Mme. Vve Jean Thomas )

...A Pocé-sur-Cisse, Violette Lévy et le petit Jean sont dénoncés :

« Au début de septembre 1942, ma femme née Joel Violette, qui séjournait à Pocé-sur-Cisse, fut alertée par la Gendarmerie et est allée, avec notre fils, se cacher à Amboise sous un faux nom.

A ce moment là, je me trouvais en captivité ayant été fait prisonnier le 14 juin 1940...Je crois que ma femme est restée une quinzaine de jours à Amboise et comme elle était israélite et se dissimulait sous un faux nom, elle chercha à passer la Ligne de Démarcation. C’est ainsi qu’elle entra en relation avec le passeur qui doit être Mr. Gabb qui avait rassemblé 7 personnes...

A Amboise, je ne crois pas que ma femme connaissait d’autres personnes que Mr. Gabb qui aurait fait le passeur. A Pocé-sur-Cisse, ma femme logeait chez Mlle. Morin avec laquelle elle était amie et qui doit connaître les détails de son arrestation »

( Jacques Lévy )


...A Bourré, Marcelle Laurillou trouve un nouveau passage sur la Ligne :

« En 1942, mon fils Michel, prisonnier de guerre évadé s’était réfugié en zone libre, à Perrusson près de Loches ( Indre et Loire ). Comme je possède une propriété dans cette région, j’avais demandé et obtenu des Allemands une autorisation pour m’y rendre....ma fille Mme. Laurillou avait également obtenu une autorisation mais celle-ci ne lui avait pas été renouvelée.

Pour cette raison, elle s’adressa à Mr. Gabb d’Amboise connu comme passeur mais les Allemands eurent connaissance de ce fait et redoublèrent de vigilance ce qui rendit le passage impossible.

Celui-ci se faisait à Montrichard ( cf. en fait Bourré ) près du passage à niveau.

Au commencement de septembre 1942, ma fille revint d’un de ces voyages sans avoir eu recours aux bons offices de Mr. Gabb, mais en passant le Cher en barque...

Arrivée à Amboise, elle rencontre Mr. Gabb..( qui ) lui demande par où elle était passée, car dit-il, il connaissait deux hollandais, un homme et une femme, qui désiraient vivement se rendre en zone libre... ma fille lui fit connaître qu’elle retournerai en zone libre le 10 septembre » 

( Mme. Mardelle ).

...A Amboise, un autre locataire bizarre chez les Gabb :

« Le 5 septembre 1942, aussitôt après la visite d’Héléna, un prisonnier soi-disant évadé d’Allemagne vint louer la chambre qu’avait occupée au 26 de la rue de Bléré, la femme blonde. Il était également désireux de passer la Ligne de Démarcation. Il prétendait avoir traversé l’Allemagne à pied et être envoyé par une personne qui voyageant avec lui dans le train venant de Paris lui aurait recommandé d’aller trouver Gabb, 26 rue de Bléré.

Ce personnage avait toute l’allure de l’allemand, observant tout dans la maison, surveillant les allées et venues de chacun, écoutant dans les couloirs et aux portes des chambres. Il allait prendre ses repas en ville alors que s’il s’était trouvé dans la position qu’il avait indiquée, il aurait dû se cacher en raison de la présence de la police allemande ».

( Mme. Jean Thomas )


...À Bourré, Robert Firmin se prépare à un nouveau passage le 10 septembre :

« Le 1er ou 2 septembre 1942, j’ai fait franchir clandestinement le Cher à une jeune femme d’Amboise, Mme. Laurillou, dont le frère se trouvait en zone libre à Loches.

Il fut convenu que Mme. Laurillou reviendrait voir son frère une dizaine de jours plus tard et qu’elle repasserait le Cher avec mon concours à Bourré, en face le passage à niveau.

Ce nouveau passage clandestin, devait avoir lieu dans la soirée du 10 septembre ».

( Robert Firmin )

Le voyage d’Amboise à Bourré :

...Marcelle Laurillou ne connaît pas les gens qu’elle va convoyer :

« Mr. Gabb lui demanda alors d’emmener avec elle les deux hollandais. Elle accepta et il fut convenu que les deux hollandais prendraient à la date précitée, à Tours, l’autocar de la Ligne Tours-Montrichard qu’elle devait elle-même utiliser.

Le 10 septembre 1942, ma fille s’est rendue à Tours et a pris le car pour Montrichard.

J’ignore si elle fit connaissance avec les deux hollandais et en particulier si c’est à Tours, en prenant le car ou en cours de route ou à Montrichard » ( Mme. Mardelle )


Ou aussi « ...Mr. Gabb lui déclara alors qu’il inviterait les deux passagers à prendre le même autocar qu’elle pour qu’ils puissent bénéficier de la connaissance qu’elle avait du lieu de passage. Ma fille prit donc à Tours le car en question sans prendre contact avec ces deux soit-disant hollandais qu’elle ne connaissait pas ». 

( Mme. Mardelle ).


« Le 10 septembre 1942, Mr. Gabb, par Saint-Martin-le-Beau, passe paraît-il deux personnes à la Ligne de Démarcation.

Ce jour-là, Mme. Laurillou prend le car de 13 heures à Amboise pour Tours avec le prisonnier soit-disant évadé qui profite de l’occasion pour partir lui aussi.. Dans le car, se trouve Mme. Violette Lévy, de Nazelles, accompagnée de son petit garçon âgé de 10 ans ( cf. 8 ans ).

L’arrivée à Tours se déroule normalement et l’on attend tranquillement au café du Méridien, place de la Gare à Tours le départ du car pour Montrichard qui doit avoir lieu vers 17 heures. A ce départ se trouvaient « la femme blonde » et le soit-disant Hollandais Carl ».  

( Mme. Jean Thomas ).


Et aussi : «  J’ajoute que le 10 septembre 1942, au moment du départ pour Montrichard, Mr. Pierre Assailly d’Amboise eut l’occasion de passer à cet endroit et de converser avec Mme. Laurillou. Il prit avec cette femme, le soit-disant Hollandais, « la femme blonde » et d’autres personnes une consommation au café du Méridien.

Le lendemain, il était également arrêté à Amboise... ».

( Mme. Jean Thomas )

...A Montrichard, chez Louis Serin : le trajet jusqu’à Bourré.

« Le 10 septembre 1942, plusieurs personnes qui arrivaient de Tours par autocar sont venues à la maison soit disant pour parler à mon père. Parmi eux, il y avait une jeune femme blonde que j’ai su par la suite s’appeler Mme. Laurillou, un soit-disant hollandais nommé Karl, Mme. E que je reconnais formellement dans la personne de l’inculpée, une juive Mme. Levy et son petit garçon ainsi qu’un soit-disant prisonnier.

Mon père étant dans le bourg, Mme. Laurillou est partie à sa recherche ( cf. elle connaissait donc Louis Serin ). Quelques minutes plus tard, elle est revenue à la maison avec mon père qui a déclaré qu’il allait la conduire en carriole ainsi que ses amis à Bourré...ma mère l’en a déconseillé mais il ne l’a pas écoutée.

Mon père est parti en direction de Bourré avec sa voiture et son cheval. Toutes les personnes que je viens de désigner ont pris place dans la voiture à l’exception de Karl qui faute de place dut emprunter une bicyclette.

Mon frère Louis Serin m’a affirmé avoir vu monter Mme. E dans la voiture à quelques mètres de la maison. En effet, cette dernière s’était absentée quelques minutes soit-disant pour aller chercher du raisin.

En revenant de faire cette acquisition, elle avait trouvé la voiture de mon père qui déjà avait quitté la maison ».

( Mlle. Micheline Serin) 

«  J’habite dans la maison du garde-barrière du passage à niveau de Bourré. Le 10 septembre 1942, ....je travaillais à ce moment là dans mon jardin.

J’ai vu Mme. E que je reconnais formellement, descendre de la voiture de Mr. Serin, que suivait le soit-disant hollandais Karl, en réalité adjudant de l’armée allemande.

Mme. E, Karl, et les autres personnes qui accompagnaient Mr. Serin se sont dirigées vers le Cher tandis que le dit Mr. Serin restait avec moi ». 

( Mr. Louis Sirot )

...Robert Firmin, le passeur, attend le signal :

« Ce jour là, je suis arrivé avec mes camarades sur la rive gauche du Cher, d’où nous avons surveillé la rive droite et attendu l’arrivée de Mme. Laurillou.

Vers 19 h15, nous avons vu arriver une voiture à cheval d’où sont descendues plusieurs personnes qui ont franchi le passage à niveau et se sont dirigées immédiatement vers la rivière.

Je les ai regardé s’approcher de l’eau. Quand elles l’ont atteinte, l’une d’elles m’a fait un signal convenu avec son mouchoir.

Comme mes amis et moi n’avions rien vu de suspect avec nos jumelles sur la rive droite, j’ai poussé mon bateau vers le large et me suis dirigé vers la rive droite. 

( Mr. Robert Firmin ).

19 h 15, le piège se referme :

...L’arrestation :

« Lorsque j’ai atteint cette dernière ( cf. la rive droite ), j’ai mis pied à terre. L’un des hommes est descendu au bord de l’eau et s’est placé derrière moi. En même temps, un de ses compagnons resté au haut de la berge me fit signe de monter. A ce moment, Mme. Laurillou qui pleurait m’a crié « On est pris ».

Ne pouvant m’échapper, je suis monté en haut de la berge où j’ai rejoint les personnes que je devais passer. J’ai essayé de m’écarter du groupe, mais Mme. E que je reconnais formellement dans la personne de l’inculpée, s’est approchée de moi. Un allemand m’a alors donné une paire de gifles et a braqué un révolver sur moi. Puis on nous a conduits jusqu’à la maison du garde-barrière où on nous a aligné contre les palissades....en notre présence, les Allemands on arrêté le garde-barrière bien qu’il fut complètement étranger à l’affaire.

Karl et Mme. E faisaient semblant d’être arrêtés et jouaient très bien la comédie ». 

( Mr. Robert Firmin) 

« A Tours, j’ai eu l’occasion de revoir ma fille plusieurs fois à la prison Michelet où elle était détenue. Elle m’a expliqué que c’était le hollandais Karl qui lui avait été recommandé par Mr. Gabb qui l’avait fait arrêter. Sur un coup de sifflet, de nombreux agents de la Gestapo étaient accourus et avaient entouré le groupe des voyageurs et des passeurs au moment ou ils s’apprêtaient à passer la Ligne de Démarcation ». 

( Mme. Mardelle ).


« Mon père m’a expliqué comment il avait été arrêté au passage à niveau de Bourré près du Cher au moment où il allait revenir à Montrichard .... il m’a dit que Karl et Mme. E lui avait offert de l’argent à cinq reprises et qu’il avait toujours refusé ( cf. on peut supposer que c’était pour en faire un dénonciateur de candidats au passage de la Ligne ) ». 

( Mlle. Micheline Serin ).


« Lorsque Firmin a atteint avec son bateau la rive droite du Cher et a mis pied à terre, Karl s’est démarqué et avec l’aide d’agents de la Gestapo qui étaient accourus en rentrant par le chemin de halage, a mis en arrestation toutes les personnes ...ces policiers allemands étaient venus dans une voiture automobile qui s’était arrêtée à deux ou trois cents mètres au-delà du passage à niveau ».

( Mr. Louis Sirot )


Le retour dans la soirée à Montrichard :

« ...Mme. E faisait semblant également d’être arrêtée. Néanmoins, elle fumait la cigarette. Bien que je ne participais pas au passage clandestin du Cher, j’ai cependant été maintenu en état d’arrestation et conduit avec les autres prisonniers à Montrichard où j’ai été enfermé à la mairie...

Les allemands ont fait deux tours pour amener leurs prisonniers. Il est possible que les allemands disposaient de deux voitures car ces deux voyages se sont succédés très rapidement ». 

( Mr. Louis Sirot) .


« Les allemands m’ont fait monter dans une voiture avec Mr. Serin et Mme. Laurillou. Ils nous ont conduits à Montrichard où ils nous ont laissé dans le bureau des douaniers allemands. Ils sont repartis à Bourré chercher les autres détenus.

Vers 22 heures, ils sont revenus à Montrichard avec les autres prisonniers qu’ils ont déposés au poste de douane allemand... 

( Mr. Robert Firmin .)


« Quelques heures après, dans la soirée, alors que la nuit était tombée, la voiture de mon père est rentrée à la maison, conduite par un allemand, le soit-disant hollandais et Mme. E.

Cette dernière nous a déclaré en pleurnichant que mon père et ses amis avaient été arrêtés en voulant franchir la Ligne de Démarcation et qu’elle était elle-même en état d’arrestation ». 

( Mlle. Micheline Serin ).


Sauf Robert Firmin, les autres personnes arrêtées ont passé la nuit à la mairie de Montrichard.

Micheline Serin dit d’ailleurs qu’elle a pu voir son père le lendemain à la mairie.

Dans un document du 4 novembre 1942 sur une autre affaire, le maire de Montrichard nous apprend en effet : « La Kreiskommandantur de Romorantin avait demandé qu’une salle de garde fut mise à disposition pour recevoir les contrevenants à la Ligne de Démarcation. Il n’était pas question d’une seconde. Mais lorsque certains jours, j’ai eu à garder hommes et femmes, j’avais dû utiliser le local de l’appariteur pour pouvoir séparer hommes et femmes qui restaient parfois deux jours et nuits ».

La nuit du 10 septembre : les arrestations à Amboise :

...Marie-Louise et René Gabb sont tirés de leur lit :

« ...puis ils m’ont appelé ( cf. Robert Firmin est au poste allemand à Montrichard ) et m’ont fait monter dans l’automobile de la Gestapo...dans la voiture se trouvaient Mme. E et cinq agents de la Gestapo.

Arrivés à Amboise, l’auto s’est arrêtée route de Bléré. Tous les agents allemands en sont descendus à l’exception du chauffeur. Les agents de la Gestapo ont allumé leurs torches électriques et ont recherché le numéro des maisons.

J’ai entendu Mme. E qui a crié : « surtout n’oubliez pas le barbu ». Dix minutes après environ, les allemands sont revenus avec un prisonnier de forte stature qu’ils ont fait monter dans la voiture brutalement. L’homme a trébuché et est tombé sur moi..dix minutes se sont encore écoulées et un second prisonnier a été amené à la voiture. J’ai su par la suite qu’il s’agissait de Mr. Gabb et Mr. Thomas... 

( Mr. Robert Firmin ).


