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LA SHOAH DANS LE LOIR ET CHER

Introduction

Tenter d’apprécier en la quantifiant et la personnalisant ce que fut la Shoah dans notre département de Loir et Cher est une entreprise complexe.

En l’entreprenant, il faut se dire qu’elle sera forcément incomplète, jalonnée d’erreurs.

Car plus que d’autres départements, le Loir et Cher associe plusieurs catégories de personnes juives qui seront victimes de la répression et de la déportation.

Les juifs installés et travaillant dans nos villes et bourgs, la plupart naturalisés de longue date ou français de naissance.

Les familles ou individus venus s’y réfugier durant l’exode, puis l’Occupation.

Les Juifs tentant le passage de la ligne de démarcation tout au long du Cher.

Les Juifs étrangers séjournant dans le Loir et Cher qui ont fui les traditions antisémites et les pogroms des Etats d’Europe Centrale et Orientale, puis le nazisme en Allemagne et dans les pays annexés au Reich juste avant la guerre. Ils vont être internés dans les camps de détention français dans le Loir et Cher, puis transférés dans d’autres camps notamment en zone sud, comme des milliers de juifs en provenance de la région parisienne.

Les juifs transférés venant d’autres camps de détention français à celui de Lamotte-Beuvron, dont beaucoup d’enfants, pour être ultérieurement envoyés à Drancy et déportés à Auschwitz.

Les enfants cachés par leurs familles ou par des institutions pour les sauver.

Je traiterai peu de ces deux dernières catégories car les travaux de Mme. Yvette Ferrand et de Mr. Gérard Ferrand sur les enfants de la Shoah en Loir et Cher font autorité en la matière ( cf. voir leur bibliographique qui sera publiée ) pour me centrer essentiellement sur les juifs réfugiés, séjournant ou habitant en Loir et Cher.

Ce travail de recensement comprendra plusieurs séries correspondant aux différentes sources concernées des Archives Départementales de Loir et Cher.

Il s’agira d’établir une fiche par individu ou famille comprenant les renseignements trouvés ( avec des inégalités ) relatifs aux dates et lieu de naissance, domicile, profession, arrestation, détention, déportation.

Les fichiers établis par le Mémorial de la Shoah et les textes officiels pour l’attribution de la mention « Mort en déportation » sont une source commune.

Le fait de ne pas trouver un nom au JO ne signifie pas que cette personne a survécu : entre 20 et 30000 dossiers de déportés sont toujours non réglés quant à l’établissement officiel de leur décès. Parfois, un membre d’une famille déportée a reçu la mention et les autres ne sont pas mentionnés.

Les sources spécifiques pour chacun seront indiquées ainsi que les renseignements éventuels tirés des dossiers de la série 1652 W portant sur les rapports des renseignements généraux.

En fonction des renseignements trouvés ou du caractère « emblématique » de certains personnages, je leur consacrerai une petite biographie ultérieurement.

La plus grosse difficulté rencontrée est celle de l’orthographe des noms ou lieux de naissance, très souvent grossièrement déformée par les plumitifs de l’Administration de Vichy, à commencer par les personnels pénitentiaires, les policiers et gendarmes !

Aussi, je n’ai pas pu identifier certaines personnes.

Cette première liste est, pour l’essentiel, le résultat du dépouillement des séries qui concernent les arrestations par les autorités allemandes et les détention à la prison de Blois.

L’article sur les Lettres de prison de Lise Jankelovitch décrit les conditions de détention à la prison de Blois.

La législation anti-juive.

Il est important de rappeler les principales mesures prises par les nazis avant le début de la guerre.

Dans leur programme adopté en 1920, sur les 25 points adoptés, 4 concernent déjà les juifs.

Dès l’accès de Hitler au pouvoir, les mesures anti-juives vont s’enchainer.

Le 1er avril 1933, est lancé le boycott des magasins juifs.

Le 7 avril 1933, c’est l’adoption de la loi sur la restauration de la Fonction Publique ( elle donne une base juridique à la vague de révocations de fonctionnaires juifs en cours ) qui interdit l’accès à la Fonction publique aux juifs mais aussi à ceux « dont les activités politiques passées n’offrent pas la garantie qu’ils agiront toujours et sans réserve dans l’interêt de l’Etat national ». En clair, essentiellement les communistes.

Les décrets d’application vont organiser l’exclusion des juifs de toute la vie publique et économique.

