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Deux jeunes voix de la Shoah : lettres de détention..


Lise ( 1922-1943 ) et Bernard ( 1924-1943 ) Jankelovitch  de Contres en Loir et Cher.


Avant-Propos :

Dans mon article sur la spoliation et la persécution de la famille Jankelovitch à Contres, auquel il conviendra de se référer pour éviter des redites dans cet article qui en est la suite, j’avais indiqué que Mr. Pierre Janel, frère de Lise et Bernard, m’avait confié le soin de faire connaître la correspondance de sa sœur et de son frère, envoyée pour l’essentiel à leur mère et conservée par celle-ci.

Dès 1984, il avait communiqué au Mémorial de la Shoah cette correspondance et des photos de toute sa famille.

Ainsi, c’est une petite centaine de lettres des deux jeunes gens qui nous est parvenue, qui couvre la période des débuts de leur détention aux derniers jours de leur présence ensemble à Drancy, avant leur déportation.

Certaines ont plusieurs pages, d’autres sont des feuilles isolées, certaines sont difficiles à déchiffrer, d’autres encore sont non datées comme certaines feuilles.

Quelques unes manquent, de toute évidence, qui ne sont d’ailleurs peut-être pas parvenues à leur destinataire.

La manière de traiter ces lettres s’est d’abord posée à moi : les publier toutes ? Les résumer par ordre chronologique ? Les synthétiser en les commentant ?

La longueur parfois, le caractère forcément répétitif des propos toujours, les allusions et sous-entendus en raison des risques de censure, rendaient difficiles un choix de méthode.

Puis, et surtout, mon dilemme était le suivant : comment être fidèle à tout ce que Lise et Bernard ont ressenti, ont voulu exprimer ? Comment ne pas appréhender cette correspondance avec tout ce que nous savons maintenant de la Shoah et donc au travers du prisme dominant de la compassion ? Comment refléter ce qu’était leur personnalité y compris dans ses aspects contradictoires ? Comment être vrai dans le respect des données du contexte historique de l’Occupation ? 

Et il convenait tout autant de restituer cette correspondance de manière vivante pour la transmettre aux lecteurs, pour qu’elle devienne un maillon de la chaîne mémorielle de cette tragique période.

J’ai donc opté pour un traitement thématique des lettres accompagné d’extraits significatifs, en les replaçant autant que faire se peut, dans le cadre des événements.

J’ai respecté scrupuleusement leur manière d’écrire, mais j’ai pris la liberté de rajouter de la ponctuation pour la commodité de la lecture.

Une première partie sera consacrée aux lettres de Lise détenue à la prison de Blois.

Une seconde à celles de Bernard détenu lui dans les camps du Loiret.

Une troisième à leur déportation.

Une série d’annexes permettra de compléter ou expliciter certains aspects.

L’abréviation « L.00/00/0000 » datera la lettre citée ou sera portée la mention « non datée ».

Je ne sais pas si je suis parvenue à faire revivre Lise et Bernard à travers leurs lettres, tels qu’ils étaient.

Ce fut un travail difficile, prenant, chargé d’émotion.

A un âge où les certitudes se font rares, je suis néanmoins sûre d’une : c’est que Lise et Bernard Jankelovitch ne me quitteront plus jamais.


Première Partie :


LISE.... « la liberté est une grande chose quand on n’en a plus »

( L. 2/5/1943 )




Sommaire

  • Une jeune fille des milieux commerçants et artisans de Contres.
  • Une prison vétuste et insalubre sous le régime de Vichy :
  • Le rôle vital de la correspondance : « il me semble qu’en écrivant ces quelques lignes, je suis près de toi » 
  • La place centrale des colis : « ici je suis une privilégiée à côté de certaines ».
  • L’environnement carcéral de Lise : « Je vis surtout dans les rêves avec l’extérieur ». 
  • Une force de caractère qui ne se démentira pas : « L’espoir me suit jusqu’au bout ».  
  • Une santé qui se détériore au fil des mois de détention : « je ne sais comment j’en sortirai ! ».
  • La lancinante attente : « quand donc tout cela sera fini ? ». 
  • Les dernières semaines de Lise : « Je vais reprendre ma valise bleue ». 
  • ANNEXES
    • Annexe 1 : Les compagnes de Lise 
    • Annexe 2 : La famille de Lise
    • Annexe 3 : Les amis de Lise et de la famille Jankelovitch
    • Annexe 4 : Yvonne Chollet : Institutrice et Résistante
    • Annexe 5 : Les Eidelmann : une famille juive roumaine

Une jeune fille des milieux commerçants et artisans de Contres.


Une française juive 

Lise est née à Bains les Bains dans les Vosges, ville dont sa mère est originaire, le 9 octobre 1922. Elle est l’aînée des trois enfants Jankelovitch.

Elle est donc française de naissance, née d’une mère française et d’un père naturalisé.

Elle appartient à ce que, dans la terminologie de l’époque, on appelle les « juifs français » par opposition aux « juifs étrangers », en grande partie originaires de Russie, d’Europe Orientale, puis à partir de l’arrivée d’Hitler au pouvoir, d’Allemagne, d’Autriche, de Tchécoslovaquie, etc. 

On sait que les persécutions et déportations commenceront d’abord essentiellement par les juifs étrangers, avec l’épouvantable accélération de l’année 1942, puis avec l’amplification de celle des juifs français.

Lise vient donc s’installer à Contres avec sa famille au début des années 1930 où son père reprend un magasin de vêtement cédé par un cousin.

La correspondance de Lise témoigne de l’intégration totale de la famille.

Les Jankelovitch vont trouver leurs marques dans le milieu de cette petite notabilité commerçante et artisane d’une grosse bourgade du monde rural.

La famille n’est pas pratiquante du tout et de conviction laïque. 

Dans un poème écrit en 1982, une amie Paulette Porcher dira d’ailleurs :

« Il a fallu la guerre pour apprendre tes idées

Et que tu étais juive ainsi que ta famille ».

Les Jankelovitch sont proches des édiles socialistes de Contres. 

Ils sont appréciés, pour leurs modestie, amabilité et serviabilité.

Ils ont acquis une vraie respectabilité.

Ces facteurs joueront un rôle décisif dans la solidarité qui va entourer la famille à l’heure des épreuves.

Une jeune « controise » sans problème 

Pour l’heure Lise est une jeune fille sans problèmes.

La famille vit à l’aise, on sent que les enfants ne manquent de rien.

Mme. Jankelovitch a une femme de ménage, une aide pour la lessive.

Mais les enfants sont éduqués sur les principes du travail, de la droiture, du respect. 

Ainsi, s’ils rendaient parfois des petits services rémunérés, ils devaient déposer ces piécettes à la Caisse d’Epargne.