« Vers 23 h 30, un voiture grise stoppe rue de Bléré ...deux hommes en civil en descendent. Ils sonnent au numéro 26, rejettent de côté la personne qui leur ouvre et prestement montent les escaliers. Arrivés au premier étage, ils ouvrent la porte de la chambre des Gabb et crient « Gabb levez-vous, mari et femme Gabb, nous vous arrêtons...ma belle sœur grimpant derrière eux ouvre la porte de sa mère âgée de 92 ans et leur dit « Voyez je ne peux partir, maman a le col du fémur cassé, c’est moi qui la soigne ». Ils répondent : « Allez chercher les voisins ». Ma belle-mère voyant sa fille affolée lui cria : Marie-Louise va chercher Étiennette ».

( Mme. Jean Thomas )


...Mme. Gabb tente de se suicider :

« Je vis alors arriver chez moi ( cf. le couple Thomas habite en face ) ma belle sœur qui au moyen d’un couteau s’était fait une profonde coupure au poignet.

Au même moment, arrivait mon mari qui parti en tournée de recouvrement depuis 8 heures, rentrait de Montreuil à bicyclette..nous aperçûmes deux agents de la Gestapo dont un se détacha et se précipita dans la pièce. A ce moment, j’entendis mon mari lui dire : « Monsieur qui êtes-vous ? ». Wennert ( cf. voir rubrique : les agents de la Gestapo de Tours ) car c’était lui, hurlant de rage et se précipitant sur mon mari en disant : « Qui nous sommes ? Police spéciale allemande, nous n’avons pas l’habitude qu’on nous pose des questions, c’est nous qui les posons ». Et joignant le geste à la parole, il asséna un coup de poing en pleine figure à mon mari...il reçut en se relevant un second coup de poing en pleine tête....une « femme blonde » qui commandait et criait plusieurs fois par la portière : « surtout n’oubliez pas le barbu », en désignant ainsi mon mari... ». 

( Mme. Jean Thomas ).


...Mme. Gabb est conduite à l’hôpital d’Amboise :

" Ma belle-sœur s’affaiblissant de plus en plus, Wennert m’autorisa à téléphoner au docteur qui prescrivit son transport immédiat à l’hôpital. Le docteur et mon mari la conduisirent donc à l’hôpital, suivis par les agents de la Gestapo.

Pendant que Wennert téléphonait à la gendarmerie pour qu’elle surveille ma belle sœur pendant les huit jours qu’elle devait être hospitalisée" ( cf. elle sera hospitalisée durant trois semaines ). 

( Mme. Jean Thomas )


....Puis, vint le tour de Jean et Henri Thomas :

« En revenant de l’hôpital, mon mari se rendit compte qu’il était suivi. Arrivé rue de Bléré, alors qu’il disait « au revoir Messieurs » s’adressant à ses suiveurs qui étaient toujours Wennert et Bruckle ( cf. Voir rubrique agents de la Gestapo ), ceux-ci lui intimèrent l’ordre de les suivre et malgré ses protestations, il fut jeté dans la voiture. Peu après, mon beau-frère Henri Thomas fut également arrêté ( cf. je n’ai pu établir si c’est le 10, le lendemain ou dans les jours suivants. Henri Thomas habitait route de Tours au Four à Chaux ) ». 

( Mme. Jean Thomas ).


...La traque de cette nuit du 10 septembre s’est poursuivie :

« après être sortis d’Amboise (cf. en direction de Tours ), la voiture de la Gestapo s’est arrêtée à nouveau. Les Allemands en sont descendus avec Mme.E et se sont dirigés vers une maison située au bord de la route. N’ayant trouvé personne, ils sont remontés dans l’auto...à environ trois cents mètres, de nouveau Mme. E et les allemands sont descendus...elle est revenue vers la voiture en disant : « Le père dit que son fils n’est pas là ? Faut-il fouiller la maison ? Faut-il emmener le père ? L’allemand au volant a dit oui...les allemands ont ramené à l’auto un vieillard paraissant en mauvaise santé....nous sommes partis pour Tours...il était approximativement vers 1 h 30 du matin le 11 septembre ( cf. qui cherchait les Allemands ? Un autre membre du groupe ? )

 Arrivés à Tours, Mme. E est descendue en ville puis les S.D nous ont conduit à la maison d’arrêt de Tours où nous avons été emprisonnés. C’est le soit-disant hollandais Karl, qui a procédé aux formalités d’écrou ». 

( Mr. Robert Firmin ).


…René Gabb et Jean Thomas passent la nuit à la gendarmerie d’Amboise :

« Les agents de la Gestapo sont alors remontés en voiture ( cf. au domicile des Gabb-Thomas) et nous sommes allés à la gendarmerie d’Amboise où les deux prisonniers ont été laissés à la garde des gendarmes français. Puis, la voiture est repartie pour Tours ». 

( Mr. Robert Firmin ).


« Pendant ma détention à Tours, j’ai pendant un mois eu comme compagnon de cellule, Mr. Thomas « le barbu » à l’arrestation duquel j’avais assisté à Amboise et qui avait été confié à la garde des gendarmes français par les S.D. Il m’a dit que les gendarmes français l’avaient enfermé dans une cellule d’une saleté répugnante sans lui donner de couverture ni de nourriture ». 

( Mr. Robert Firmin ).


« C’est un allemand blond qui les a amenés à la brigade, il était pâle, avait une figure osseuse et portait des cheveux blonds. C’est moi-même qui l’ai reçu ainsi que les deux prisonniers qu’il a conduit lui-même dans les chambres de sûreté de la brigade.

Le lendemain, le même allemand blond est revenu chercher Gabb et Thomas avec une camionnette dans laquelle il y avait plusieurs prisonniers d’arrêtés dont une femme avec un enfant de six ou sept ans et une autre femme que je reconnais formellement dans la photographie que vous me présentez et qui représente Mme. Laurillou. 

( Le gendarme Louis Piffeteau, brigade d’Amboise).


Ainsi, Louis serin, Louis Sirot, Marcelle Laurillou, Violette Lévy et le petit Jean ont été amenés à Tours le 11 septembre.


« MM. Gabb et Thomas aussitôt après leur arrestation par les allemands furent déposés par eux à la chambre de sûreté de la caserne où ils furent interrogés par un agent de la police allemande puis amenés à Tours dans une voiture allemande. Pour cette raison, aucun PV ne fut dressé et le passage de ces deux personnes à la chambre de sûreté ne fut pas mentionné au registre d’écrou ». 

( L’adjudant-chef Gornard, brigade d’Amboise ).

Une instruction ancrée sur trois questions :

Tout au long de l’instruction des deux affaires liées d’Amboise et de Bourré, le juge cherchera à éclaircir trois points :


La mystérieuse « femme blonde »:

Qui était la « femme blonde » ayant loué une chambre chez les Gabb : s’agissait-il d’Hélène FE ? Avait-elle fait décolorer ses cheveux pour la circonstance ?

L’inculpée niera constamment être la « femme blonde » et affirmera ne pas connaître les Gabb.

Son physique ne correspond d’ailleurs pas à la description de cette femme blonde rapportée par des témoins qui avaient eu l’occasion de l’entrevoir lors de son séjour chez les Gabb : en plus de la couleur des cheveux, cette femme était plutôt grande, d’assez forte corpulence, d’allure élégante.

Un témoin dira : « elle avait l’air d’une femme nordique ».

Aucun ne reconnaîtra Hélène FE. comme pouvant être la femme blonde.

Hélène FE était plutôt petite et mince, ses cheveux châtains foncés, voire noirs.

Le juge fera témoigner d’anciennes employées de la Gestapo pour savoir si elle se faisait décolorer parfois les cheveux. Leurs réponses furent négatives.

De même, il soumettra à tous ces témoins des photos de collaboratrices blondes de la Gestapo de Tours. Aucune ne fut identifiée comme étant la « femme blonde ».

Mais le témoignage le plus important fut celui de Mme. Jean Thomas puisqu’elle connaissait bien la fameuse locataire : elle affirma que « la femme blonde » n’était pas Hélène FE, ni aucune des femmes dont on lui présenta la photo.

Cette « femme blonde » restera inconnue.


La participation de « la femme E » aux arrestations à Bourré :

L’inculpée niera avoir pris le car à Tours avec Marcelle Laurillou, Violette Lévy et son fils, le « hollandais » et le dit prisonnier évadé.

Elle niera être allée chez Mr. Serin et s’être rendue à Bourré dans sa voiture.

Elle servira la version suivante : elle est allée de Tours à Montrichard dans la voiture de Bruckle, avec d’autres agents de la Gestapo. Elle a fait la jonction avec le pseudo Karl, le hollandais, en achetant du raisin à Montrichard pour pouvoir transmettre à son chef l’information donnée par Karl sur le lieu où s’opèrerait le passage. Puis, elle s’est rendue à Bourré avec Bruckle en voiture par le chemin de halage qui borde le Cher.

Elle affirmera n’avoir pas participé aux arrestations.

Elle conviendra qu’il est, par contre exact, que sur ordre de Bruckle, elle a ramené la voiture de Louis Serin à Montrichard en compagnie du fameux Karl et d’un certain Moll ( vraisemblablement le « prisonnier de guerre évadé» ).

Mais trois témoignages réitérés infirment cette thèse.

Micheline Serin l’a vue arriver chez son père et l’a vue se diriger vers l’épicerie pour acheter du raisin et parler à deux allemands.

Son frère l’a vue monter dans la voiture de son père qui était en train de partir.

Et surtout Louis Sirot l’a vue descendre de la voiture de Louis Serin à Bourré et cela se passait quasiment sous ses yeux !


Et sa participation aux arrestations d’Amboise :

À nouveau, Hélène FE niera avoir été présente la soirée du 10 septembre à Amboise et avoir mené les arrestations des Gabb et de Jean Thomas, en indiquant les rues et numéros des maisons. Elle prétendra s’être fait déposer en voiture à leur retour.

Les témoignages de voisins ne purent l’identifier avec certitude car il faisait nuit et ils entrevirent une ombre, pour ceux qui étaient sortis de chez eux.

Quant à Mme. Jean Thomas, elle était restée à l’intérieur en train d’essayer de stopper l’hémorragie de sa belle-sœur et ne l’a pas vraiment vue mais entendue.

Trois témoignages signalent en effet avoir entendu une femme s’écrier : « n’oubliez pas le barbu », en parlant de Jean Thomas.

Un précise que la femme qui dirigeait les arrestations n’a pas dit un mot en allemand.

Enfin, et surtout, le témoignage de Robert Firmin est sans appel : il est rentré de Montrichard avec elle dans la voiture de Bruckle et il a assisté aux arrestations d’Amboise, et a décrit le rôle qu’elle y a joué tout au long de la soirée. Elle se fera déposer à Tours après les arrestations.

Deux séquences, deux femmes :

Dans son rapport du 19 février 1947 sur la condamnation à mort de Hélène FE prononcée le 14, le Commissaire du Gouvernement considérera que la Gestapo a utilisé deux de ses agents féminins pour monter ce piège.

Dans une première période, « la femme blonde conquiert l’amitié de Mme. Gabb et réussit à connaître l’activité de messieurs Gabb et Thomas ».

Elle demande à passer la Ligne : « Mr. Gabb lui indique la filière à suivre ». Elle prendra le car à Amboise le 10 septembre. « Elle se joindra à un groupe de personnes qui seront prises en charge à Montrichard par le voiturier Mr. Serin ».

Dans une deuxième période ( notamment celle qui va se solder par les arrestations, domaine dans lequel Hélène FE a de la pratique et aucun état d’âme ), nantie de tous les renseignements, Hélène FE « double la femme blonde elle-même agent de la Gestapo ».

Le Commissaire acte que « c’est la femme E. que l’on retrouve à partir de Tours ».

Marcelle Laurillou, rappelons-le, ne connaissait pas les personnes qu’elle devait convoyer.

Le témoignage de Wennert, un des agents de la Gestapo ayant participé aux arrestations de Bourré, confirmera le rôle majeur joué par Hélène FE dans les « affaires de Bourré et d’Amboise ».

Un point mérite d’être soulevé car il m’a interpellé : dans une de ses dépositions Mme. Jean Thomas dit que la « femme blonde » avait fixé elle-même sa date de passage au 10 septembre...Marcelle Laurillou était-elle aussi pistée ? Et la femme blonde avait-elle eu vent, avant-même que Gabb ne lui en parle, de cette date du 10 septembre 1942 ?

Par qui ?

On va voir ci-dessous que cette hypothèse doit être envisagée.

L’inertie complice de l’Administration de Vichy :

Le témoignage de l’adjudant-chef Gornard de la gendarmerie d’Amboise permet de comprendre les raisons pour lesquelles aucun PV de gendarmerie n’a été établi, au moment des faits, à Bourré et Montrichard....c’était l’affaire des Allemands, pas de la police française !

Il faudra attendre le 28 octobre 1942 pour que l’adjudant Mouchoux de la brigade de gendarmerie de Montrichard ( cf. il aide par ailleurs un groupe local de résistants qui se rattachera au groupe Adolphe du SOE ) fasse un rapport.

La gendarmerie a été en effet saisie par le Préfet de Loir et Cher, lui-même saisi par la Direction Générale du Gouvernement Français dans les Territoires Occupés, installée à Paris.

Elle est dirigée par de Brinon qui sera fusillé à la Libération.

C’est l’administration à qui on pouvait soumettre des problèmes liés à l’Occupation, particulièrement ceux concernant les personnes arrêtées ou disparues.

C’est Mme. Sirot qui s’est adressée à de Brinon pour savoir ce qu’était devenu son mari.

Ce PV de gendarmerie relate sommairement les faits que nous connaissons.

Sinon qu’il cite dans les personnes arrêtées un « Mr. Hermelin ». Il s’agit d’une confusion avec une autre personne déportée.

Notre Préfet par lettre du 6 novembre « refile » le dossier à son collègue d’Indre et Loire qui lui répond le 20 novembre ( réponse concernant donc Sirot mais valable pour les autres passeurs ) : « L’intéressé a été appréhendé sur l’ordre de la police de Sûreté allemande. Conduit à Tours, il a été dernièrement dirigé vers une destination inconnue. Inculpé dans une très grave affaire en cours d’instruction, il ne m’a pas été possible d’obtenir de renseignements complémentaires ».

Le 22 janvier 1944, de Brinon demande cette fois-ci des renseignements sur Marcelle Laurillou. Les réponses du Préfet et du maire de Montrichard contiennent des renseignements pour partie erronés. Le temps a passé. Aucune enquête sérieuse n’a été menée à l’époque...mais il faut bien répondre à Paris !

Ainsi, Marcelle Laurillou « serait arrivée à Montrichard par le train de 17 h 45, le 10 septembre » avec « un groupe de personnes venant de Paris » et, enfin, un renseignement lui juste : « elle est allée trouver avec ses compagnons de voyage, Mr. Serin Louis qui les a conduits jusqu’à un passage à niveau à Bourré, tenu par Mr. Sirot Louis ».