Un décret définit le contenu à donner au terme de « non aryen ».

La violence à leur égard est quotidienne.

Le 15 septembre 1935, les nazis adoptent les fameuses lois de Nuremberg.

Celle sur le drapeau allemand, qui en définit les couleurs et l’inclusion dessus de la croix gammée.

Celle sur la citoyenneté du Reich qui exclut de la nationalité allemande les juifs et ceux considérés comme des opposants potentiels au régime, les cantonnant sans droits politiques au statut de « ressortissants de l’Etat ».

Celle sur la protection du sang et de l’honneur allemand qui interdit le mariage entre un ( e )juif et un citoyen allemand et les relations sexuelles extra conjugales entre juifs et aryens.

Elle établit une classification raciale poussée au sein des non aryens dont nous reparlerons dans la biographie que nous consacrerons à la famille Strassburger, ultérieurement.

Le pouvoir nazi va dans ces années là pousser à l’émigration des juifs allemands pour s’en débarrasser.

Ce mouvement d’exode des juifs qui existe aussi dans tous les pays d’Europe orientale marqués par de vieilles et permanentes traditions antisémites, va s’intensifier avec l’expansion allemande en Autriche et Tchécoslovaquie.

Nous reviendrons sur cette période avec les réfugiés juifs des pays européens dans le Loir et Cher.

La nuit de Cristal se déroula dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938 et la journée d’après. Ce fut un immense pogrom dans tout le Reich : des milliers de commerce détruits, des centaines de synagogues brulées, trois mille morts et plus de trente mille enviées dans des camps de concentration.

Elle visait à accélérer l’émigration des juifs jugée trop lente…mais les Etats dits démocratiques affichèrent peu de solidarité et de volonté d’accueillir les juifs persécutés par les nazis et de résister aux exigences territoriales allemandes.

La nuit de Cristal est un palier décisif vers la Shoah

Du gouvernement Daladier 

( 10 avril 1938 ) à celui de Vichy :

Le nouveau gouvernement Daladier du printemps 1938 n’est plus qu’une pâle ombre du Front Populaire.

Le décret-loi du 2 mai 1938 sur la police des étrangers veut règlementer tous les aspects de l’entrée et du séjour des étrangers en France.

Il est complété par celui du 12 novembre 1938 qui prévoit l’internement des « indésirables étrangers ».

La loi du 18 novembre 1939 ( nous sommes alors en guerre ) permet l’internement « de tout individu Français ou étranger, considéré comme dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ».

Ce sont surtout les juifs d’Europe Centrale réfugiés en France dont la plupart ont obtenu une carte de séjour et/ou sont bénéficiaire du droit d’asile d’une part et d’autre part les communistes dont le Parti a été dissous le 26 septembre 1939, en raison du Pacte germano-soviétique, qui sont visés par ces mesures répressives.

La France va peu à peu se couvrir de camps d’internement.

Les républicains espagnols fuyant la victoire de Franco y sont parqués les premiers dans des conditions indignes du pays des droits de l’homme.


Ces camps vont interner plus de 20 000 Allemands et Autrichiens réfugiés anti-nazis, souvent juifs ; des nomades dits de « type romani » ; des communistes ou supposés tels ; etc.

Nous reviendrons sur ces camps, particulièrement ceux du Loir et Cher pour la suite de cette étude sur la Shoah dans notre département.

Daladier symbolise la capitulation de la France à Munich les 29 et 30 septembre1938 face à Hitler et ses exigences sur la Tchécoslovaquie.

Des historiens ont qualifié ces années du gouvernement Daladier de « Vichy avant Vichy ».

Les principales mesures anti-juives du Gouvernement de Vichy et des autorités occupantes.

L’article 19 de la Convention d’Armistice du 22 juin 1940, qui stipule que le gouvernement français est tenu « de livrer sur demande tous les ressortissants allemands désignés par le gouvernement du Reich qui se trouveront en France et dans les possessions françaises » sera la base de la remise de milliers de juifs ( et d’anti-fascistes ) aux nazis.

Le décret-loi du 22 juillet 1940 porte révision des naturalisations depuis 1927 : plus de 7000 juifs sont dénaturalisés.

Le 27 août 1940, l’interdiction de propagande antisémite dans la presse est supprimée.


le 27 septembre 1940 : 1re Ordonnance allemande prescrivant le recensement des juifs en zone occupée ( limite fixée au 20 octobre 1940 ). Il servira de base au Fichier Juif de la Préfecture de Police qui facilitera les rafles.