La famille est très unie. Comme dans toutes les familles, les deux aînés se chamaillent souvent ; dix ans les séparent de leur frère Pierre.

Lise doit être un peu possessive et directive. Son frère dira « elle était toujours sur moi »

Mme. Jankelovitch se repose elle, en tout, sur son mari, comme le souligne Pierre Janel. 

Les lettres de Lise laissent à penser qu’après le départ du père Salomon en zone libre, le 9 mai 1942, c’est elle qui le remplace de fait et, en prison, elle continuera à prodiguer conseils et assistance à sa mère, comme nous le verrons.

Lise a suivi, après sa scolarité primaire à Contres, les cours de l’Ecole Ménagère de Blois.

Nous ignorons si elle aurait souhaité poursuivre d’autres études comme certaines de ses amies ou si cette voie traditionnelle de formation des filles fut son choix ou celui de ses parents. 

Elle coût, brode, tricote de manière quasi professionnelle.

Son frère garde aussi le souvenir de ses « excellents gâteaux ».

Elle n’est plus scolarisée au début de la guerre.

Lise est jolie, gaie, coquette et.. gourmande.

Ces traits de sa personnalité, rapportés par son frère, traversent sa correspondance.

Elle est très « copines ». 

Ses lettres font apparaître sa sociabilité, ses activités avec ses amies filles et aussi garçons, ses sentiments forts d’amitié. Elle serait même un peu possessive et entière.

Ses goûts et préoccupations sont ceux des jeunes provinciales de la petite bourgeoisie, de son temps : la mode, les sorties, les ballades à vélo et à pieds, aller danser, les premiers émois, etc.

Lise, de toute évidence, n’est ni politisée, ni intéressée par les questions de société avec la montée des périls en ces années proches de la guerre.

Sauf des projets scolaires ou professionnels que nous ne connaissons pas ou qui furent contrariés par la guerre ou hypothéqués par tous les interdits s’abattant sur les juifs, on peut considérer que Lise se destinait à être épouse et mère au foyer, comme sa mère avant elle.

C’est cette jeune fille heureuse de vivre et pleine d’optimisme qui va être soudainement plongée dans ce qu’elle ne cessera de nommer « un calvaire », comme il en sera de même pour son frère Bernard.

Une arrestation sur dénonciation 

Pierre Janel se souvenait d’une « arrestation en deux temps ».

Les lettres de Lise permettent de préciser les conditions de cette arrestation.

Elle écrit en effet à une de ses anciennes professeures de l’Ecole Ménagère, Melle. Roquelle : « Vous serez très étonnée, sans doute, mademoiselle, en apprenant que je suis détenue depuis le 10 juillet 1942, pour des raisons que vous devez penser. Le 5 juillet, je suis rentrée avec mon frère à 8h1/4 et depuis, je paye cette désobéissance qui coûte bien cher. Maman passe cette épreuve vaillamment, vivant avec l’espoir de jours meilleurs. Espoir qui de mon côté me veut très courageuse, quoique assez fréquentes les crises de cafard. La guerre fait du mal dans toutes les familles ». ( L. 2/6/1943 )

A sa mère elle rappellera : « Ce qui est inscrit doit arriver et comme tu l’as dit dans la nuit du 4 au 5 juillet 1942 « A la grâce de Dieu »...( L. 29/7/1943 ).

La première venue des Allemands à leur domicile se situe donc le 4 ou 5 juillet.

Lise et son frère étaient allés travailler le jardin potager familial. 

Sans porter leur vêtement avec l’étoile jaune. 

Sans voir approcher l’heure du couvre feu imposé aux juifs.

Ce que vit quelqu’un ou quelqu’une qui les dénonça aux Allemands locaux. 

Une voisine avait pourtant couru tout de suite les avertir de l’arrivée des Allemands. Trop tard. 

Les Allemands repartirent mais le 10 juillet, c’est la Feldgendarmerie de Romorantin qui vient les arrêter.

Le registre d’écrou de la prison de Blois indique que Lise est incarcérée le 9 et Bernard le 10. Pourquoi, nous l’ignorons. Une erreur vraisemblablement. Car ils ont été arrêtés ensemble.

En tous les cas, c’est la date du 10 Juillet, qu’ils citeront toujours.

Le 11 juillet, ils sont tous les deux condamnés à 3 mois de prison pour le non respect du statut  des juifs : l’horaire du couvre feu et le port de l’étoile jaune.

Une prison vétuste et insalubre sous le régime de Vichy :


Tous les détenus ensemble 

La prison de Blois était alors installée dans un ensemble constitué par la Tour Beauvoir, l’un des plus anciens édifices de la ville de Blois et l’ancien couvent des Cordeliers.

Elle était considérée comme une des plus vieilles prisons de France.

Comme tout le système carcéral français, elle est vétuste, insalubre.

Les conditions de détention y sont lamentables.

Le 9 mars 1914, le Garde des Sceaux écrivait au Préfet :  « Depuis de nombreuses années, l’état de délabrement et d’insécurité de la prison de Blois a été signalé à mon administration ». Mais le Conseil Général avait refusé d’en construire une neuve car la Commission de Surveillance de la prison « la trouvait dans de bonnes conditions d’hygiène et de sécurité ». Il fallut des évasions pour que le principe de construction d’une nouvelle prison soit retenu et réalisé presque 40 ans après !

Lors de l’incarcération de Lise la nouvelle maison d’arrêt est encore en construction. 

Les prisonniers y seront transférés  au moment même du départ de Lise pour sa déportation.

Sous Vichy, il existait dans les prisons trois types de détenus : les prisonniers relevant de la justice française, les condamnés par les tribunaux allemands et confiés à la garde des autorités françaises, les prisonniers relevant entièrement des autorités d’occupation et gardés par eux.

Lise appartient à la seconde catégorie.

Les Allemands payaient normalement un prix/journée pour les détenus qu’ils confiaient aux autorités de Vichy.

Mais il fallait leur autorisation pour les actes concernant leurs détenus. Ainsi lorsque Lise aura mal aux dents, elle préféra ne rien dire car « pour aller au dentiste ( cf. en ville ), il faut demander la permission aux Allemands. J’aime mieux attendre » ( L. 24/1/1923 ).

La prison de Blois ( et quelques autres ) avait une caractéristique : tous les détenus étaient gardés ensemble sans distinction de catégories et soumis dès septembre 1941 au même régime que les prisonniers sous autorité française.

Les familles doivent suppléer aux pénuries.

Ainsi, tous les détenus peuvent avoir accès à la cantine et recevoir des colis, des mandats.

Il faut dire que la pénurie alimentaire s’aggravant, Vichy va favoriser des apports de nourriture extérieurs pour assurer l’alimentation des détenus.

Les familles vont devoir fournir colis et mandats, ce qui va générer, bien évidemment, des inégalités entre détenus et envenimer leur relations.