A nouveau, le maire fait état, dans les personnes arrêtées, d’un Simon Hermelin. Il existe bien un Simon Hermelin, fourreur, né à Varsovie en 1922, arrêté le 14 mai 1941 car « en surnombre dans l’économie nationale » ( sic ! ), interné dans les camps du Loiret, puis à Drancy et déporté le 11novembre 1942.

On peut supposer que d’autres familles concernées par ces arrestations ont dû faire des interventions de même nature auprès de l’administration de Vichy pour connaître le sort des leurs après leur envoi à Compiègne puis en déportation.

Pour Violette et Jean Lévy, la déportation immédiate :

Violette Lévy et son fils Jean vont subir le sort réservé aux juifs, à ceux qui seront nommés à la Libération « les déportés raciaux ».

Violette avait, pour les Allemands, non seulement tenté illégalement de passer en zone sud mais elle ne portait pas l’étoile jaune. Les Allemands n’avaient que faire qu’elle soit femme d’un prisonnier de guerre, juif qui plus est ! Cette situation de femme de prisonnier était parfois prise en compte par la police de Vichy.

D’abord, Violette et Jean sont incarcérés ensemble le 11 septembre dans l’école Jules Michelet à Tours, transformée en prison, avec les autres arrêtés.

Devenue aujourd’hui un Collège, un travail pédagogique a été conduit il y a quelques années pour inventorier tous les enfants juifs qui y avaient été détenus.

Jean Lévy, 8 ans, figure sur le panneau mémoriel installé de manière permanente dans le Collège.


Mais les enfants étaient séparés de leurs parents durant la détention de ceux-ci à Michelet.

Ils étaient confiés à l’Orphelinat de l’Hopital Bretonneau, dirigé par des sœurs.

Jean est entré à l’Orphelinat, le 12 septembre.

Il a été rendu à sa mère le 17 septembre, pour être internés ensemble au camp de La Lande à Monts pas loin de Tours, où étaient groupés les juifs en attente de transfert à Drancy pour être déportés.

Le 21 septembre 1942, 422 juifs furent acheminés du camp de La Lande à Drancy.

Violette et Jean firent partie du convoi n°36 parti de Drancy le 23 septembre 1942 à destination d’Auschwitz.

Ce convoi était constitué de plus de 1000 juifs dont plus de la moitié de juifs français.

Il comprenait 644 hommes, 342 femmes et 200 enfants.

475 furent gazés à leur arrivée. C’était quasiment toujours le cas pour les femmes accompagnées de jeunes enfants.

À la Libération d’Auschwitz en 1945, il n’y avait que 26 survivants du convoi N°36.

( voir la biographie ci-après consacrée à Violette et Jean Lévy )


Pour les « passeurs » : d’abord la détention en France...

Tous les passeurs seront d’abord détenus à la Prison de Tours à partir du 11 septembre 1942.

Le 5 novembre 1942, les hommes sont transférés au camp de Royallieu à Compiègne.

Ce camp est le seul en France qui a dépendu exclusivement de l’administration allemande, du tristement connu SD, le Service de Sécurité.

Il fut un important rouage du régime répressif nazi. Il fut le lieu de transit en premier lieu pour les résistants, les politiques, les syndicalistes, sans oublier juifs et civils raflés, tous ceux que les occupants considéraient comme des « éléments ennemis actifs », vers les camps de concentration en Allemagne.

Le 7 novembre 1942, les femmes sont transférées au camp de Romainville ( Les Lilas en Seine-Saint-Denis ), lui aussi camp de détention pour les otages, les résistants et de transit vers les camps allemands. Il était administré par les occupants. Les conditions de détention y étaient très dures.


... puis la déportation en Allemagne :

Le 24 janvier 1943, un convoi emportant 1466 hommes et 230 femmes transportées elles de Romainville, part de Compiègne.

Ce convoi est connu sous le nom de « convoi des 31000 », car les femmes seront tatouées avec des numéros déclinés à partir de ce nombre.

Il s’agit du premier convoi déportant des femmes résistantes.

En gare de Halle, le convoi se divise en deux.

Les hommes sont envoyés au camp de Sachsenhausen-Orianenbourg où ils arrivent le 25 janvier.

Les femmes sont dirigées sur le camp d’Auschwitz où elles arrivent le 27 janvier.

Seuls Robert Firmin ( matricule 57967 ) et Louis Sirot ( matricule 58088 )survivront.

Marcelle Laurillou ( matricule 31785 ) meurt le 24 avril 1943 de dysenterie.

Marie-Louise Gabb ( matricule non retrouvé ) décède dès son arrivée au camp, le 27 janvier.

Louis Serin ( matricule 58106 ), sera d’abord transféré le 17 juillet 1944 Dachau, puis le 2 novembre 1944, puis le 12 décembre à Buchenwald, et à nouveau à Dachau où il meurt le 28 février 1945.

Jean Thomas ( matricule 58107 ) décède à Buchenwald le 21 avril 1945, où il avait été transféré le 4 février 1944 venant de Sachsenhausen.

Henri Thomas ( matricule 58108 ) décède à Sachsenhausen le 2 mars 1943.

René Gabb ( matricule 58003 ) décède à Sachsenhausen le 24 avril 1944.

( voir leurs leurs biographies ci-après et un tout prochain article que je consacrerai à la résistante Raymonde Sergent et à sa détention à Auschwitz avec les « passeuses » d’Amboise du « convoi des 31000 » : Marie-Louise Gabb, Marcelle Laurillou, Rachel Deniau et Germaine Jaunay ).


Les martyrs d’Amboise et de Bourré se verront reconnue la mention « Mort pour la France » et attribuée la mention « Mort en Déportation », après sa création en 1985.  


La Gestapo à Tours

Le siège de la Gestapo à Tours était installé au 17, rue Georges Sand.

C’est là qu’étaient interrogés et torturés les opposants.

Elle comprenait une quarantaine d’agents dont une minorité seulement était allemande.

Dans l’arsenal répressif nazi, il y a aussi le SD, service de renseignements et du maintien de l’ordre de la SS et la SIPO, la police secrète. Parfois, dans le langage courant, ces différents services ont été assimilés à la Gestapo.

La Gestapo était dirigé par Georges Bruckle. Il sera arrêté à Baden-Baden en 1948, condamné à mort mais, en 1954, sa peine sera ramenée à 10 ans de réclusion !

Il est assisté de Rudi Francke.


Plusieurs interprètes, alsaciens-lorrains, pour la plupart, ont laissé un sinistre souvenir.

Clara Knecht, connue pour son sadisme et sa cruauté dans les interrogatoires. On la surnommait « la chienne ». Elle a disparu à la Libération.

Pierre Wennert, cité plus haut, particulièrement actif dans les affaires concernant communistes et juifs. Il fut arrêté en décembre 1944, condamné à mort le 26 juillet 1945 et fusillé le 3 septembre. L’abbé Labaume, qu’il avait envoyé en déportation, l’assistera jusqu’au peloton d’exécution.

Antoine D, indicateur et travaillant avec Wennert, il sera lui fusillé le 19 décembre 1945. Et d’autres encore, comme un certain Amédée J.

On peut relever parmi les agents allemands de la Gestapo de Tours, les noms de : Mohaupt, Moll, Roblisca d’origine tchèque et commandant la prison Michelet ( le fameux Karl ).

Les agents de la Gestapo étaient très bien rémunérés.

En plus d’un confortable salaire, ils touchaient, si l’on peut dire, des primes de résultats.

Henri E affirmera que sa femme dépensait « 3000 francs par semaine » alors que le salaire minimum mensuel était d’environ 1100 francs en 1941.

Un témoignage indique que le couple en 1943 se « faisait à eux deux 20000 francs par mois » grâce aux prébendes de la Gestapo.

Un autre souligne qu’à la même époque, Hélène FE s’était « vantée de gagner 6000 francs par mois, primes en plus ».

La Gestapo assurait aussi un logement à ses indicateurs.

Ainsi, la famille E habitait la même rue que le siège de la Gestapo, au N°150.

Tout ce beau monde menait grand train de vie...d’autant que les indicateurs étaient des abonnés des restaurants, cafés, hôtels.

Des témoins diront de Hélène FE, qu’ils évitaient de le la rencontrer car elle était crainte en raison « de ses relations avec les Allemands ».

Ses voisins connaissaient « ses faits et gestes qui prouvaient ses sentiments de collaboration...elle entrait et sortait fréquemment de la Gestapo. Les voitures de la Gestapo la prenaient et la ramenaient fréquemment à son domicile ».

Un rapport de Police en février 1945 soulignera « que mises à part ses relations avec les occupants, elle ne se faisait pas remarquer dans le quartier ».

Ce qui semble avoir été le cas souvent de ces collaborateurs se comportant discrètement par ailleurs, dans leur vie quotidienne !


Un couple de collaborateurs :

Lui, un responsable de la LVF ( Légion des Volontaires Français contre le Bolchévisme ) :

Henri E est né dans le Nord le 17 décembre 1883. Il a suivi une instruction primaire supérieure.

En 1907, il s’engage dans un régiment de tirailleurs algériens, fait la guerre de 14-18, prend du galon et part en retraite en juin 1930, avec le grade de commandant.

Il est titulaire de 7 citations, 14 décorations françaises et étrangères et il est officier de la Légion d’honneur.

Après sa retraite, il devient courtier d’assurances et exerce dans plusieurs villes en province.

Il est mobilisé en 1939 et démobilisé en juillet 1940.

En septembre 1941, il est contacté par un responsable de la LVF.

Le colonel Durby, chef d’Etat-Major de la LVF, l’embauche au salaire de 3500 francs mensuels et 100 francs par jour d’indemnité de nourriture.

Henri E va être chargé d’ouvrir des bureaux de recrutement pour la LVF dans plusieurs villes.

À Toulouse et Pau, fin 1941.

Il vient s’installer à Tours avec sa famille début 1942 ( sa femme est native d’Indre et Loire )

Il est envoyé à Châteauroux pour y créer un bureau.

Puis, ensuite à Loches ou « n’ayant obtenu aucun résultat dans cette localité, le bureau fut fermé ».

Henri E est envoyé à Bourg en Bresse puis à Lyon pour réquisitionner des locaux pour y installer la nouvelle Légion qui devait être le résultat de la transformation de la LVF en Légion Tricolore, voulue par Laval.

Les allemands feront vite avorter ce projet. La LVF continuera à combattre sous uniforme et autorité allemandes !

Un lien de cause à effet ? Mystère, mais Henri E démissionne, dit-il, à la fin du printemps 1942 et doit se retrouver un emploi. Le réquisitoire dans son procès parle lui de « licenciement ».

En octobre 1943, on le retrouve à la Flèche où il est est assureur.

En fait, il n’a cessé de coopérer avec sa femme, en lui fournissant des renseignements qu’elle va se charger de passer à la Gestapo et en participant, à ses côtés, à certaines des missions que lui étaient confiées.

Plusieurs témoins attesteront que « le couple travaillait de concert pour la Gestapo », que Hélène FE avait « la réputation d’être la femme la plus dangereuse de toute la Région » et que son mari ne cachait pas « son admiration pour elle, certes une épouse peu sérieuse mais un agent de premier ordre d’une classe bien supérieure à la sienne ».

Une lettre de Henri E, envoyée de Tours le 22 octobre 1942, à un capitaine Werner à l’hôtel Carillon à Lyon, est significative des convictions antisémites et collaborationnistes du personnage.

Il y dénonce un juif, Jack Heymann, habitant à Lyon qui « doit faire partie d’une organisation d’espionnage et de recrutement au service 

des Anglo-saxons ».

« ...il est temps que Mr. Laval prenne enfin des mesures énergiques contre ces maudits juifs qui sont cause de tant de malheurs. Il faut les arrêter tous sans exception et les mettre dans des camps de concentration à l’arrière du front de l’Est où ils pourront travailler à l’entretien des routes..

..Ce sont eux qui alimentent et excitent les communistes en provoquant les nouveaux attentats.

La collaboration France-Allemagne ne sera possible que lorsque l’on aura mis fin à leurs agissements...Une vaste épuration est nécessaire à Lyon où les juifs font de grands ravages. » Etc.

En avril 1944, il se réfugie dans sa famille dans le Nord.

Malade, il fera un séjour à l’hôpital de Valenciennes en juillet.

Il est arrêté le 30 septembre 1944 et transféré à Tours.

Elle, l’agent A. 203 à la Gestapo de Tours :

Hélène FE est née le 17 septembre 1907, en Indre et Loire.

Son père était boulanger. Son frère sera pharmacien et sa sœur a fait des études d’infirmière.

Après son certificat d’études, elle poursuit une scolarité primaire supérieure.

Elle prépare l’examen d’entrée à l’Ecole Normale. Elle veut être institutrice.

Mais elle renonce à ses études et est employée dans le café de sa tante à Tours.

A 18 ans, elle épouse en décembre 1925, Henri E qui a 24 ans de plus qu’elle.

Ils auront neuf enfants dont deux sont handicapés : le 4e a contracté la poliomyélite et a une jambe paralysée ; le 6e qui a les pieds et les mains collés et une malformation de la tête et du palais, a été placé dans une institution spécialisée dans le sud de la France.

Les enfants ont 19, 18, 17,15, 12, 9, 8, 7 et 5 ans, en 1944.

Le J.O du 22 février 1938 publie l’arrêté accordant à Hélène FE, comme mère de 6 enfants, la Médaille de Bronze de la Famille Française pour la Région du Var, où réside alors le couple.

C’est grâce aux fonctions de son mari qu’elle entre en contact avec des officiers allemands de la Feldkommandantur de Tours, puis avec Georges Bruckle, le chef de la Gestapo.

Au printemps 1942, elle entre au service de la police allemande avec l’indicatif « A. 203 ». Le Commissaire du Gouvernement souligne « ...dans le domaine de la trahison, l’activité de la femme fut, et de loin, plus considérable que celle du mari. Excessivement dangereuse par son goût de mal faire, elle a été l’un des agents les plus importants de la Gestapo dans les régions de Tours et d’Angers, où elle s’est rendue tristement célèbre.

La plus grande partie de son activité criminelle s’est déroulée à la Ligne de Démarcation des deux zones ».

En raison de la présence de son mari à Loches, elle prenait le car Tours-Loches plusieurs fois par semaine, dont toujours le mercredi. Elle disait, rapporte un témoignage, « qu’elle allait se ravitailler à Loches ».

Elle écoutait les conversations dans le car, épiait les gens qui lui paraissaient suspects, les dénonçait au poste allemand de Cormery, au passage de la Ligne, en les accusant d’être des prisonniers évadés, des résistants, des anti-Allemands ; et, elle les faisait arrêter.