Le 3 octobre1940 publication du premier Statut des Juifs : exclusion des Fonctions Publiques, artistiques, etc. Vichy en rajoute sur les nazis en conceptualisant « une race juive » alors que les nazis se référaient à la notion de « religion juive ».

La loi du 4 octobre 1940 donne pouvoir aux Préfets d’interner « les étrangers de race juive ».

Le 18 octobre 1940 : 2e Ordonnance allemande sur le recensement des entreprises juives ( cf. sur ce site voir « La famille Jankelovitch » ).

Du 13 octobre au 7 novembre 1940 : les juifs doivent se rendre dans les Commissariats pour recevoir des cartes d’identité marquées « juif ».ou « juive » en lettres rouge.

29 mars 1941 : création du Commissariat Général aux Affaires Juives.

26 avril 1941 : 3e Ordonnance allemande avec une nouvelle définition du juif et l’élargissements des interdits professionnels aux activités commerciales.

Le deuxième Statut des Juifs est promulgué le 2 juin 1941 ainsi qu’une loi ordonnant le recensement de tous les juifs.

Les textes des réglementions tant allemands que français seront nombreux pour poursuivre l’aryanisation de l’économie, la spoliations des biens juifs et leur éviction de toute la vie nationale.

Ces mesures seront peu à peu étendues aux juifs d’Afrique du Nord.

Les juifs d’Algérie sont rabaissés au statut d’indigènes comme les Arabes, le 14 février 1942.

Le 9 novembre 1941 : les juifs sont astreints à résidence.

Le 29 mai 1942 : 8e ordonnance allemande portant obligation pour les juifs du port de l’étoile jaune dès l’âge de 6 ans.


Les phases de la repression :

Dès leur arrivée, les Occupants mettent en place les bases de leur appareil répressif organisé autour de la Gestapo dirigés par les nazis Knochen, Lischka, Oberg, etc.sous la houlette de Dannecker.

Dès le début, Vichy coopérera avec les Allemands dans la mise en oeuvre de la répression des Juifs.

Le 14 mai 1941, c’est la première grande rafle avec l’arrestation de 3700 juifs de la Région Parisienne, dite du « billet vert ».

Le 12 décembre 1941, 743 personnalités juives de nationalité française sont arrêtées.

Le début 1942 avec la Conférence de Wannsee le 20 qui décide la mise en oeuvre de la « solution finale ».

Les rafle et arrestations vont s’accélérer.

Le 23 mars 1942, le premier convoi de déportation des juifs de France part de Compiègne.

Le 2 juillet 1942, ce sont les accords Bousquet-Oberg qui officialisent et précisent la collaboration de la police française chargée d’arrêter les juifs apatrides et étrangers, de les conduire dans les lieux de détention, anti-chambres de la déportation.

Les 16 et 17 juillet, c’est la rafle du Vel’Hiv avec plus de 13000 arrestations.

Le gouvernement de Vichy souhaite déporter aussi les enfants ( définition de « enfants » de 0 à 14 ans ; « adolescents 14-18 ans » ).

Le 13 août 1942, Berlin fait part de son accord !

Les 26-28 août ont lieu les grandes rafles en zone non occupée.

Les 22-24 janvier 1943, c’est la rafle de 6000 personnes à Marseille et la destruction des vieux quartiers par les Allemands. Près de 1500 seront déportés.

Mais à coté de ces rafles massives, il y eut des arrestations quotidiennes de juifs : individus, familles, petits groupes.

On se réfèrera à notre étude sur le « Convoi 59 » pour la classification des nazis sur les catégories à déporter appliquées au camp de Drancy.

Le 17 août 1944, le convoi 77 sera le dernier convoi de déportation au départ de Drancy.

Mais des juifs seront encore déportés dans les convois déportant des résistants, au départ de Compiègne vers notamment le camp de l’Ile d’Aurigny.

Le gouvernement de Vichy livrera aux nazis les ressortissants du Reich internés dans les camps français, dont la majorité sont juifs et qui seront pour l’essentiel déportés.

Plus de la moitié des juifs de France sera déportée en 1942 dont une grande partie durant l’été et le début de l’automne 1942.

Aucun enfant déporté ne survivra. Ils étaient gazés en arrivant à Auschwitz.

Très peu d’adolescents reviendront.