Les sociétés caritatives sont aussi mises à contribution avec des distributions périodiques de vivres : le Secours National pour les détenus relevant du gouvernement de Vichy et la Croix-Rouge pour ceux relevant des autorités d’occupation, comme ce sera donc le cas pour Lise.

A défaut, pour l’heure, d’archives détaillées sur la prison de Blois, l’assemblage des informations émaillant les lettres de Lise donne un aperçu de cette vétusté.

« Le froid n’est pas encore trop dense et nous avons depuis quelques jours un petit poêle d’allumé » ( L. 15/11/1942 ).

«  Maintenant je couche seule dans une petite chambre à deux lits » ( L. 29/11/1942 )

«  Il ne fait pas chaud et on a guère de feu...aussi j’ai froid aux mains » ( L. 3/1/1943 ).

« Je fais ma toilette à l’eau froide dans ma petite chambre. Les douches ne marchent plus depuis longtemps, c’est moche ». Elle espère que « Bernard est mieux que moi pour le chauffage, heureusement je ne suis pas trop fileuse »( idem ).

Elle doit envoyer une partie de son linge à laver à sa mère « car ici ce n’est pas commode, nous n’avons pas souvent d’eau chaude ». ( L. 10/1/ 1943 )

Ses camarades et elle « découvrent des nids de souris, on en est infecté, on en voit qui viennent de naître. Il fallait que je vienne en prison pour voir ça ». ( L. 25/4/1943 )

« Il fait trop froid pour se laver la tête... si tu voyais ma coiffure, moi qui restais si longtemps à me coiffer et qui aimais bien cela... trois mois que je n’ai pas lavé mes cheveux. Je les ai relevés comme tu n’aimais pas mais cela fait plus propre, je les noue en tresses » ( L. non datée).

Elle y attrapera la gale et d’autres maladies liées à la saleté, la promiscuité, l’anxiété, la sédentarité, comme on le verra ci-avant.

Des journées à l’identique

Lise passe ses journées dans ce qui doit être la salle commune pour les détenues.

Elle couche à l’étage dans une petite chambre à deux lits qu’elle partagera de temps en temps avec une autre détenue.

Il y a la cour où les détenues se promènent et peuvent faire de l’exercice.

Nous ignorons s’il y avait des horaires d’hiver et d’été.

Lise indique le lever est à 8 heures.

Le repas de midi est servi vers 11 heures 15. Une gamelle de soupe. 

Lise assure l’essentiel de ses repas sur ses colis. 

Mais nous ne savons pas ce qu’était le régime alimentaire des détenues qui ne recevaient pas ou peu de colis.

Les détenues font chauffer leur pitance ou de l’eau pour tisane, café ou thé dans une boîte de conserve sur un petit poêle.

Fin mars, elles n’auront plus de feu et Lise demandera alors à sa mère d’envoyer des aliments cuits qui n’ont pas besoin d’être chauffés ( L. 28/3/1943 )

Elle mange sur son banc. 

Seule ou avec une amie lorsqu’elle s’en fait une.

Le souper du soir est vers 17 heures, puis les détenues montent dans leur chambre. Comme il n’y a pas de lumière, elle se couchent en fonction du soleil.

 « Ce soir à 5h30 on monte se coucher, c’est de bonne heure mais on n’est bien qu’au lit, on n’entends pas les méchancetés ». ( L. 6/12/1942 ).

« Il est 6h15, on n’y voit plus clair, bientôt le lit, ces longues heures d’insomnie et pourtant je suis très bien dans ma petite chambre » ( L. 10/1/1943 ).

Un système de punitions

Il y a bien évidemment un système de punitions individuelles et collectives.

Ainsi, Lise vient « de trouver une bonne camarade de Paris qui est là par les Français...elle est franche et ici c’est rare. Allons bon encore une histoire ! Cela arrive souvent et va finir par le cachot, quelle mentalité ». ( L. 22/9/1942 ).

Les punitions individuelles consistent dans la privation d’envoi de courrier pendant parfois plusieurs semaines, le refus de réception des colis destinés aux détenues, l’interdiction de recevoir des livres, l’interdiction de pratiquer des travaux manuels.

Ainsi, Lise avertit sa mère car elle est autorisée à lui envoyer quelques mots : « avec plusieurs de mes camarades, je viens d’être punie pour une bêtise que je t’expliquerai...à quoi ai-je pensé ? Je ne pourrai pas t’écrire pendant 3 semaines..J’ai présenté mes excuses au surveillant-chef ainsi qu’à mes surveillantes, je pense qu’elles sont agrées. Pour une seule fois que je faisais quelque chose qu’il ne fallait pas, j’ai été prise ». ( L. non datée mais vers mars-avril 1943 )

La place privilégiée du tricot et de la couture 

Lise consacre ses journées aux travaux de couture ou d’aiguilles.

Elle ne lit quasiment plus.

« Ici la lecture n’est pas mon fort, je n’ai pas l’esprit à lire, travailler ça va ». ( L. non datée )

« Non, le livre de Jeannette n’est pas intéressant ». Elle ne l’a pas fini et prescrit à sa mère « tu ne m’en mettras plus car je n’ai pas le temps de lire. C’est formidable, ici cela ne me tente pas de lire ( rajouté au crayon par la censure qui rajoute : « et elles n’ont plus le droit d’en recevoir » ) ( L. 13/12/1942 ).

Puis,  elle s’y remettra de temps en temps : « je n’ai pas besoin de livres, j’en ai par la Croix-Rouge » (L. 28/3/1943 ).

 « Cette semaine, j’ai lu Autant en emporte le vent », procuré par l’ancienne directrice de l’École Normale ». ( L. non datée, vers le mois de mai ).

C’est le soir que Lise écrit ses lettres dans sa petite chambre. Souvent, elle précise qu’elle va arrêter d’écrire car elle n’y voit plus clair. 

Le recours tardif à l’activité physique.

Elle pratiquera de l’exercice physique pour des raisons de santé : « je viens de faire de la marche et de la culture physique pendant 3/4 d’heure et je fais chauffer des choux-fleurs » ( L. 7/3/1943 ).

Et « il ne fait pas froid, j’irai marcher, faire des tours de cour, combien en aurai-je fait ? Que de kilomètres ! » ( L. 7/3/ 1943 ).

La passion des fleurs. 

Lise aime les fleurs, les plantes, le jardinage, la nature.

Une  de ses rares joies sera lorsque sa mère joindra une ou des fleurs aux colis.

Ainsi lorsque sa mère lui envoie une rose de leur jardin, elle notera « nos idées se sont croisées ».

( L. 25/4/1943 ).

« Les fleurs m’ont fait bien plaisir. Un rayon de soleil sur mon banc ». (L. non datée ).