Elle fréquentait les cafés, les restaurants, les hôtels, les jardins publics, les magasins avec leurs queues sur les trottoirs propices aux papotages, etc....et espionnait les gens, à l’écoute de toute allusion, information lui permettant de pourchasser les supposés opposants à Vichy.

Elle ciblait particulièrement la recherche des juifs et des communistes.

Une de ses méthodes privilégiées était de faire savoir sous le manteau qu’elle voulait franchir la Ligne de Démarcation. Lorsqu’elle avait trouvé un passeur, elle s’intégrait si possible à un groupe et à un moment opportun du passage, elle faisait arrêter « passeurs » et « passés ».

Elle n’hésitait pas à se faire croire qu’elle était Israélite pour crédibiliser sa demande auprès d’un passeur.

Elle se faisait souvent accompagner par un agent masculin de la Gestapo, supposé être son frère ou un ami, qui se chargeait d’aller téléphoner à Bruckle pour venir opérer les arrestations.

Le piège en deux temps contre les passeurs d’Amboise et de Bourré est exemplaire des méthodes employées par Hélène FE et la Gestapo.

Ses résultats performants lui assureront rapidement sa promotion à la responsabilité de chef des agents féminins de la Gestapo, les indicatrices, comme

« la femme blonde » et tout un petit groupe.

Il y a par ailleurs des interprètes souvent originaires d’Alsace-Lorraine, des administratives.

Les divers témoignages révèlent que toutes ces femmes avaient des relations sexuelles avec les membres de la Gestapo. Elles s’inter-changeaient leurs amants.

Ce fut notoirement le cas de Hélène FE.

Elle a la pleine confiance des Allemands qui lui confient des missions spécifiques, notamment avec l’aide de son mari pour la surveillance d’officiers français de l’Armée d’Armistice soupçonnés de travailler pour Londres, de policiers et gendarmes accusés de complaisance avec des « ennemis ».

Elle est souvent envoyée dans des villes pour « piéger » des gens que les Allemands pistent. Elle y séjourne parfois plusieurs semaines si nécessaire. Elle séjournera ainsi à Paris plusieurs fois.

Au printemps 1943, elle se fait muter à Angers où sous les ordres des chefs locaux de la Gestapo, Muntcher et Herfurt, elle poursuit ses basses œuvres.

Lorsque les Allemands de la SIPO quittent Angers et se replient sur l’Allemagne, le 8 avril 1944, elle les suit à Sarrebruck.

Puis, on la situe à Volkingan où elle travaillait sous un faux nom comme infirmière dans une usine. Elle a été vue à Hedelberg en avril 45.

Enfin, elle rentre en France en mai 1945.

On la retrouvera à Paris, où sous un faux nom, elle s’emploie dans des bars et espérait ainsi, dira t’elle, « se faire oublier ».

C’est un agent des RG, un certain Barbarou, qui la reconnaît en août 1946 dans le métro et procédera à son arrestation.


De violents conflits conjugaux :

Le 11 décembre 1946, dans une lettre à l’avocat de Hélène FE, son frère « croit de son devoir » de porter certaines informations à la connaissance de son défenseur.

Sur la santé de leurs parents : la mère « a été internée 14 ans avant de décéder en août 1940 » ; son père « qui était normal quoiqu’excessivement nerveux avait eu une typhoïde de jeunesse et est mort à 52 ans d’une angine de poitrine ».

Sur Hélène FE : « mariée à 18 ans à un colonial alcoolique et désaxé qui lui fit mener une vie infernale dont les mauvais traitements et les grossesses successives n’ont fait qu’aggraver un état psychique déjà précaire »...« en proie à des soucis matériels constants, n’ayant jamais connu le bonheur de vivre...comment pouvait-elle résister à celui qui, de 24 ans plus âgé et d’une autorité sans borne, l’a jetée dans la gueule du loup ».

Le 3 octobre 1943, Henri E saisit le procureur pour le mettre au courant de « la mauvaise conduite » de sa femme car il ne lui est « ...plus possible de tolérer plus longtemps de les voir ( ses enfants ) aussi malheureux ».

S’en suit une longue liste de griefs : « mon épouse n’était pas une bonne mère ni une bonne épouse. Les enfants lui étaient une charge. La vie de ménage lui paraissait être de l’esclavage...ma femme vivait toujours superficiellement comme une personne qui attend un événement pour pouvoir s’échapper et se soustraire à ses devoirs de mère et d’épouse. Elle me déclarait nettement qu’elle ne serait jamais l’esclave d’un homme et des enfants ...il ne fallait pas lui parler de devoirs religieux et si je n’étais pas intervenu, elle nous aurait fait vivre dans un logis des plus sales.

Elle dépensait tout et n’économiser rien. Elle ne remettait en état aucun vêtement et rachetait du neuf pour tout.

Après leur installation à Tours et les absences de Henri E pour ses missions de la LVF, « sa femme donna libre cours à ses mauvais instincts..ma femme était perdue... elle avait des amants et chose affreuse elle avait entraîné sa fille âgée de 15 ans dans le même sillage..elle l’amenait dans les cabarets et restaurants ...elle n’était jamais à la maison, ne s’occupait plus des enfants.. elle se promenait ou allait au café avec des hommes même devant moi ».

Henri E n’avait pas omis de rappeler dans cette lettre les problèmes psychiques de sa belle-mère et les diverses dépressions nerveuse de sa femme.

En février 1943, Hélène FE présente une demande de séparation de corps.

Le 9 mars, c’est la séance de conciliation qui échoue.

Le juge lui donnera satisfaction avec la garde de ses enfants, une pension de 1000 francs par mois et un domicile séparé.

Henri E l’accuse d’avoir « fait agir des influences » et « que les allemands étaient intervenus pour une décision en faveur de sa femme ». Ce juge sera épuré à la Libération.

La Gestapo fournira immédiatement à Hélène FE un nouveau logement au 25, rue Boisdenier à Tours.

Sa tante Mme. M, qui tient une épicerie, va l’aider pour s’occuper des enfants, comme elle le faisait déjà avant cette séparation.

Dans ses témoignages pour le procès de Henri E, cette femme fera entendre un autre son de cloche : dès le début du mariage, il s’était « montré violent » ; il « dépensait tout pour lui ».

Elle souligne qu’elle « n’avait jamais pu la sortir de ses griffes ».

Mme. M savait que sa nièce était employée à la Gestapo, mais ignorait « ce qu’elle y faisait ».

Sa nièce disait « qu’il fallait qu’elle vive car son mari ne lui donnait pas d’argent ».

Quant à Henri E, il poursuit sur les mêmes registres d’accusations, après l’installation de sa femme à Angers.

« Ma femme a à Angers a une vie déplorable. Elle n’a plus aucun respect d’elle même ». Il énumère des noms d’hommes qui seraient ses amants : «  Ma femme, une malade, a des amants partout où elle va ».

Il demande au procureur de pouvoir avoir la garde de son fils aîné qui « voudrait venir avec moi ».

Ce fils sera détenu lui aussi quelque temps à l’automne 1944. Il niera toute implication avec la Gestapo. Il connaissait certes l’activité de sa mère mais n’avait rien dit car « il ne voulait pas la juger ». Il fera état de « scènes continuelles chez lui ».


Aucune anomalie mentale : une intelligence supérieure à la moyenne.

Le « rapport médico-légal sur l’état mental de la Vve. E » à été rédigé par le Dr. Jacques Baruk, médecin-chef des hôpitaux psychiatriques, le 26 décembre 1946.

Après avoir rappelé son parcours personnel, le médecin note :

« Mme. E est une femme de petite taille ( 1m52 ) et de bonne constitution..elle n’a pas commis d’excès de boisson, n’a pas contracté de maladies vénériennes, sauf dit-elle, un petit échauffement contracté au retour de son mari de Syrie....on ne trouve rien à l’examen systématique des divers organes...seules les jambes sont, quelque peu, variqueuses... »

« Au point de vue physique, il n’y a rien à signaler » sauf « la dentition est défectueuse et il y a un certain nombre de dents absentes »

« Elle est calme, bien orientée dans le temps et dans l’espace... elle écoute bien ce qu’on lui dit, saisit rapidement et s’exprime avec aisance. Son langage, bien ordonné et cohérent, n’offre aucun trouble dysarthrique. Elle ne présente ni idées délirantes, ni troubles sensoriels. La mémoire est excellente ».

« Nous avons à faire à une femme qui n’est atteinte d’aucune maladie mentale et dont le niveau intellectuel est même supérieur à celui de la moyenne de son âge et de son milieu ».

Parlant de l’antécédent de sa mère et du handicap de son enfant « qui peuvent être considérés comme un signe de dégénérescence », le Dr. Baruk estime « que tout cela n’a pas empêché Mme E d’être une femme intelligente et parfaitement en état de distinguer le bien et le mal ».

Aussi, il n’hésite pas à conclure « que Mme. E n’était pas en état de démence au moment des faits qui lui sont reprochés » et qu’aucune anomalie mentale n’a pu « atténuer, dans une certaine mesure, sa responsabilité ».

Le médecin acte au passage que « son mariage n’a pas été heureux puisqu’il se termine par une séparation de corps » et qu’elle a « dû être entraînée par son mari qui s’était mis au service des Allemands ».

Marcelle Laurillou : la convoyeuse


Une jeune tourangelle instruite :

Marcelle Laurillou est née le 19 novembre 1914 à Perrusson près de Loches, en Indre et Loire.

Elle appartient à une vieille famille de maîtres charpentiers de la commune, dans la tradition des Compagnons du Devoir. Elle est la nièce de Maurice Mardelle, charpentier, poète et littérateur local.

Marcelle a fait des études. Elle a le brevet supérieur. Elle parle anglais et un témoignage familial pense qu’elle devait être enseignante ou éducatrice.

Le 1er Juin 1933, elle épouse un fils de cultivateur, Marcel Laurillou, né à Loches le 16 septembre 1908. Il exerce le métier de menuisier de voitures.

En 1936, on trouve le couple et leur premier fils, vivant chez les Mardelle à Perrusson. Marcel travaille comme menuisier avec son beau-père.

Les parents Mardelle sont venus ensuite s’installer à Amboise où ils résident en 1942.

Un couple conflictuel :

La petite biographie de Marcelle Laurillou publiée dans le livre de Charlotte Delbo en 1965 sur le « Convoi du 24 janvier » ( qui servira de base à tout ce qui s’écrira par la suite sur le convoi dit des 31000 ), a été écrite à partir des renseignements collectés par Hélène Fournier, comme le précise l’auteure, sur le groupe des tourangelles.

Hélène Fournier était la seule survivante des vingt tourangelles déportées dans ce convoi.

Qui a t’elle contacté à son retour pour se renseigner ? Car les informations personnelles données sur Marcelle Laurillou sont pour l’essentiel fausses.

« Elle avait épousé un vétérinaire installé à Tours. En 1941, son mari qui était dans une organisation de résistance a été arrêté. Relâché, il a repris sa place au combat mais en entrant dans la nuit. Marcelle Laurillou a quitté sa maison de Tours pour aller habiter chez ses parents à Amboise avec ses deux enfants qui avaient huit et six ans ».

Un témoignage infirme ces données. Le couple s’était séparé de manière conflictuelle. Marcelle était allée vivre chez ses parents à Amboise.

Le père avait gardé les deux enfants qui seront élevés par leurs grands-parents paternels.

Leur père ne leur parlera jamais des activités de leur mère durant la guerre.

Un de ses fils apprendra la mort et la déportation de sa mère dans le discours du curé le jour de sa communion solennelle !

Les archives nous éclairent aussi sur le couple Laurillou.

Le 16 juin 1945, Mme. Mardelle saisit le Commissaire du Gouvernement.

Elle accuse son gendre Marcel Laurillou d’être allé à la Gestapo de Tours dénoncer sa fille comme « passeuse ».

Marcelle avait quitté son mari, s’était installée à Amboise et avait instruit une demande de divorce.

Sur l’insistance du mari, le Tribunal examinera le dossier de divorce, le 23 juin 1943.

Le Président rappela qu’étant la demanderesse, aucune procédure ne pouvait être conduite hors de présence de Marcelle et on ignorait où elle était ( cf. hélas, morte depuis quelques mois ).

Le mari aurait répondu que ce ne serait pas de sitôt qu’on la reverrait et aurait affirmé « Je suis allé moi-même à la Gestapo la féliciter de leur prise car s’ils ne l’avaient pas fait, elle passerait encore ».

Une information fut ouverte sur la plainte de la mère.

Le témoin censé avoir rapporté ces propos à Mme. Mardelle, auditionné par un juge, ne se rappèlera de rien, pas plus que d’autres témoins à Loches et à Perrusson, interrogés sur ces propos diffamatoires du mari.

Mme. Mardelle demanda l’audition de l’agent de Gestapo Pierre Wennert qui selon elle était au courant de la délation de son gendre. Le 2 juillet celui-ci indiquera : « Je précise qu’il n’y avait pas besoin du témoignage à charge de son mari pour faire déporter sa femme ». Pierre Wennert sera fusillé quelques jours après.

Le juge fera prendra acte à Mme. Mardelle de ce témoignage.

Les choses semblent en être restées là.

« Passeuse » ayant passé ou « passeuse » ayant fait passer ?

Dans ses dépositions, Mme. Mardelle parle toujours de sa fille comme ayant passé la Ligne à titre personnel pour aller voir son frère.

Minimise t’elle consciemment ou inconsciemment le rôle réel de sa fille ?

Pour que sa déportation et sa mort soient ressenties comme encore plus révoltantes ?

Marcelle Laurillou travaillait-elle avec Gabb, Thomas, Rachel Deniau et aussi Raymonde Sergent ?

En d’autres termes, appartenait-elle à ce groupe, pas vraiment un réseau car leurs membres pouvaient travailler avec aussi d’autres personnes.

Le passage de la Ligne, c’était souvent des coopérations à géométrie variable au sein d’un vivier de passeurs qui pouvaient par ailleurs avoir des idéaux et des éthiques financières diverses mais s’épaulaient et s’entr’aidaient.

Le témoignage de Pierre Wennert va dans le sens d’un rôle de passeuse de Marcelle Laurillou.

Le témoignage d’Hélène Fournier qui a vécu et échangé avec elle en détention puis à Auschwitz, va dans le même sens. Elle parle de l’appartenance de ces femmes au même groupe, mais dit ignorer si ce groupe ou ses membres, à titre individuel, appartenaient à un réseau, affilié à la Résistance organisée.

Il faut aussi faire état de Rachel Deniau dont le nom n’apparaît pas dans le procès de Hélène FE.

Factrice à Amboise, elle faisait passer du courrier en zone libre et aidait les prisonniers évadés.

Elle fut arrêtée à son domicile, le 11 septembre 1942, à 6 h 30 du matin.

Dans le dossier du 17 janvier 1952, constitutif pour la reconnaissance du titre de « déportée politique » à Rachel Deniau, à la rubrique « Personnes impliquées dans la même affaire », on peut lire : « Mme. Jaunay de Bléré ( il s’agissait d’une parente ), les époux Thomas d’Amboise, Mme. Mardelle ( Marcelle se faisait souvent appeler par son nom de jeune fille ), tous décédés en déportation, également Mme. Sergent de St. Martin le Beau, déportée décédée ».

S’il est donc impossible de répondre avec certitude, il y a une probabilité assez affirmée que Marcelle Laurillou aie pratiqué l’aide au passage de la Ligne de Démarcation. Sous couvert d’aller voir son frère ou ses enfants, elle pouvait en même temps convoyer des gens.

On a vu ci-dessus que la fameuse « femme blonde » voulait aussi passer le 10 septembre.

Les méthodes employées par Hélène FE me laissent à penser qu’elle devait peut-être filer, depuis un certain temps, Marcelle Laurillou qui se rendait souvent dans le Lochois.

Parlait-elle peut-être un peu imprudemment ? Ce qui fut parfois le cas de certains passeurs.

On sait combien la prudence et le respect absolu de règles de sécurité jouèrent une rôle majeur pour la sauvegarde ou la perte des Résistants.


Marcel Laurillou, le mari, devient membre des FFI :

Marcel Laurillou indique dans son dossier constitutif de demande d’appartenance aux FFI qu’il a été ouvrier menuisier à la CIMT à St. Pierre des Corps de juin 1940 à décembre 1942.

Puis, le 1er Juin 1944, il s’engage à l’ORA, dans la brigade Charles Martel du Colonel Chomel, où il sera sous les ordres du Lieutenant Colonel Constantini qui commande le maquis d’Epernon.

Le 11 août 1944, il est nommé chef de groupe et a le grade de caporal-chef.

Il accomplit de « jour et de nuit, des attaques de convois allemands, des embuscades, des sabotages et obstructions de routes », notamment dans la région de la Celle Guenand et du Grand Pressigny.

Fin septembre 1944, il s’engage au 32e RI et participe aux opérations de la Poche de St. Nazaire.

Il est démobilisé le 23 août 1945.

Son dossier de membre des FFI est homologué le 10 juillet 1950

Marcelle Laurillou reconnue « déportée-résistante » :

La mort de Marcelle Laurillou a évidemment mis fin à la procédure de divorce.

Son mari est donc veuf.

Le 20 novembre 1954, Marcel Laurillou, alors domicilié à Tours, fait déposer par une Association de Déportés, une demande de validation de services des déportés et internés de la Résistance, au bénéfice de sa femme.

Ce qui lui fut attribué le 14 décembre 1954 : son grade d’assimilation fut soldat de 2ème classe.

Le 11 juin 1954, Marcelle Laurillou sera reconnue « déportée résistante » et sa carte porte le N°200922455.

La demande a été déposée par une Association dont personne pour l’heure n’a pu me décrypter la signification exacte du nom : l’Association de Déportés anciens Magogs.

Qui sont ces anciens Magogs ?

il y est affirmé que « Mme. Laurillou et son mari demeuraient à Amboise » pendant la guerre, ce qui semble inexact.

La manière dont sont rapportés les fait est approximative. Le mari ne les connaît pas vraiment.



Dans la rubrique « Résumé succinct de l’activité professionnelle ou de l’activité militaire du 10 juin 1940 à la date d’arrestation », il est indiqué « Mme. Laurillou passait quotidiennement les patriotes démasqués et dénoncée par un officier de la Gestapo en même temps que son compagnon de Résistance Norin ( sic ), marchand de bestiaux, et les 3 frères Gabb ( sic ), industriels en fours à chaux

( un décédé à Buchenwald ) ; transférée ...décembre 1942 à Romainville ( date fausse ) ; expédiée en déportation le 30 avril 1943 ( date fausse ) ; exterminée dès son arrivée à Auschwitz début mai 1943 ( date fausse ).

De la Libération à 1954, Marcel Laurillou aurait pourtant pu rassembler des faits exacts !

Il se remariera.

Marcelle Laurillou figure sur la stèle aux Déportés érigée par la ville d’Amboise, avec Jean Thomas et son frère, le couple Gabb, Rachel Deniau.

Elle figure aussi sur le Monument aux Morts de cette commune sous le nom de Laurillou-Mardelle Marcelle.

Louis Serin : le « voiturier »

Un marchand de bestiaux :

Louis Serin est un vendéen, né le 23 octobre 1896 à Pouzanges ( Vendée ).

A 14 ans, il avait été placé comme apprenti boucher.

Sa famille vient s’installer dans la région au début des années 1920 où ils seront bouchers-éleveurs à Chaumont.

Louis Serin est un ancien combattant de la guerre 14-18.

Puis, Louis Serin achète une boucherie à Pontlevoy. Il se marie avec une jeune fille de Pontlevoy et aura deux enfants, Micheline et Louis.

Dans les années 1930, il s’installe à Montrichard dans une grande maison au bord du Cher, avec des dépendances utiles à ses activités.

Il est éleveur et expédie bêtes et carcasses vers le marché spécialisé de la Villette à Paris. Ces expéditions se font par camions généralement.

Il réceptionne aussi des bêtes venant de plusieurs régions comme la Bretagne, les Ardennes. Beaucoup de vaches laitières, qui seront mises en pacages, de part et d’autre du Cher, dans les vastes prés qui le bordent.

Ces bêtes arrivaient presque toujours en gare de Bourré, plus adaptée à cette fonction économique que la gare de Montrichard.

Il s’en procure aussi dans les environs en ayant recours à des sortes de « rabatteurs » qui lui procurent des bêtes, comme vers Ecueillé avec les deux frères Chrétien.

Bien des gens de Montrichard vont acheter leur lait chez les Serin.

Louis Serin connaît donc beaucoup de monde, notamment les négociants de la Villette - les fameux chevillards - parmi lesquels des juifs ( originaires pour la plupart d’Alsace- Lorraine ).

En effet, le commerce des bestiaux ( comme le commerce itinérant ) était depuis des siècles, une des rares activités autorisées aux juifs, car ils étaient interdits d’habitation en ville dans ces régions.

Un altruiste aux sympathies « anarchistes »

Il a aussi, comme on dit maintenant, des réseaux parmi les éleveurs et les bouchers des environs.

Louis Serin s’est impliqué très vite, après l’Armistice, pour faire passer la Ligne de Démarcation à tous ceux qui le sollicitaient.

Il semble ( et c’est aujourd’hui encore l’opinion de sa famille ) n’appartenir à aucun groupe ou réseau de Résistance.

Il se situe plutôt dans les familles de pensée « anarchistes ».

Il n’est pas originaire du coin.

Il est largement à l’abri du besoin. Il a acheté des propriétés.

C’est un négociant important sur le plan professionnel, à dimension nationale.

Autant dire qu’il ne fait pas pas partie du cercle des notables de Montrichard, commerçants et artisans, soudé par les unions matrimoniales, la pratique religieuse et des opinions politiques conservatrices.

Louis Serin appartient à cette catégorie d’altruistes dont sont issus la plupart des « grands » passeurs dans notre zone, comme Jean Santout à Montrichard ou Émile Mandar à Monthou-sur-Cher.

Il pratiquait très régulièrement l’aide au passage de la Ligne.

Il travaillait, insiste son petit-fils, avec des gens de toutes opinions et de toutes catégories.

Il ne le faisait jamais à partir de sa maison pourtant située à quelques mètres du Cher.

Prudence obligeait, aussi pour sa famille.

Il bénéficiait d’un Ausweis permanent car il devait s’occuper de ses bêtes dont certaines paissaient dans des prés en zone libre.

Peut-être à t’il fait passer la Ligne par le pont de Montrichard, à des postulants au passage.

Mais les témoignages vont dans le même sens : c’est à Bourré, près d’un passage à niveau que Louis Serin opérait les passages, en liaison avec ses camarades de Faverolles-sur-Cher et Saint-Julien-de-Chedon, communes qui bordent le Cher et situées en face en zone libre.

Il y avait ses habitudes professionnelles pour le transport des bêtes. Il y connaissait du monde.

Le Cher y est très étroit. Une petite île facilitait la cache d’une barque, en face de l’Eglise.

Un passage discret le long de la maison de Louis Sirot, le garde-barrière, permettait de gagner le Cher en quelques secondes.

Ce lieu était donc particulièrement propice au passage de plusieurs personnes en barque.


Où est mort Louis Serin ?

Louis Serin, après son internement à Tours, puis Compiègne, est entassé le 23 janvier 1943 au soir, dans un des wagons du convoi qui part le 24 janvier.

Il y est d’abord déporté comme ses compagnons à Sachsenhausen-Orianenbourg.

Il est le matricule 58 106.

 Robert Firmin et Michel Menier de Vallières les Grandes, déporté à 17 ans ( qui vient de décéder ) témoigneront sur l’aide et le soutien moral qu’il manifestait aux jeunes.

Où est mort Louis Serin ?

A partir du début de l’été 1944, les Allemands, de plus en plus pris en tenaille, entre les forces soviétiques et alliées, commencent à organiser des transferts de déportés entre les camps.

Le 17 Juillet 1944, Louis Serin est transféré à Dachau.

Puis, le 2 novembre à Auschwitz avec beaucoup d’autres déportés politiques.

Puis à nouveau, le 12 décembre à Buchenwald.

Les sources officielles françaises le donnent mort à Dachau, le 28 février 1945, comme l’a établi le jugement du Tribunal Civil de Blois du 3 juin 1948.

Y avait-il été donc été ramené ? Est-il mort en route lors d’un de ces transferts? Dans un autre camp ?

On sait que, hélas, les datations ou localisation précises, du décès de déportés, furent parfois complexes à déterminer, voire approximatives.


Médaillé de la Résistance Française :

Dès le 1er novembre 1944, le maire de Montrichard certifie « que Mr. Louis Serin, domicilié à Montrichard a fourni de grandes preuves d’activité, de courage et d’énergie en faisant passer la Ligne de Démarcation à de nombreux prisonniers de guerre pendant la période comprise entre juin 1940 et le 15 septembre 1942 ( cf. le 10 ), date à laquelle Mr. Serin a été arrêté par les Allemands ».

Sa famille, comme la plupart des familles de déportés, a entrepris des démarches pour l’attribution du statut de déporté-résistant.

Deux courriers du Préfet de Loir et Cher laissent à penser que Louis Serin n’avait pas que des amis à Montrichard !

Le groupe de passeurs avec lequel il opérait les passages à Bourré avait « le cœur à gauche ». Ce qui n’était pas le cas d’autres résistants de la ville liés au SOE, voire à LibéNord.

Dans cette atmosphère très particulière de la Libération, il se disait sous le manteau que Louis Serin se faisait payer pour opérer les passages. Ces ragots avaient dû remonter « en haut » à Blois.

Aussi, le Préfet demande une enquête aux RG le 16 novembre 1956, pour « préciser nettement si l’action résistante de Mr. Serin a été la cause déterminante de son arrestation ».

Puis, le 11 décembre, le Préfet demande d’auditionner Robert Firmin et Louis Sirot « afin de déterminer, dans la mesure du possible, si l’intéressé a fait passer la Ligne de Démarcation gratuitement et si des militaires ou des résistants ont eu recours à son office pour effectuer ce passage ».

Leurs réponses furent très claires : Robert Firmin dira :« à ma connaissance, Mr. Serin n’a jamais réclamé d’argent pour ces passages », précisant « qu’il avait fait passer la Ligne à de nombreuses personnes : prisonniers évadés, israélites, réfractaires ».

Louis Sirot rajoutera : « Il n’avait pas besoin d’argent ».

La situation financière de Robert Firmin et Louis Sirot, jusqu’à leur décès témoignera de la modicité de leurs revenus. 

Aucun bas de laine avec l’argent des passages !

Quant à la famille Serin, elle a poursuivi ses activités de marchand de bestiaux sans augmentation de son train de vie.

Justice sera rendue à Louis Serin : le 3 juin 1960, par décret présidentiel, il recevra à titre posthume la Croix de Guerre avec palme et la Médaille de la Résistance Française : « magnifique patriote. Arrêté pour faits de Résistance le 10 septembre 1942, à été interné jusqu’au 22 janvier 1943. Déporté le 23 janvier 1943 dans un camp de concentration, est mort pour la France le 28 février 1945 ».

Mme. Serin, très affectée et à la santé défaillante, ne retournera pas le dossier dûment complété pour l’attribution posthume à son mari de la carte de Combattant Volontaire de la Résistance.


Robert Firmin : le batelier

Un jeune boucher :

Il est né le 21 août 1921 à St. Georges sur Cher, dans une famille d’agriculteurs.

Au moment de la guerre, il habite Faverolles-sur-Cher en zone libre, chez ses parents.

En 1942, il a donc 21 ans et exerce la profession de boucher.

C’est ce métier qui lui a fait connaître Louis Serin dont les bêtes paissaient dans des prés situés sur la commune de Faverolles-sur-Cher.

Il semble bien que ce soit lui qui connaissait Marcelle Laurillou.

Comment étaient-ils entrés en contact ? Il n’y a pas d’information.

Mais Faverolles-sur-Cher est proche de Loches où les habitants des communes limitrophes du Cher préféraient se rendre plutôt que de solliciter un hypothétique Ausweis pour aller à Montrichard, même toute proche et surtout en zone occupée.

Robert Firmin coopère donc avec Louis Serin qui amène en carriole les personnes à passer.

Lui les passe en barque.

On a vu qu’il travaille avec des « camarades » qui surveillent la rive droite du Cher aux jumelles, qui l’aident à réceptionner les passés et leur apportent les premières formes de soutien ( les loger, les nourrir, etc.)

J’ai retrouvé certains d’entre eux : Roger Michelet, Fernand Dubois, Michel Dubois ( qui sera ultérieurement arrêté et déporté ) auxquels je consacrerai bientôt de petites biographies.


De graves séquelles de sa déportation :

A son retour de déportation, Robert Firmin est dans un état de santé très détérioré.

Il devra d’ailleurs séjourner pour soins appropriés dans un sanatorium.

Il a en effet une tuberculose à 100% au poumon gauche qui sera traitée par pneumothorax.

Il souffre du mal de Pott lombaire, lié à sa tuberculose et subit une greffe d’Albée.

Il souffre de coxalgie droite, aussi liée à sa tuberculose, qui a nécessité de l’immobiliser dans une gouttière plâtrée pendant un certain temps.