« Je te remercie pour les violettes, je les ai mises dans une bouteille sur ma valise, moi qui aimais tant les fleurs » ( L. 7/3/1943 ).

Avant son départ, elle confiera à sa mère une plante : « elle a poussé sur ma fenêtre à travers les barreaux... un peu d’air ne doit pas lui faire de mal, n’oublie pas de l’arroser ». 

Cette plante insiste t’elle : « prends en soin, j’y tiens beaucoup, elle vient de la prison allemande de Romorantin » ( L. 8/8/1943 ).

Elle demande aussi souvent des nouvelles de « ce maudit jardin qui rend bien des services ».

La distraction de la messe. 

Sa seule distraction ....aller à la messe.

Elle y assistera presque tous les dimanches matin. Et la majorité de ses lettres font état de la messe.

Elle dit qu’elle « a confiance » dans l’aumônier « car il connaît Mr. Breton ». 

( L. 1//11/1942 ).

« Voilà la messe qui sonne et les souvenirs se déroulent devant mes yeux....C’est vraiment beau les cloches surtout celles de Blois mais cela donne le cafard. Enfin ! ». 

( L. 13/9/1942 )

« Je reviens de la messe et évidemment le cafard. Les cloches sonnent et je pense que chez nous c’est la communion » ( L. 13/6/1943 ).

« Je reviens de la messe célébrée pour les mamans, cela provoque bien des larmes » ( L. 30/5/1943 ).

Elle éprouve le besoin de clarifier les choses avec sa mère : « ce matin, j’ai été à la messe. Monsieur l’aumônier est toujours gentil avec moi, mais tu sais cela ne veut  pas dire que je me convertisse. Je ne puis changer d’idées comme cela, mais cela ne fait pas de mal d’apprendre » ( L.20/6/1943 ).

Cet aumônier lui donnera des extraits de la Bible à lire.

Et dans dans son avant-dernière lettre de Blois, Lise écrit « je reviens de la messe, certainement la dernière » ( L. 8/8/1943 ).

Le rôle vital de la correspondance : « il me semble qu’en écrivant ces quelques lignes, je suis près de toi » 

( L. 29/11/1942 ).


Sans droit de visite régulier.

Au fil de sa correspondance, lorsqu’elle reçoit des lettres, surtout de sa mère, revient l’expression « Cela me remonte le moral » ou « Ecris-moi le plus souvent ».

Ce rôle va être d’autant plus déterminant qu’il semble que Lise n’aie été que rarement autorisée à voir au parloir sa famille ou des amis, surtout après son maintien en prison, au-delà de sa condamnation de trois mois.

Pierre Janel se souvient, accompagnant une fois sa mère à la prison, d’avoir pu furtivement embrasser sa sœur.

Les visites au parloir avaient lieu le mercredi : «..cela fait deux mois que je ne t’ai vue et chaque mercredi, j’ai le cœur gros. Il faut que je m’arrête car le cafard me prendrait ». ( L. 22/9/1942 ).

Lise fera allusion à une « permission » : « il n’y a plus que 4 semaines, à moins que j’ai une nouvelle permission ce qui serait mieux ». ( L. 13/9/1942 ). Il doit s’agir des visites au parloir.


Droit à l’envoi de deux lettres par semaine.

Le régime du courrier qui lui est appliqué est le suivant : elle a le droit d’écrire deux lettres par semaine qui sont remises aux surveillantes le dimanche soir ; par contre elle a le droit d’en recevoir sans limitation.

Ces lettres sont soumises à la censure, à l’arrivée et au départ. 

Elles portent une marque attestant leur passage à la censure.

Ainsi seront censurées, rayées au crayon de couleur, ses demandes : « d’eau de Cologne...un deuxième couteau ». ( L. 25/8/1942 ).

Les détenues n’ont pas le droit de donner des informations précises sur ce qui se passe en prison. 

« Que veux-tu que je te raconte d’ici, tu sais que nous n’avons pas le droit ». 

( L. 1/11/1942 ). 

« ..Une dame de Paris va être libérée...si nous étions transportées à Drancy, elle viendrait me voir ». L’adresse de cette personne qu’elle communique à sa mère est censurée. 

( L. 11/10/1942 ).

Les lettres envoyées par les détenues sont autorisées sur 4 pages, format papier à lettres.

Les lettres reçues ne doivent pas être trop longues ( 1 ou 2 pages ) et être écrites correctement pour ne pas embouteiller le bureau de la censure.

A sa mère, elle fera des remontrances : « il faut que tu écrives mieux, car au bureau ce n’est pas facile à lire » ( L. 29/11/1942 ).

Après réception de la lettre d’une amie, elle demande à sa mère de lui recommander : «  une ou deux pages seulement car lues au bureau et il y en a trop.... elle me raconte tous les potins, c’est un vrai journal ! » ( L. 11/7/1943 ).

Lise a choisi d’adresser ses deux lettres autorisées d’une part  à sa mère et son petit frère Pierrot à Contres et d’autre part à ses oncle et tante Karsenty à Clermont-Ferrand où son père s’est installé. 

Lise l’appelle par le pseudonyme, Jean , par prudence.

Elle alterne parfois les lettres à Clermont avec des lettres à Lyon où est venue résider une partie de la famille de sa mère.

Sa mère répond pour elle.

Comme, elle ne peut répondre directement aux lettres et cartes de ses amis ou d’amis de sa famille, elle les remet à sa mère en lui demandant soit d’y répondre par écrit soit oralement s’il s’agit de personnes localement proches.

Souvent, elle lui rappelle qu’il faut expliquer aux gens qu’elle ne peut leur répondre directement.

Sa mère lui communique les lettres qu’elle reçoit de son frère Bernard, lui-même soumis à un numerus clausus postal. 

Elle sera autorisée une fois à lui écrire, en surnombre de son quota réglementaire.

Aucune des lettres de Mme. Jankelovitch à sa fille ne nous est parvenue.

il y en a deux envoyées à Clermont redonnées à sa mère plus tard.

Les Allemands prendront tous les papiers de Lise lors de son passage à la prison d’Orléans, via Drancy. 

Elle recevra un courrier assidu.

La correspondance de sa mère fut particulièrement soutenue, comme celle de ses tantes et oncles. 

Ses parents de Clermont lui donne des nouvelles de son père discrètement. 

En effet, officiellement Mme. Jankelovitch a déclaré aux autorités qu’elle ignorait où était son mari en zone libre. La famille est prudente.

La plupart du temps, sa mère lui envoie plusieurs lettres par semaine.

Elle y joint périodiquement une lettre du petit Pierrot.

Il en est de même pour ses amies : elles lui seront fidèles et constantes dans l’envoi d’un courrier lettre ou carte.