Déjà réformé N°1, c’est à dire pour maladie invalidante, il sera définitivement réformé le 15 septembre 1952 et pensionné à 100%.

Robert Firmin revenu vivre à Faverolles-sur-Cher ne pourra pas reprendre une activité professionnelle suivie.

Il fera des petits boulots, en rendant surtout service à ses amis et voisins.

Il se mariera mais n’aura pas d’enfants.


Actif dans le mouvement associatif déporté :

Il a été membre du Bureau départemental de l’UNADIF qui groupe des Associations de déportés, internés et familles de disparus, créée en 1950.

Elle fusionnera avec la FNDIR en 1955.

Robert Firmin obtient l’attribution du titre de déporté-résistant le 27 avril 1954.

Il recevra l’équivalence du grade de soldat de 2ème classe pour la reconstitution de ses services dans la Résistance.

Georges Fermé, résistant notoire de Montrichard et sa femme Henriette Fermé, déportée à Ravensbrück, témoigneront « qu’il assura le passage de la Ligne de Démarcation à de très nombreux prisonniers, réfractaires ou patriotes... ».

Il obtiendra aussi, la même année, la carte de Combattant Volontaire de la Résistance.

En 1956, le préfet veut instruire un dossier sui lui car « il est susceptible d’être décoré de la Légion d’honneur ».

Le 26 juin 1956, le rapport des R.G émet un avis favorable.

Aucune suite ne semble avoir été donnée à ce dossier par le Préfet.

Louis Sirot : la victime collatérale

Un cantonnier à la SNCF :

Louis Sirot est né le 24 Mai 1904 à Bossay-sur-Cisse, en Indre et Loire.

Il avait été embauché à la SNCF le 9 janvier 1928.

Au moment des faits, il est cantonnier poseur à la SNCF.

Il est affecté au passage à niveau 203 à Bourré.

Sa femme y exerce la fonction de garde-barrière.

Ils ont trois jeunes enfants.

Sa maison est située près du passage à niveau et des bords du Cher. Un petit chemin la sépare du haut mur d’une grande maison de maître.

Son potager est accolé à sa maison.


Le refus de dénoncer des compatriotes :

C’est en ces termes qu’un témoignage familial qualifie la raison pour laquelle Louis Sirot fut arrêté et déporté.

Il répétera souvent « qu’il ne pouvait quand même pas dénoncer des compatriotes ! ».

Il niera de manière constante sa participation à ce passage, comme toute aide, quelle qu’elle soit, aux passeurs utilisant ce passage.

Et, on l’a vu, Robert Firmin confirmera cette affirmation.

Mais les Allemands estimeront qu’en raison de l’emplacement de sa maison, de sa porte et de ses fenêtres ( qui plus est sans rideaux ), il était impossible qu’il n’aie pas vu les passages organisés par Louis Serin et Robert Firmin.

Il sera accusé de non dénonciation d’agissements criminels et de complicité.


Une non reconnaissance de son silence :

En mars 1948, la Commission Interministérielle des Passeurs ouvrira un dossier de proposition d’une récompense « pour services rendus aux Français tombés au pouvoir de l’ennemi entre 1939 et 1945 ».

Aussi, le Préfet demande un rapport aux R.G.

Le 24 avril, ce rapport précise que l’intéressé « a assisté à de nombreux passages qui avaient lieu à proximité de chez lui, mais personnellement n’a fourni aucune aide, soit en fournissant des renseignements ou en participant à des surveillances ou guets » et rappelle qu’il a été déporté « pour le seul fait de n’avoir pas signalé ces passages ». Le rapport conclue à un avis défavorable car « ce cas ne paraissant pas rentrer dans le cadre des présentes instructions ».

En 1951, Louis Sirot sera proposé pour la Médaille d’Honneur des Chemins de Fer.

Cette fois, le rapport sera favorable car Louis Sirot « jouit d’une bonne réputation et son attitude au point de vue national est correcte. Il n’a jamais milité pour un parti politique quelconque ».

Après la Libération, Louis Sirot sera affecté à Romorantin.

À Bourré, des Anciens se souviennent encore de son extrême maigreur de déporté, à son retour de deux ans et demi en camp de concentration.

Henri et Jean Thomas : de la chaux à la Résistance

Le nom de la famille Thomas se rattache à l’industrie de la chaux à Amboise.

Le four à chaux est situé rue de Tours à Amboise. La société a été crée par Charles Thomas, chaufournier-cimentier en 1885 à Amboise. Il avait eu une entreprise de Travaux-Publics à Paris.

En 1888, l’entreprise appartient à Félix Thomas.

Ce Félix Thomas sera maire de St. Martin-le-Beau de 1896 à 1901.

Il aura une famille nombreuse.

Le four à chaux passe en 1914 à ses fils, Marcel et Henri Thomas qui sont donc des industriels, avec une formation d’ingénieurs.

Jean lui est dans les Assurances.

Un autre frère Hippolyte est « propriétaire » à Athée-sur-Cher.

Et une fille Marie-Louise épousera René Gabb.

Jean, l’assureur :

Jean Thomas est né à Amboise le 26 février 1885.

Il avait épousé Étiennette Bricheteau de la Morandière, famille d’origine du Poitou et installée à Tours. Deux des oncles de sa femme étaient des ingénieurs spécialisés dans les Chemins de Fer.

Jean appartient à la Résistance organisée.

En effet, il est membre du sous-réseau Jean de la Lune qui se rattachera au réseau Darius. Ce réseau collecte notamment des renseignements militaires. Puis, il participera aux parachutages d’armes et munitions.

Ce réseau Jean de la Lune sera bien implanté en Indre et Loire.

Particulièrement dans la région d’Amboise, mais aussi à Loches et Tours. Certains de ses membres appartenaient aussi à d’autres réseaux.

Les services de Jean Thomas au sein de la RIF, accomplis en tant qu’agent P2, seront décomptés à partir du 4 janvier 1941.

Il sera homologué au grade de sous-lieutenant à titre posthume, le 30 juillet 1947.

Son dossier de déporté-résistant précise « qu’il était spécialisé dans l’évasion de prisonniers du camp allemand d’Amboise » et qu’il remplissait « des missions secrètes ».

Son activité d’agent d’assurances, qui comportait de nombreux déplacements et visites de clients, devait représenter une appréciable couverture.


Henri, le chaufournier :

Henri son frère aîné, né le 23 septembre 1879 à Amboise, a lui poursuivi l’activité familiale du four à chaux.

A la Libération, sa femme demeure à Paris. Il n’y a pas trace d’elle dans le dossier d’instruction de la Cour de Justice d’Angers.

La Commission compétente refusera l’homologation de son dossier au titre de la Résistance Intérieure Française, le 4 décembre 1952.

Robert Firmin avait pourtant témoigné en sa faveur : « ...atteste avoir appris par Mr. Jean Thomas, décédé à Buchenwald, lorsque nous partagions la même cellule N°44 à la centrale de Tours que Mr. Henri Thomas son frère cachait dans les carrières, dans l’usine des fours à chaux d’Amboise, des civils, des juifs, des réfractaires au STO et les aidait à gagner la zone libre. C’est pour cette raison que la Gestapo l’avait arrêté ».

La commission estimera toutefois que « les pièces contenues dans son dossier n’apportent pas la preuve de son activité résistante ».

Les deux couples Thomas n’ont pas eu de descendance.

Le four à chaux d’Amboise changera de propriétaire en 1946.

Il devient l’établissement Chevalet et Cie.


Le couple Gabb : des professionnels du passage.

Une origine anglaise :

René Gabb est d’origine anglaise par son père.

Charles Gabb, son grand-père, était un londonien venu s’installer à Amboise avec sa femme Marie Kings.

Ils vivent en « rentiers » à Amboise.

Sa tante Mathilde Gabb se mariera avec un Thomas, cousin de sa belle-famille.

Mais René est un enfant illégitime que Georges Gabb a eu avec une jeune femme, Amandine Gaudet, de 23 ans sa cadette.

Né à Amboise le 26 janvier 1889, il sera reconnu et légitimé, par ses parents lors de leur mariage quelques années après.

Le 22 février 1919, il épouse Marie-Louise Thomas, née le 24 mars 1891.

Un de ses oncles Gaudet est éditeur de musique à Paris.


Un assureur devenu passeur :

René Gabb est lui aussi dans les Assurances.

Peut-être travaille-t-il avec son beau-frère.

Les informations contenues dans plusieurs témoignages du dossier d’instruction permettent d’établir que René Gabb et sa femme pratiquaient le passage de la Ligne de manière régulière.

Mme. Jean Thomas qualifie leur activité de « métier ».

L’activité de passeurs des Gabb était connue à la ronde.

A travers ses propos sur l’argent demandé par Mme. Gabb à la « femme blonde », on peut penser que le couple Gabb se faisait payer pour leur concours : de temps en temps ? Toujours ? Suivant le profil du candidat au passage ?

Lancinantes questions sans réponses !

Quand on articule les données en notre possession, l’hypothèse d’une coopération entre les frères Thomas et le couple Gabb, pour l’organisation d’une chaîne de passage de la Ligne semble quasi certaine.

Les prisonniers évadés du camp allemand d’Amboise constituaient une catégorie importante des postulants au passage en zone libre.Dans la courte biographie concernant Marie-Louise Gabb, dans « Le convoi du 24 Janvier » de Charlotte Delbo, René Gabb est qualifié « d’ouvrier » au four à chaux.

Ce qui correspond d’autant moins à la réalité que les familles Gabb et Thomas appartenaient plutôt à la bonne bourgeoisie locale.

Le couple Gabb n’a pas eu d’enfants.

À la Libération, il n’y pas eu de demandes déposées auprès du ministère des Anciens Combattants les concernant.


Violette Lévy et Jean, 8 ans : un destin brisé....à quelques mètres de la liberté et de la vie !

Une parisienne

Violette Joel est parisienne.

Elle est née dans le 12ème, le 26 septembre 1911. Son père Gilles est alors « employé de commerce » et sa mère Hélène Lehmann est institutrice. Ils s’étaient mariés le 25 octobre 1910.

Son père est lui-même né à Paris, le 29 octobre 1875.

Il est le fils de Félix et de Amalia Feldenberg, elle originaire de Varsovie et lui de Konin, en Pologne. Ils appartiennent à des familles de marchands.

Felix est marchand d’horloges à Paris.

Les Joel ont émigré en France après la guerre de 1870. Ils ont plusieurs enfants.

Sa mère Hélène Lehmann appartient à une famille juive française, originaire du Bas-Rhin, qui a fui le rattachement de l’Alsace-Lorraine à l’Allemagne.

Elle est née à Paris le 24 mai 1881, fille de Hertzel et de Annette Kahin, elle aussi parisienne. Plusieurs membres de sa famille sont des commerçants et négociants.

Hertzel Lehmann est sellier ; le grand-père Anselme Kahin est marchand colporteur.

On aura relevé sa profession qui atteste de son degré d’instruction et de son statut de femme exerçant une activité professionnelle rémunérée.

Situation très minoritaire pour les femmes au début du XXe siècle qui, soit étaient des femmes au foyer, soit travaillaient gratuitement au service de l’activité agricole ou commerçante du mari, ou quasi gratuitement comme employée de maison.

Hélène a un frère aîné Joseph Lehmann, né en 1872 qui, lors de son mariage en 1902, est qualifié aussi « d’employé de commerce ». Il travaille dans la bijouterie.

Dans le chapitre que Daniele Gervais-Marx dans son livre « La Ligne de Démarcation » consacre pour l’essentiel à ses tentatives d’évasion comme prisonnier de guerre, son mari Jacques Levy rapporte que lorsqu’il présenta Violette à sa famille, un de ses cousins lui dit : « mais enfin, Jacques, c’est une Pollack ».

Réflexion très significative de l’état d’esprit d’une partie des juifs de vieille souche française à l’égard des juifs dits étrangers, originaires de pays d’Europe de l’Est et appartenant bien souvent à des milieux sociaux plus modestes.

Mais s’agissant de Violette, sa filiation « pollack » remonte à son aïeul paternel et du côté de sa mère, elle est tout aussi française que les Lévy ! La réflexion du cousin devait plutôt faire allusion au positionnement social des familles : la famille de Violette habite dans les quartiers populaires du Paris où la population juive se concentre ; la famille Levy habite le 16e et les beaux quartiers.

Une professeure de gymnastique

C’est cette profession qui sera indiquée sur tous les documents concernant Violette : professeur d’éducation physique.

Elle l’est déjà à 22 ans, au moment de son mariage, en 1933.

Mais, hélas, je n’ai pas trouvé de sources permettant de reconstituer la brève carrière professionnelle de Violette.

Quelle était la nature juridique exacte de son statut professionnel ?

Professeur de gymnastique formé à l’Ecole Normale d’Education Physique, dans un Institut Régional d’Education Physique ?

Institutrice de l’Etat ou de la Ville de Paris, affectée à des fonctions de professeur d’éducation physique, comme cela se pratiquait ?

Dans quel ou quels établissements scolaires a t’elle exercé son métier ?

Par contre, un fait est certain : Violette fut révoquée et chassée de la Fonction publique sur la base du Statut des Juifs du 3 octobre 1940.

Dans un livre dont nous allons reparler, « Marcel Mauss et son frère Henri », Mélèze, auteur anonyme, publie l’arrêté de révocation de Violette. Mais ce document est imprimé de manière illisible.

Toutefois, on arrive à déchiffrer que cet arrêté a été transmis à Violette Lévy, le 19 février 1941.

Un règlement d’administration publique signé du Maréchal Pétain, le 26 décembre 1940, prévoyait une indemnité modeste de révocation.

Ainsi Violette, comme sa mère, est une jeune femme instruite ayant suivi une scolarité de niveau supérieur lui permettant l’accès aux métiers de l’enseignement.

C’est aussi quelqu’un, et qui plus est une femme, qui a fait du sport son métier. Il y en avait peu à l’époque.

Deux caractéristiques qui font imaginer une jeune femme intelligente, active et avec de la personnalité.

Dont nous savons qu’elle mesurait 1m 62, qu’elle était naturellement blonde et avait des yeux bruns....elle était tout simplement belle.

Un mari issu de la bourgeoisie israélite :

Le 18 novembre 1933, à la mairie du 11e, Violette épouse Jacques Levy, ingénieur agronome.

Il a 23 ans, né le 26 juin 1910 à Paris. Et elle, donc 22 ans.

Les deux beau-pères sont leurs témoins.

La mère de Violette était décédée en janvier 1931.

Jacques Levy est le fils de Léon Lévy, un militaire de carrière, né le 13 mars 1875 dans le 8e à Paris. Lorsque Léon Lévy recevra la Légion d’Honneur en 1921, il est Chef de Bataillon au Sous-secrétariat de l’Aéronautique et des Transports. Son grand-père Anatole Levy était grainetier à Paris.

Léon Levy avait épousé le 30 mai 1904 à Neuilly, Esther Goldsmidt née le 15 mars 1883. Ses parents étaient alors rentiers. Ils avaient dû progresser socialement. Son père avait été typographe. Son demi-frère Jules Théodore Goldsmidt est aussi militaire de carrière.

Léon Lévy et Jules Théodore Goldsmidt sont polytechniciens.

Jacques Levy a été élevé dans une famille non pratiquante.

Il expliquera : « Être juif, cela n’avait jamais eu grande signification pour nous..certes il ( mon père ) avait souffert de l’affaire Dreyfus. Il s’était même battu en duel avec un journaliste antisémite, anti-dreyfusard, Stéphane Lausanne..mais il n’était guère religieux. Il n’assistait aux offices qu’à l’occasion des mariages et des décès. Quant à ma mère, elle était complètement agnostique..elle était originaire d’un milieu plus simple que son mari. Sa propre mère était brodeuse. L’un de ses oncles avait « fait » les barricades en 1848. Elle se sentait avant tout du peuple, un peuple dont elle partageait les valeurs »

Mais statut social oblige, Jacques fera sa Bar-Mitzwa ( l’équivalent de la communion solennelle de la religion catholique) le 2 juin 1923, à la Synagogue de la Victoire de Paris.

Les parents Levy habitent 126, rue de la Pompe dans le 16e.


Jean Lévy, naît le 5 mai 1934...comme on disait pudiquement alors, c’est « un enfant de l’amour ».

Le lieu de sa naissance mérite d’être signalé : c’est à la maternité de l’Hopital ND. du Bon Secours dans le 14e, aux pratiques avant-gardistes à l’époque et dont « la réputation ne s’est jamais démentie », vante toujours sa notice.

En 1934, Jacques est toujours qualifié d'ingénieur agronome.

Le jeune couple s’installe dans un appartement loué à la société « La Séquanaise Capitalisation » au 5, rue des Sablons dans le 16e, le 15 janvier 1935.

Des amitiés parmi les intellectuels anti-fascistes :

Le livre de Mélèze nous apporte des informations, parfois des allusions, voire des sous-entendus sur la vie de Violette et son mari, pour la période qui court jusqu’à la guerre.

Le couple s’est lié d’amitié avec la famille Mauss. 

Plus particulièrement avec Pierre et Marie Mauss.

Ce sont les neveux de Marcel Mauss, le célèbre anthropologue, enfants de son frère Henri.

Ce sont donc aussi les petits-neveux d’Emile Durkheim, le fameux sociologue dont la sœur avait épousé le père de Marcel et Henri Mauss.

Jacques Levy, fonctionnaire, est le collègue de Pierre Mauss. Quand est-il entré dans la Fonction Publique ? Mais parions que ce doit être dans la mouvance du Front Populaire.

Marie sa sœur, amie de Violette, qui parlait couramment allemand, s’était rendue deux fois en Allemagne et nous dit Mélèze, elle « s’était intéressée dès l’arrivée de Hitler au pouvoir, aux réfugiés allemands qui fuyaient le nazisme ». Elle travaillait avec un réseau presbytérien animé par deux sœurs néo-zélandaises, Marie et Rose Hursthouse, résidant à Paris, qui ex-filtrait des juifs vers d’autres pays qui acceptaient de les accueillir, comme l’Angleterre, la Nouvelle-Zélande, les USA.

Il s’agissait pour la plupart d’intellectuels, artistes, savants.

Ce réseau avait pour base le Foyer International des Etudiantes, au Boulevard St. Michel.

Violette participait-elle avec Marie à ces activités de solidarité ?

Tout laisse à penser que les Levy avec leurs amis Mauss partageaient les idées et les activités des milieux intellectuels anti-fascistes, incarnées tout particulièrement par le CVIA ( Comité de Vigilance des Intellectuels Antifascistes ) autour de Paul Rivet l’ethnologue, Alain l’écrivain et Paul Langevin le Physicien, puis l’UDIF ( l’Union des Intellectuels français )ou le Mouvement Amsterdam Pleyel.

L’attrait des idéaux marxistes est patent parmi ces jeunes intellectuels.

Marie Mauss adhérera d’ailleurs au PCF en 1946, comme en témoigne une lettre parue dans l’Humanité en 1952.

Mais avant guerre, elle est proche de la gauche de la SFIO, vend les journaux engagés et sera même condamnée à un mois de prison avec sursis pour port d’arme probité lors d’une bagarre entre « groupes d’extrême droite et d’extrême gauche », en février 1935.

Mélèze rend hommage à nombre de ces jeunes femmes intellectuelles, juives pour certaines, appartenant à ces milieux progressistes et qui seront des Résistantes comme l’ethnologue Germaine Tillion, la biologiste Claudette Bloch, la chimiste Marie-Elisa Cohen, etc.

Certaines sont alliées aux Mauss. Violette devait en connaître. Plusieurs seront déportées, en particulier dans le convoi des 31000.

La guerre est là

En septembre, à la rentrée scolaire 1939-1940, le petit Jean entre en classe de 11e, l’équivalent de notre actuel CP, au Lycée Janson de Sailly qui avait une annexe faisant fonction d’école primaire, appelée « le petit lycée ».

Sa fiche d’inscription précise qu’il entre à l’école pour la première fois et « qu’il vient de la famille ». Son nom sera porté sur la plaque commémorative des élèves déportés du Lycée.

Le lycée n’a pas pour l’heure retrouvé sa trace pour les rentrées 1940-41 ni 1941-42.

Le lycée Janson de Sailly se situe 106, rue de la Pompe, tout près de chez ses grands parents Levy.

Jacques Levy est mobilisé. Il était caporal dans l’infanterie coloniale. Il est blessé en juin 1940 et envoyé dans un hôpital militaire en Belgique où il fut fait prisonnier et expédié dans un camp en Haute Hesse . Il dira combien s’évader était devenue « une obsession ». Il tentera de le faire plusieurs fois. Il sera repris, changé de camp à plusieurs reprises.

Heureusement que les prisonniers de guerre étaient relativement protégés par la Convention de Genève !

J’ignore tout de la vie de Violette jusqu’à l’été 1942.

Mais Mélèze donne quelques informations sur les amis, Pierre et Marie. Peut-être concernent-elles aussi Violette.

Ainsi nous, apprend-il, Pierre et Marie n’étaient pas membres formellement d’un réseau de Résistance. Mais ils étaient en contact avec le fameux réseau du Musée de l’Homme, dirigé par Paul Rivet, ami proche de Marcel Mauss. Ils lisaient sous le manteau le Journal clandestin du Réseau, « Résistance ».

Le réseau du Musée de l’homme tombera en 1941.

Par Mélèze, nous savons que Pierre Mauss et sa sœur Marie avaient franchi la Ligne de Démarcation à la fin 1941 et rejoint leurs parents. Partis dans le Sud à Béziers, dès le début des hostilités et l’exode, ceux-ci s’installeront ensuite dans l’Ardèche.

Pierre Mauss et son frère François rejoindront les forces combattantes de la France Libre.

Pourquoi Violette est-elle restée si longtemps avant de se décider à passer en zone Sud ?

Elle fréquente des milieux qui sont lucides sur la vraie nature du nazisme.

Elle avait été révoquée par antisémitisme début 1941.

Son beau-frère, André Levy, le frère aîné de Jacques né en 1907, chimiste et père de deux fillettes, avait été arrêté lors de la rafle de 1043 juifs, du 12 décembre 1941. On l’appelle la « rafle des notables » car ils appartenaient aux milieux aisés ou à l’intelligentsia. André Levy sera déporté dans le premier convoi de déportation des juifs, le 27 mars 1942. Son décès est daté au 13 avril 1942.

Son beau-père, grand blessé de 14-18 et malade, s’est quasiment laissé mourir de chagrin et désespoir.

Elle a vu ses amis Mauss partir, d’autres amis ont été arrêtés et déportés pour fait de résistance.

Qu’est-ce qui la retient ? Son père, ce qu’il reste de sa belle-famille toujours présente à Paris ? Des activités clandestines ? Ou toujours et encore cette terrible illusion qu’il n’arriverait rien, ou très peu de choses, aux femmes et aux enfants juifs de souche française ? Surtout avec un mari prisonnier de guerre ?

Jacques Levy rappelle qu’en « 1940, les seules craintes de mon père concernaient l’issue de la guerre. Rien d’autre ». Officier de l’armée française, « il ne se sentait pas personnellement menacé ».  

Est-ce les grandes rafles de l’été 1942 qui décidèrent Violette à quitter Paris ?

La famille Lehmann n’a pas gardé de souvenirs précis de Violette sinon comme me l’a rapporté son petit-cousin André Adler : « il se disait dans la famille que Violette avait décidé de rejoindre à Lyon, sa cousine germaine, fille de Joseph Lehmann, dont elle était proche ».

Les dernières semaines de Violette et de Jean :

Dans son témoignage pour le procès de Hélène FE, Jacques Levy précise que sa femme séjournait chez une Mlle Morin « qui était son amie », à Pocé sur Cisse.

Marthe Edite Morin, largement sexagénaire, demeurait au manoir de Ménard.

Cette propriété, ancienne dépendance de l’Abbaye de Fontaine-les-Blanches, puis du château de Fourchette, est bien abritée aux regards du passage extérieur. Une petite maison se trouve à l’entrée de la propriété. Plusieurs dépendances troglodytes trouent le coteau.

Ménard avait été un domaine viticole.

Le poète et écrivain régionaliste Robert Morin était son cousin ; il est un des fondateurs du syndicalisme agricole.

Son frère Paul Morin avait été inspecteur du travail.

La fortune des Morin s’était érodée mais ils demeuraient des notables locaux.

Le fils de la gouvernante de Mlle. Morin se souvient que sa mère lui avait dit que Mlle. Morin hébergeait des gens durant l’Occupation. Elle lui avait mentionné « des personnes juives réfugiées qui avaient été arrêtées au moment de passer la ligne de démarcation en barque ». Sa mère connaissait le nom des Thomas. Elle lui avait aussi rapporté « que les Allemands avaient fait une descente au manoir ».

Il y a une très sérieuse probabilité qu’il s’agisse bien de Violette Lévy et Jean.

Mais qui avait mis en contact Violette et cette Mlle. Morin ?

Nous ne le saurons vraisemblablement jamais. Mais parmi toutes les hypothèses qui peuvent être échafaudées, deux me paraissent les plus plausibles.

...... un « point de chute » via un membre ou un proche de réseaux ?

Les réseaux de ce qu’on appelle la première résistance, notamment parisiens, s’étaient constitués des contacts près des zones de passage de la Ligne de Démarcation pour l’accueil, le séjour plus ou moins long, puis le passage des candidats vers la zone libre.

Le réseau Jean de la Lune était bien implanté dans le secteur Amboise, Nazelles, Chargé etc. Il avait des coordinations avec d’autres réseaux, notamment sur Paris.

Jean Thomas en était un membre actif que ses fonctions d’assureur de bonne réputation mettaient en relation avec les propriétaires de belles demeures.

Violette a pu donc avoir ce point de chute chez Mlle. Morin par une connaissance engagée dans un réseau parisien ou proche de lui.

Cette hypothèse me ramène au livre de Mélèze. C’est une lettre de Pierre Mauss qui a appris à sa famille l’arrestation de Violette et de Jean.

Il fait dire à Henri Mauss : « Ma fille Marie est restée prostrée plusieurs jours. Elle se flagellait. Elle voulait absolument se mettre à la place de son amie arrêtée. Mais que pourrait-elle faire à Paris sinon se cacher ? Elle était brûlante d’agir. Elle avait très bien connu la bibliothécaire du professeur Rivière qu’on avait accusé de diriger le réseau d’information du Musée de l’Homme ». Comme auparavant il avait souligné, parlant de la volonté de retour de Marie en zone occupée : « Est-ce que c’étaient les personnes de nationalité allemande que Pierre mentionnait dans sa lettre qu’elle avait aidées jusqu’à présent avec son amie Violette qui venaient de se faire prendre justement en passant la Ligne de Démarcation, ce que Marie prétendait faire en rentrant à Paris ».

Et si c’était tout simplement que Violette et Marie Mauss connaissaient des personnes et des lieux d’accueil près de la Ligne, au travers de l’aide qu’elles apportaient dans les chaînes d’évasion de juifs réfugiés et de leurs amis anti-fascistes ?

Cela donnerait alors un sens au qualificatif « avec laquelle elle était amie » utilisé par Jacques Lévy, parlant d’une dame qui aurait presque pu être la grand-mère de Violette.

... un contact du carnet d’adresses du Dr. Auneau de Bois le Roi ?


Les Levy possédaient une propriété de campagne à Bois le Roi en Seine et Marne.

C’est à dire dans une zone recherchée par les artistes, les intellectuels autour de Barbizon, le village des peintres et de la forêt de Fontainebleau.

Le docteur Auneau, qui y était installé en tant que praticien, était très lié à ces milieux de l’art, de l’architecture, des lettres, de l’édition.

Il l’est particulièrement à l’écrivain André Billy qui sera actif dans la Résistance et d’un groupe de libraires d’art parisiens.

Au moment de la guerre, il est le mari de la fille du peintre-graveur Renefer.

Le docteur Auneau a la réputation d’un bon vivant qui tient table ouverte ( ...et buvette ! ) pour tous ses amis.

Il a un carnet d’adresses bien rempli de vignerons producteurs de bons crus du Val de Loire et d’hôtels restaurants du coin.

C’est lui qui, en1940, donnera à un libraire parisien l’adresse de « L’Union » à St.Martin le Beau, l’hôtel-restaurant de Raymonde Sergent qui va devenir une résistante emblématique d’Indre et Loire ( cf. un prochain article ) comme il en communique à d’autres amis.

Jean Auneau va être proche des milieux de la Résistance en Seine et Marne. A la Libération il épousera une éminente membre des FFI.

Violette connaissait forcément le docteur Auneau. Elle séjournait à Bois le Roi chez ses beaux-parents.

Est-ce auprès de lui qu’elle a pu se procurer des contacts qui ont abouti à ce lieu d’accueil à Pocé ?

Car Violette et son fils semblent avoir séjourné quelques temps au manoir de Ménard.

Assez de temps pour être repérés et « dénoncés » comme nous l’apprend le témoignage de son mari.

Elle se serait alors réfugiée sous un faux-nom à Amboise, durant une quinzaine de jours.