Même chose pour des gens qui n’écrivent pas ( phénomène courant dans certaines couches sociales rurales à l’époque) mais qui lui font passer une aimable pensée.

Le nombre de gens, en plus de ses amis proches, cité par Lise, à un titre ou un autre, est important, véritable marqueur de sa vie sociale et de l’intérêt qu’elle porte aux rapports avec les autres.

Incontestablement, Lise est une jeune fille qui suscite la sympathie et l’intérêt autour d’elle.

Une écriture de bonne élève.

Lise a une belle écriture, très lisible. Elle ne fait quasiment pas de fautes d’orthographe ou de grammaire. Ce devait être une bonne élève.

Son style est simple mais fluide, donnant souvent l’impression qu’elle écrit le langage parlé, mais construit, qui défile dans sa tête.

Ainsi, lorsque ce qu’elle écrit lui fait penser à quelque chose, elle l’écrit immédiatement quitte à reprendre ce qu’elle avait abordé précédemment.

Cette caractéristique de son style se retrouve chaque fois qu’elle aborde un aspect affectivement à vif pour elle.

Ceci est très marqué pour les commandes de ses colis : « j’ai bien peur que tu te prives pour moi, surtout que le ravitaillement devient de plus en plus dur...dans le prochain colis mets du gâteau de pain ou de la semoule cuite..mais ne te prives pas, si tu ne peux-pas, cela ne fait rien » et elle enchaîne en dessous « s’il n’y a plus de fruits mets des confitures, lait condensé, pommes de terre, biscottes, viande et conserves, et autres choses si tu as ». ( L. 6/12/1942 ).

Dans presque toutes ses lettres alterneront ainsi ses demandes et sa peur que sa mère ne se prive et prive ainsi son petit frère.

Parfois, Lise écrit sa lettre hebdomadaire sur plusieurs jours. Cela traduit généralement une période plus cafardeuse.

Des lettres à la structure forcément répétitive.

La structure de ses lettres est quasiment toujours la même.

Elle fait état des cartes et lettres reçues. 

Elle aime employer le terme de « bonne lettre ». Elle les commente parfois surtout les nouvelles de Clermont et de Lyon dont sa mère n’a pas forcément déjà connaissance et celles de Bernard.

Elle remercie sa mère pour le ou les colis et ses lettres. 

Elle tente de la rassurer et de lui remonter le moral. Elle suit de près la scolarité de Pierre et le tance régulièrement pour ses fautes d’orthographe et son peu d’empressement à lui écrire des lettres !

Elle détaille ses travaux manuels de la semaine.

Elle donne des nouvelles de sa santé qui deviendra, au fil des mois, une partie non négligeable de ses lettres.

Elle fait état de ses nouvelles compagnes, des départs, de la visite de La Croix-Rouge.

Sur l’ambiance et les événements en prison, elle procède souvent par allusion en raison de la censure ce qui en rend parfois la compréhension difficile.

Et une grande partie de ses lettres est réservée à ses commandes tant pour ses travaux, pour sa nourriture, pour ses besoins quotidiens.

Sa joie sera immense quand elle pourra recevoir des photos de sa famille : « Je les regarde souvent...tu ne peux pas imaginer ce qu’est une photo quand on est prisonnier »( L. 1/8/1943)

La place centrale des colis : « ... ici je suis une privilégiée à côté de certaines .. ». 

( L. 1/11/1942 ).


Son colis hebdomadaire. 

Chaque dimanche Lise donne donc sa lettre avec ses commandes que sa mère reçoit un ou deux jours après.

Mme. Jankelovitch se rend tous les samedis à la prison remettre le colis, déposer une lettre ( en plus de celles envoyées dans la semaine ).

Elle récupère le carton vide, des bocaux, des bouteilles de l’envoi précédent ainsi que du linge sale ou des ouvrages de tricot terminés.

Si elle ne peut se rendre à Blois, elle trouvera toujours quelqu’un pour amener le colis.

Les quelquefois où Lise aura besoin de produits de manière urgente ( médicaments, affaires car départ possible imminent), l’autorisation sera donnée de les apporter le mercredi.

On remet à Lise son colis le samedi soir, mais plus souvent le dimanche matin.

« Ma petite maman que tu es gentille pour moi, ton colis m’a fait bien plaisir, en même temps c’est un peu de toi, un peu d’air du pays qui arrive et cela fait du bien ». ( L. 13/9/1942 ).

On mesure la charge affective de ces colis, en plus de leur rôle alimentaire.

Elle recevra aussi de temps en temps des colis de la famille de Clermont et de Lyon.

Essayer de vivre comme à la maison

Lise essaye de vivre en prison comme à la maison.

C’est dire l’éventail très large de ses demandes qui donne aussi un aperçu sur le mode de vie de sa famille, la place qu’elle accorde à l’hygiène corporelle, l’étendue de sa garde-robe, etc.

Comme on l’a vu ci-dessus, Lise est tiraillée entre ses besoins, voire ses envies, et une sorte de culpabilité au regard des pénuries et de la cherté de la vie et des dépenses qu’elle impose à sa mère.

En plus de sa formule régulière sur « ne te prive pas », elle rajoutera « ...tu vas dire que je suis toujours en train de réclamer ».

« Des colis comme tu en fais doivent revenir bien cher ». ( L.13/12/1942 ).

Lise donnera souvent une partie de ses tickets de pain à sa mère pour les envoyer à Bernard qui en réclame car elle préfère les biscottes que sa mère arrive à lui procurer.   

Le dévouement inlassable de sa mère 

Pourtant, la quasi totalité des besoins qu’elle exprime seront satisfaits par sa mère.

Comment Mme. Jankelovitch est-elle parvenue à surmonter les difficultés du ravitaillement, la raréfaction de certains produits et pas seulement des denrées alimentaires ?

Plusieurs raisons semblent expliquer cette situation peu commune au regard de la situation de la grande majorité des autres détenues et qui fait dire à Lise qu’elle est « une privilégiée » :

Salomon, son mari, lui a laissé de l’argent lors de son  départ en zone libre en mai 1942.

Elle va le consacrer à adoucir autant que faire se peut la détention de ses deux enfants. Elle et le petit Pierrot travailleront, comme on l’a vu, pour pouvoir dégager le maximum de disponibilités pour Lise et Bernard.

Mme. Jankelovitch bénéfice des réseaux d’approvisionnement de tous ses amis commerçants, le milieu social et professionnel auxquels ils appartiennent et y sont si bien intégrés.

Et en premier lieu les commerçants de produits de bouche.

Mais aussi pour les produits d’hygiène, les fournitures pour coudre, tricoter, etc. 

Ainsi que pour les médicaments chez un des deux pharmaciens avec des ordonnances établies par le docteur, Melle. Seguron, leur médecin traitant ( une des 5 femmes médecins du département ! ) en qui Lise a une grande confiance.

Une solidarité exemplaire autour de Lise

Une solidarité exemplaire va entourer la famille Jankelovitch et tout particulièrement Lise.

Les remerciements qu’elle exprime toutes les semaines dans ses lettres aux donateurs, permettent de mesurer cette solidarité : confitures, miel, chocolat, gâteaux, brioche, biscuits, fruits au sirop, fruits frais, légumes, boudin blanc, livres, crème de beauté, etc.

Et cette solidarité, comme nous l’avons déjà pointé pour le courrier, ne faiblira pas. 

Enfin, il y a les produits du fameux jardin et de l’élevage de lapins et poulets que pratique Mme. Jankelovitch qui aura recours à un aide, Mr. Vrain, pour remplacer ses enfants à la culture du jardin potager. Mais, elle et Pierre continueront aussi à y travailler.

52 colis en un an

On peut imaginer ce que fut la vie de Mme. Jankelovitch pendant plus d’un an, consacrée en grande partie à se procurer de quoi faire les colis, à les fabriquer et à les amener ou les expédier.

Ainsi, Lise note : « Hier soir, j’ai reçu mon 52e colis.. ». ( L.11/7/1943 ).

Sa mère lui a donc amené ou fait porté, un colis par semaine depuis son arrestation, il y a un an, sans aucune interruption.

Pour Bernard, nous y reviendrons ultérieurement, elle les expédiait par la poste ou la SNCF.

Plus de l’argent pour la cantine

Mme. Jankélovitch envoie aussi de l’argent à ses deux enfants.

En effet, Lise a la possibilité de faire des achats à la cantine de la prison. Mais il semble y avoir peu de choses. Du moins pour les produits qui lui conviennent.

« Ici il y a juste à la cantine du vin à 5 francs le 1/4, je n’en prends point, quelques fois de la salade, mais je me suffis avec les colis » ( L.13/6/1943 ).

Et elle avait d’ailleurs demandé à sa mère de ne plus lui envoyer d’argent « ...j’ai encore 995 francs au bureau. Je n’achète rien à la cantine car les colis me suffisent ». ( L. 7/10/1942 ).

Pourtant, tout au début de sa détention, elle demandera à sa mère de laisser de l’argent au bureau « car j’ai des dépenses avec du vin tous les jours » ! Lise va abandonner assez vite cette habitude de consommation de vin des repas à la maison !


Un surplus pour les J3

Comme elle entre dans la catégorie des J3, elle « touche » comme elle dit, de temps en temps des denrées alimentaires. 

En effet, durant la période de rationnement ( jusqu’en 1947 ), les jeunes de 13 à 21 ans avaient des cartes portant la mention J3, leur donnant droit à des rations plus importantes.

Il semble donc que ce système avait été pour partie transposé en prison pour cette tranche d’âge avec l’attribution de certains produits.

C’est sa mère qui lui avait conseillé de se renseigner pour les suppléments destinés aux J3.

« J’ai touché du chocolat et des confitures » qui lui font « grand plaisir » ( L 1/11/1942 ). 

Ou à nouveau de la confiture ( L. 13/ 6/ 1943 ) et elle reçoit du fromage presque chaque semaine...toujours du camembert !


La contribution de la Croix-Rouge

Enfin, elle reçoit de temps en temps la visite de la Croix-Rouge qui distribue des produits aux détenues des autorités allemandes ainsi que des livres.

Une Melle Dupleix, fille d’un directeur de Banque, est une déléguée de La Croix-Rouge.

Elle visitera Lise plusieurs fois.

Elle lui apporte du « camembert, du sucre, du pain d’épices ». ( L. 1/11/1942 ).

« On a eu la visite de la Croix-Rouge et j’ai reçu du sucre, du fromage et du pain d’épices .... cela nous arrange ». ( L. 29/11/1942 ).

« Mercredi, j’ai vu Melle. Dupleix...elle m’a dit qu’elle allait s’occuper de moi et en parler à son père ...elle est très gentille et a apporté du sucre et des petits gâteaux » 

( L. 27/12/1942 ).

Promesse dont Lise n’entendra plus parler.

Mais elle continuera à recevoir sucre, fromage ( encore du camembert ! ), des petits gâteaux en provenance de la Croix-Rouge, sans qu’elle mentionne à nouveau cette Melle. Dupleix.

L’environnement carcéral de Lise : « Je vis surtout dans les rêves avec l’extérieur ». 

( L. non datée ).


Une détenue atypique

Lise est une détenue en quelque sorte atypique.

Ce n’est pas une jeune détenue de droit commun, condamnée pour vol, avortement ou prostitution occasionnelle comme la plupart des autres détenues.

Ce n’est pas une détenue pour des attitudes anti-allemandes ou des faits de résistance, incarcérée avant d’être envoyée via Orléans et Compiègne vers un camp de déportation, comme certaines de ses éphémères compagnes.

Ce n’est pas une juive étrangère, raflée et en transit à la prison de Blois, puis expédiée vers l’extermination.

Lise est une détenue raciale, juive de nationalité française de souche comme on disait, maintenue en détention sur une longue durée à Blois.

Elle va donc se trouver confrontée à toute la gamme des comportements en milieu carcéral.

La quasi totalité des détenues de droit commun appartiennent à des milieux sociaux très différents du sien, beaucoup plus défavorisés.

Parlant d’une jeune détenue devenue son amie « Nous nous entendons bien. C’est le principal. Évidemment, ce n’est pas une amie que tu voudrais que j’aie, mais ici que veux-tu, cela se vaut » ( L. 29/11/1942 ).

Lise subira la jalousie et l’antisémitisme 

Lise sera l’objet de jalousie en raison des colis qu’elle reçoit et qui lui assurent, si l’on peut dire en  pareille circonstance, un train de vie que beaucoup de femmes qui l’entourent n’avaient pas, même en liberté.

« Ici les relations sont rares. Mon Dieu que la jalousie règne. Quel milieu ! Mais, je sais encore choisir mes amies car ici tu t’en doutes, il y a une grande barrière entre moi et toutes les autres femmes et filles.. ». ( L. non datée ).

« ..mais quand il y en a une qui vous prend en grippe par jalousie pour des colis ( toujours ), tu sais, j’en entends, mais j’essaye de ne pas y faire attention mais c’est dur ! ». ( L. 20/12/1942 ).

Elle juge lucidement que si elle : « mange très bien et ne manque de rien, il n’en est pas de même malheureusement pour tout le monde ». ( 2/5/1943 ). 

Ou parlant de sa camarade de Bourré : « elle n’a pas beaucoup de colis la pauvre ».

( L. non datée ).

Mais la jalousie des détenues se porte aussi sur les tenues de Lise. Elle avait réclamé à sa mère une ceinture rouge : « La ceinture est bien, elle fait des envieux ». ( L. 3/1/1943 ).