Mais dans son témoignage, on l’a vu, Mme. Jean Thomas parle elle de « Mme. Levy de Nazelles ».

C’est une commune qui jouxte Pocé et elle est aussi limitrophe d’Amboise.

A la lumière de ce que nous connaissons, il est permis de penser que c’est Jean Thomas qui a mis à l’abri à Nazelles( où son réseau est bien implanté), Violette et Jean, le temps que son beau-frère Gabb trouve un moyen de les faire passer en zone libre.

Ce qui sera possible le 10 Septembre, en lui faisant prendre le car d’Amboise à Tours avec Marcelle Laurillou. On connaît la terrible issue.


Jacques Lévy et la quête de la vérité :

....d’abord sa mère :

 Sa mère lui a appris l’arrestation de Violette et de Jean : « Je reçus une lettre complètement affolée de ma mère...elle n’avait pu me cacher ce qui venait d’arriver ». Elle lui indiquait : « D’un jour à l’autre, ils vont être envoyés dans ce pays où ton frère est allé ». Il pensa qu’il s’agissait de la Pologne où ce dernier avait, jeune, fait un séjour. « Mais pour moi, cela ne voulait rien dire...on ne savait pas ce qui se passait en Pologne, on ignorait ce qu’était Auschwitz ».

« ... ne donnant plus aucune nouvelle, ma mère s’inquiéta et pris des renseignements au cours desquels elle apprit que Mme. Mardelle, mère de Mlle. Mardelle sa compagne, résidait à Amboise et entra en rapport avec elle. C’est par Mme. Mardelle que j’ai appris que ma femme avait été séparée de mon fils, qu’elle avait été internée au camp de la Landes près de Tours et que le 23 septembre ( cf. c’est le 21 ) elle avait été transférée à Drancy avec mon fils qu’on lui avait rendu, d’où le jour même elle fut envoyée en Allemagne au camp d’Auschwitz....À Amboise, je ne crois pas que ma femme connaissait d’autres personnes que Mr. Gabb ».

Et il donne une information bouleversante : « Sa dernière lettre, reçue par ma mère, avait été jetée du train, le 23 septembre 1942 ».

L’ultime acte de vie et d’amour.

....puis son beau-père :

Le père de Violette écrit le 4 novembre 1942 au Préfet de Police. Il sait déjà que sa fille a essayé de franchir la Ligne vers Montrichard et qu’elle ne portait pas l’étoile jaune. Il sait aussi « qu’elle a été dirigée au camp de Lalande et au camp de Drancy. Puis vers le 25 septembre, je perds sa trace ».

Il précise que sa démarche « n’est pas d’essayer d’adoucir le sort de ma fille capable de supporter les conséquences de son acte » mais « si l’enfant est séparé de sa mère, de lui éviter l’isolement, espérant que les autorités allemandes voudront bien accepter de confier la garde de l’enfant ».

Gilles Joel propose soit la grand-mère Lévy soit lui le grand-père maternel.

Pour appuyer sa demande, il cite le passé militaire de Léon Lévy et le sien..c’est touchant et là encore combien significatif des illusions des juifs français. Les Allemands se moquaient éperdument de la respectabilité et de l’honneur militaire des représentants d’une « race » à détruire.

.... enfin, lui-même :

Mme. Levy mère sera arrêtée en juillet. Elle est déportée dans le convoi n° 77 du 31juillet 1944.

C’est le dernier convoi de déportation de Drancy à Auschwitz : il comportait 1310 personnes, dont 324 enfants.

836 furent gazés à l’arrivée le 3 août.

Sa fille dira que « la déportation de son petit-fils de 8 ans fut un coup supplémentaire qui la rendit presque indifférente à tout ».

Jacques est libéré de son camp de Prusse Orientale par l’armée soviétique. Conduit dans un camp près de Brest-Litovsk, le rapatriement des français sera organisé après le 8 mai 1945 et le séjour de de Gaulle à Moscou.

Jacques Lévy rentre en France en juillet 1945.

Alors il poursuit sa quête de la vérité sur l’arrestation de Violette et de leur fils.

Il a appris « son passage à Drancy par un cousin qui l’a croisée et qui lui est revenu. Elle lui avait remis sa montre... »

J’ignore s’il s’est rendu chez Mlle. Morin à Pocé. Il n’en dit rien.

Par contre, Jacques Lévy viendra sur place à la recherches de traces de Violette et Jean.

A Montrichard où il pensait que l’arrestation avait eu lieu au Pont, à Tours chez les religieuses où avait été placé Jean : « Elles m’ont fermé la porte au nez, refusant non seulement de me recevoir mais aussi de me dire quoi que ce soit ». Il avoue « qu’il avait pensé, dans un ultime espoir, qu’elles avaient tenté sans succès de convertir mon fils ».

Jacques Lévy assistera au procès de Hélène FE.

Il lui trouvera même des excuses en relayant la version des avocats de l’inculpée sur les mauvais traitements conjugaux : « Elle s’était retrouvée sans ressources avec ses 5 enfants ( cf. 9 ). Son mari, un officier qui travaillait pour Vichy l’avait abandonnée. Elle a monnayé sa dénonciation... »

Jacques souligne que toutes les familles du groupe déporté étaient présentes au procès, que Violette et Jean étaient les seuls juifs et que les autres familles « étaient encore plus violentes que lui ».

Il fait état « de la lettre de la dénonciatrice » dont les familles n’auraient pas eu connaissance.

Le dossier du procès de Hélène FE ne contient aucune référence à ce type de lettre et pour cause, la dénonciatrice n’avait pas besoin d’écrire, elle était branchée en direct sur la Gestapo !

La légalisation des décès de Violette et Jean :

On sait combien ce furent des démarches souvent longues et éprouvantes pour les familles de déportés ( cf. Voir mon étude sur le convoi n° 59 ).

Pour Violette, son acte de disparition qui était la première étape, a été établi le 29 juin 1946, par le ministère des ACVG.

Le jugement du Tribunal Civil de la Seine déclare son décès le 22 novembre 1946.

Il date le décès de Violette au 23 septembre 1942 et précise bien Auschwitz. Car dans un premier temps, c’est la date de départ des convois qui était retenue pour dater le décès. Même parfois le lieu du décès retenu était le camp de détention et de départ ! Il précise que Violette est « Morte pour la France ».

Un arrêté du 15 juin 1995 lui accordera la mention « Morte en déportation ».

Enfin, un arrêté rectificatif du 10 février 1997 lui appliquera les nouvelles règles de datation et localisation : son décès est daté du 28 septembre soit 5 jours après la date de départ de Drancy et confirmé à Auschwitz.

Le jugement de décès a été transcrit le 1er Février 1947 à l’Etat-Civil du 16e arrondissement.

Pour Jean, c’est le certificat de décès dressé par l’officier d’Etat-Civil du Ministère des ACVG le 19 juin 1946 qui établit le décès au 30 septembre à Auschwitz et reconnaît la mention « Mort pour la France ». La transcription a eu lieu à la même mairie, le 25 juin 1946.

Un arrêté du 3 juillet 1995, ajoutera la mention « Mort en déportation ».

Il semble qu’il n’y aie pas eu de jugement de décès.

Il n’y a pas eu de rectification de la date de décès de Jean dont on ne sait comment elle a été déterminée, car elle est différente de sa mère, ce qui parait peu crédible.


Le 1er octobre 1955, Jacques Lévy dépose deux demandes d’attribution du titre de déporté politique, statut réservé aux personnes ayant été déportées du fait de l’occupant nazi ou de l’Etat Français pour d’autres motifs que des faits de Résistance.

Ce qui leur sera reconnu le 12 septembre 1957.

Leurs cartes portent les N° 24893 ( Jean ) et 24894 ( Violette ).

Une douleur à jamais

Daniele Gervais-Marx note qu’à la fin de son récit Jacques Lévy qui avait alors 84 ans « tend les mains, paumes ouvertes et répète le regard vide : « C’était un bel enfant vraiment... ». Il se lève, se tourne vers la fenêtre et je l’entends dire : « Ma femme, mon petit garçon... ». Le silence s’installe sur la blessure toujours ouverte....il n’a cessé de porter la même douleur au cours des 50 dernières années.. il s’est remarié, il a eu 5 autres enfants ; il a aujourd’hui onze petits-enfants. Mais l’ancienne douleur est toujours présente ».

Jacques Lévy s’est remarié le 6 mars 1947 avec Jacqueline Mauss, la jeune sœur de Marie. Elle est pharmacienne. Elle décèdera le 29 avril 1972, à 51 ans.

Le 25 janvier 1947, c’est lui qui avait déclaré le décès de son beau-père Gilles Joel, mort dans une maison de retraite à St. Maurice. Il était alors sous-chef de bureau.

Il finira sa carrière comme sous-directeur au Ministère des Affaires Sociales et recevra la Légion d’honneur, au moment de partir en retraite.

Jacques Lévy décèdera à Paris, dans sa centième année, le 26 avril 2010.

Son faire part de décès, publié dans le Monde, appelle à se souvenir de Jean son premier fils mort à Auschwitz.

Ses frères et sœurs l’ont ainsi associé à titre posthume à la mort de son père.

Violette, l’amour de jeunesse, appartenait elle à sa première vie...et deviendra son « jardin secret ».

Les noms de Violette et Jean Lévy sont gravés sur le Mur du Mémorial de la Shoah.


Thérèse GALLO-VILLA

Mai 2019 


Les sources

Archives Départementales :

Aux Archives Départementales de Loir et Cher : les liasses de la série W 1375 concernant la guerre 1939-1945 et 1652 W 17 sur les archives de la Gendarmerie.

Aux Archives Départementales d’Indre et Loire : les liasses 1119 W 31 sur le procès de Henri E et 1119 W 23 sur celui de Hélène FE.

Aux Archives Départementales de Maine et Loire : la liasse 7 U 4 / 120 sur le procès de Hélène FE.

Les archives du Service Historique de La Défense :

Série GR 16 P : Robert Firmin 224646 ; Marcel Laurillou 343302 ; Marcelle Laurillou 392892 ; Jean Thomas 569545 ; Henri Thomas 569488 ; Louis Serin 545592.

Série AC 21 P : Jean Lévy 477793 et 99 ; Violette Lévy 478256.

Les registres d’Etat Civil des mairies de :

Amboise, Angers, Bourré, Loches, Montrichard, Paris, Perrusson, Tours, etc.

Les sites spécialisés concernant la Déportation : 

Notamment : Mémoire Vive pour le convoi dit des « 31000 » ; la Fondation pour la mémoire de la Déportation ; le Mémorial de la Shoah ; les sites spécifiques sur les camps de concentration en Allemagne, ceux sur les camps d’internement et de transit en France ( ici Compiègne et Romainville )

Le CERCIL ( Centre d’étude et de recherche sur les camps d’Internement du Loiret ).

L’AREHSVAL ( Association de Recherches et d’Etudes Historiques sur la Shoah en Val de Loire )

Le Collège Jules Michelet de Tours : Mr. Rondeau et le service de documentation.

Le lycée Janson de Sailly de Paris : Mr. Alexandre Bande, professeur d’histoire.

Les témoignages de parents ou proches des victimes :

Mme. Josiane Laurillou à Loches

Mr. Dominique Serin à Montrichard.

Mr. Jean-Francois Sirot à Villefranche-sur-Cher

Mr. Bernard Lasnier à Vierzon.

Les témoignages « locaux » :

Mr. Michel Delalande, ancien maire de Bourré.

Mr. Bernard Girault, maire de Faverolles.

Mr. Soulas de Bourré

Melle. Monique Fermé de l’Association des Amis du Vieux Montrichard.

Mr. René Berruer de Pocé sur Cisse.

Je remercie :

Les services municipaux, bibliothèques municipales, toutes les personnes que j’ai contactées pour des renseignements.

Parmi ces dernières, je tiens à remercier particulièrement :

Mme. Francoise de Nobele, libraire à Paris.

Mr. Bernard Clavreuil, libraire à Paris.

Mr. André Guillin, ancien habitant de Bois le Roi.

Mr le Maire de Pocé-sur-Cisse.

Mr. Daniel Lehmann.

Mr. André Adler.

Mme. Marie-Paule Fresneau-Petitgirard, Présidente de l’AREHSVAL, pour la communication d’informations et documents concernant Violette et Jean Lévy : Camp de la Lande AD37 120 W 20 et 24 ; Orphelinat de l’hôpital Bretonneau Hdpt 4 Q 245 et 268 ; faire-part du décès de Jacques Lévy.

La famille de Jacques Lévy qui m’a indiqué l’existence du livre de Daniele Gervais-Marx qui m’a été très utile.


Bibliographie

Sont seulement mentionnés ci-dessous les ouvrages ayant une relation directe avec le sujet de l’étude :

ATELIER DE LA MÉMOIRE, Académie de Versailles, Lettre de Gilles Joel.

ALARY Eric, Le canton de Bléré sous l’Occupation, 1994, Office d’édition et de diffusion de livre d’histoire.

BERGÈRE Marc, Une société en épuration. Épuration vécue et perçue en Maine et Loire, 2004, Presses Universitaires de Rennes.

BRIAIS Bernard, Le Lochois pendant la guerre 1939-1945, 1998, Imprimerie CLD Chambray-les-Tours.

DELBO Charlotte, Le convoi du 24 Janvier, 1965, Éditions de Minuit.

FERRAND Yvette, La persécution des Juifs entre 1939-1944 dans le Loir et Cher, 14 octobre 2000, Communication à l’antenne universitaire de Tours.

GERVAIS-MARX Daniele, La Ligne de Démarcation, 1997, Mémoire à Vif, HB Éditions.

GUILLAUME Paul ( Abbé ), La Sologne au temps de l’héroïsme et de la trahison, 1950, Orléans.

JARDEL Lucien et CASAS Raymond, La Résistance en Loir et Cher, 1994, PUF.

KLARSFELD Serge, Le Mémorial de la Déportation des Juifs de France, 2012, FFDJF.

MÉLÈZE ( auteur anonyme ), Marcel Mauss et son frère Henri, 2010, TheBookEdition.

MODIANO Patrick, Dora Bruder, 1997, Gallimard.

MOOREHEAD Caroline, Un train en hiver, 2011, Harper-Collin, édition française 2016, Pocket Cherche Midi.

POULIQUEN Sylvie, Femmes de l’Ombre en Touraine, 2015, PB.CO

SANCET Charles, Les femmes des PTT et la seconde guerre mondiale, 2014, éditions Tirésias.

UHART Robert, Amboise et sa région ( 1939-1945 ), 1995, Lycée d’Enseignement Professionnel Sainte-Clotilde.

VIVIER Jack, Montrichard-ville occupée, ville libérée ( 1939-1945 ), 1984, CLD.