Lise sera l’objet de remarques et de préjugés sur sa qualité de juive.

« On m’a dit que je n’étais pas à la veille se sortir, tu vois le genre, cela fait plaisir. Enfin, je m’assois dessus et je pense à Mr. Salvi - je crache dessus- ». ( L. 6/12/1942 ).

« Hélas, c’est une triste mentalité ici, enfin en ne s’occupant de rien, tout passe. Mais jusqu’ici j’entends dire que je suis juive, tu vois ! Mais tu sais avec mon caractère je ne m’en fais pas.. ».

( L. 15/11/1942 ).

Mais elle connaîtra aussi l’amitié et la compassion

Elle arrive à se faire de bonnes amies : « malgré ma soi disant mentalité ». ( L. 3/1/1943 ).

( Annexe 1 )

Elle se résignera à penser parfois : « Le mieux est de rester seule dans son coin ». ( L. 30/12/1942 ).

Car, des bagarres éclatent aussi entre détenues, comme Lise en fait état. ( L. 27/6/1943 ). 

Certains jours sont plus éprouvants : « Quant au milieu, c’est une autre histoire et cela fait beaucoup pour le moral quand on est obligé de côtoyer toute la journée des personnes infectes où l’on ne trouve aucune amitié. Certains jours cela va, d’autres ... ». 

( L. 9/7/1943 ).

Pourtant, elle sera entourée de sympathie et de compassion au moment des épreuves.

Lorsqu’elle sera maintenue en détention à la fin des trois mois, Lise peut constater : « Ici tout le monde est en larmes, car malgré le milieu où je me trouve, nous sympathisons toutes » et encore «  J’ai eu beaucoup de marques de sympathie qui m’ont fait du bien ». ( L. 9/10/ 1942 ).

« ...il y a de braves personnes qui sont bien gentilles avec moi ». ( L. 20/12/1942 ).

Lise et ses co-détenues connaîtront aussi des moments de fou-rire, parce que exprimer de la joie, c’est aussi survivre et elles sont jeunes.

Ainsi lorsque les moustiques les couvriront de piqûres et qu’elles devront se mettre de la pommade, Lise s’esclaffera « nous assistons à un tableau unique et malgré notre cafard, nous ne pouvons nous empêcher de rire mais de frémir car avoir de la pommade cela ne dit rien mais c’est rigolo ». ( L. 13/9/1942 ).

Un apprentissage sans fard de la vie

Ce brassage des expériences et des vécus des unes et des autres se révèlera être pour Lise un apprentissage cru et sans fard de la vie qui va avoir des conséquences sur sa manière de voir les choses et sur ses propres comportements.

Elle confie à sa mère : « Je t’avoue que mon caractère aura rudement changé ici, en bien comme en mal ». ( L. 22/9/1942 ).

Elle connaîtra des désillusions : « je viens d’avoir une désillusion. Une pour qui j’ai fait bien des choses, on croit bien placer son amitié et un jour on s’aperçoit de différentes petites choses qui ne font pas plaisir. J’aurai fait une étude morale ! ». ( L. 8/8/10943 ).

Avec l’expérience, sa conviction se renforce : « Qu’ici le meilleur moyen, c’est tout entendre et ne rien dire, on devient égoïste car il n’y a que la bouche qui compte ». 

( L. 6/12/1942 ).

Des changements dans son caractère

Elle jauge son évolution : « Quel caractère il faut acquérir et je crois que quand je sortirai d’ici, j’aurai totalement changé ». ( L. 3/1/1943 ).

Cela la conduit à réévaluer ses rapports avec son frère  Bernard : «...nous ne savions pas notre bonheur puisque nous étions si souvent en dispute Bernard et moi mais je crois que cela va nous servir de leçon ». ( L. 20/12/1942 ).

Mais Lise se demande parfois : « Si dehors, je reprendrai mes habitudes qui étaient si bonnes ». ( L. non datée ).

Ses rapports avec le personnel pénitentiaire semblent avoir été corrects.

La bonne éducation de Lise, sa gentillesse, son comportement somme toute obéissant, ont dû faciliter ces rapports.

Il faut avoir à l’esprit qu’elle est traumatisée par les raisons de son arrestation, le non respect du Statut des Juifs. Et qu’à part une fois où elle s’est laissée entraînée     ( cf. ci-dessus ), elle a sûrement scrupuleusement respecté le règlement de la prison.

Quelques jours avant son départ, elle dira : «  je regretterai les surveillantes qui étaient très gentilles ». ( L. 8/8/1943 ).

Une force de caractère qui ne se démentira pas : « L’espoir me suit jusqu’au bout ». 

(L. non datée mais fin juillet 1943).


Certes ses lettres égrènent ses coups de cafard.

Elle doit vraisemblablement les minorer pour ne pas aggraver la peine de sa famille.

Mais toute sa correspondance porte la marque du caractère de Lise.

« Je chasse bien vite ces mauvaises idées qui malheureusement m’assaillent ». ( L. 4/10/1942 ).

Elle a une nature gaie, optimiste, franche, généreuse.

On dirait dans notre vocabulaire d’aujourd’hui que Lise est une battante, une active.

Elle est organisée, prévoyante.

Elle ne se laissera jamais abattre. 

Elle ne sombrera pas dans la dépression. 

Elle réconfortera ses proches et sûrement ses copines de détention.

Quels sont les ressorts qui vont  permettre à Lise de faire preuve d’une telle force de caractère, elle, la jeune fille choyée à l’avenir assuré ?

Sa correspondance apporte des réponses à ce questionnement.

L’amour des siens :

Lise est une affectueuse qui a besoin d’exprimer ses sentiments.

Elle se raccroche de toutes ses forces à l’amour des siens, d’autant qu’elle a vécu dans une famille unie et aimante ( annexe 2 )

«  Ma petite maman, que tu es gentille avec moi ». ( L. 28/8/1923 )

« Tu es toujours admirable quant à ton courage ». ( L. 4/4/1943 ).

« Tous les soirs, je pense bien à vous » ( L. 24/1/1943).

Ce qui ne l’empêche pas d’être un tantinet directive, parfois même blessante sans le vouloir.

Ainsi, elle attend avec impatience des photos « Tu as dû bien changé et maigri ». ( L. 27/12/1942 )

Elle redit à sa mère qu’elle admire son courage mais accompagné d’un : « Je te le dis franchement, je ne te reconnais pas » ( L. 10/1/1943 ).

« Tu as fais du propre en mettant la bouteille et le savon dans le paquet, elle fuyait ».

 ( L. 7/3/1943 ).

« Je vois que tu ne changes pas, toujours étourdie, tu ne m’as pas mis de papier à lettres. Tu as vu pour ma jupe, repasses bien les ourlets ». ( L. non datée mais juillet 1943 ).

« Pierrot pourrait m’écrire plus souvent ». ( L. 1/11/1942 ).

« Pierrot fait des fautes, tu ne le surveilles pas assez ». ( L. 27/6/1943 ).

Elle a un comportement quasi maternel avec son petit frère Pierrot.

Les résultats scolaires de Pierrot sont un permanent sujet d’intérêt chez Lise.

«  Pierrot a monté de place...il faut qu’il arrive premier, il est intelligent, il doit comprendre qu’il faut le faire voir aux autres ». ( L. non datée).

Elle lui conseille d’écrire son journal : «  Ce sera intéressant quand tu le regarderas plus tard, je regrette beaucoup de ne pas avoir fait le mien ». ( L. 4/7/1943 ).

Et elle entend le responsabiliser : « Il faut que tu nous remplaces, tu sais, et que tu fasses oublier un peu les peines à maman..C’est toi le petit patron à la maison, aussi tu dois être fier ». ( L.25/5/1943 ).

Elle se préoccupe constamment de la situation de Bernard, demande des nouvelles, s’inquiète lorsque sa mère tarde à lui en transmettre.

Elle se consolera souvent des graves problèmes de santé de Bernard en jugeant que «  c’est un mal pour un bien, comme cela il n’a pas été déporté ». ( L. 4/10/1942 ).

« Je me demande quand il sera guéri, ce qu’ils en feront, il sera peut-être réformé ? ». 

( L. 8/11/1942 ).

Mais elle commente aussi l’attitude de son frère : « Son caractère ne change pas, il n’est pas gentil pour toi. C’est vrai qu’il est bien seul là-bas ». ( L. 27/12/1942 ).

« Il te réclame toujours quelque chose, il ne pense pas aux restrictions ». ( L. 13/6/1943 ).

Lise oublie qu’elle agit de même !

Elle manifeste des rapports forts avec ses amies de Contres dont elle attend les lettres et cartes avec impatience ( annexe 3).

Parlant de sa meilleure amie Jeannette Poulin, la fille du charcutier ami intime et de confiance de sa famille, elle réagira vivement à l’annonce de ses fiançailles : «  sa lettre m’a rendue triste. Je pense qu’elle m’attendra, je vois une barrière entre mes amies et moi quand je rentrerai ». ( L. non datée mais fin juin 1943 ).

Ce rapport aux autres va se trouver exacerbé par la prison.

Ainsi, elle réagira tout aussi mal, dans un premier temps, aux annonces de fiançailles de certaines de ses autres amies. 

« Décidément, ça doit être une épidémie ! Qu’est ce qu’elle ont donc toutes ? Ce n’est pourtant guère le moment ! ». ( L. 11/7/1943 ).

Dans cette même lettre du 11 Juillet, elle tient à adresser quelques lignes directement à Jeannette : « Malgré la séparation, tu seras restée ma grande amie, ma petite sœur...je souhaite de tout mon cœur que tu aies trouvé le bonheur avec ce Roland. J’étais loin de m’attendre à ça. Si j’ai été peinée, je ne le suis plus ».

Elle y reviendra peu après à la suite d’une nouvelle annonce de fiançailles : « Je vois que mes amies sont perdues pour moi quand je reviendrai...je resterai le moins possible à Contres à moins que moi aussi l’épidémie me prenne mais avec qui ? ». ( L. 25/7/1943 ).

Elle prendra par contre avec philosophie le silence de son amoureux ! 

« Tu sais cela m’est bien égal ». (L. 13/9/1942 ).

Ou encore « Il a dû complètement m’oublier mais tu sais maman, cela ne me fait plus rien et je crois que de côté aussi j’ai changé d’idées et suivrais vos conseils à ce sujet que maintenant je regrette de n’avoir pas suivi ». ( L. non datée ).

Se tourner toujours vers l’avenir

Dans presque toutes ses lettres, elle use de formules fondées sur l’avenir qui sera forcément meilleur.

Elle contrebalance le constat de ses souffrances et celles de sa famille, en estimant qu’il y a des situations pires.

« Espérons que tous ces mauvais moments seront vite passés et que nous serons bien vite tous ensemble ». ( L. 28/81942 ).

« Aujourd’hui j’ai vingt ans, je rentre dans la vie, j’espère que j’en sortirai forte et pleine de courage ». ( L. 9/10/1942 ).

« Les jours passent comme cela, bien monotones. Mais je songe à d’autres, plus malheureux que nous ». ( L. 30/11/1942 ).

« Après cette longue séparation, nous serons plus heureux qu’avant ». ( L. 10/1/1943).

« Il y a un an, on préparait notre joyeux pique-nique, enfin c’est du passé, n’en parlons plus, viendront les jours meilleurs ». ( L. 13/6/1943 ).

« ... y a toujours des départs. La vie devient triste pour bien des personnes, et tu vois qu’il ne suffit pas d’être juif car je m’aperçois que les catholiques prennent aussi ».

( L. 27/6/1943 ).

« Peut-être te reverrai-je bientôt et que de nouveau nous serons tous réunis, alors recommencera notre belle vie familiale ». ( L. 4/7/1943 ).

« Cette maudite guerre qu’elle t’aura fait pleurer mais il faut espérer qu’après ces mauvaises années viendront les années de bonheur ». ( L. 25/7/1943 ).

Elle fait des comparaisons avec les familles éclatées et sans nouvelles : « Nous nous avons des nouvelles et nous savons tous où nous sommes ». ( L. date illisible ).

Mais cette sorte de volontarisme se couple aussi avec une forme de fatalisme qui semble transmis par sa mère, comme elle y fait référence, au travers d’une formule qu’elle emploiera plusieurs fois : « arrivera ce qui doit arriver », notamment au moment de visites des Allemands.

Un fatalisme que l’on peut penser transmis de génération en génération et forgé dans les souffrances séculaires des juifs victimes des pogroms et soumis aux migrations contraintes.

Et plus le temps passera, plus elle deviendra plus circonspecte sur l’avenir.

« On s’attend à tout, cela vaut mieux que de se faire des illusions ». ( L. 11/7/1943 ).

Ne pas se laisser aller

Lise maintient une hygiène physique poussée, même si ce n’est pas simple dans cette prison vétuste.

Elle décidera de monter un seau d’eau dans sa chambre, pour pouvoir prendre le temps de se laver.

Elle se lave les dents avec régularité.

Lorsqu’elle aura des problèmes de peau, elle sera horrifiée que le docteur lui demande si elle se lave !

Elle prend du temps pour brosser ses cheveux et les friser.

« Je vais mettre mes bigoudis. Ma tête est sale mais je ne peux la laver car je suis enrhumée et j’ai des saignements de nez. » ( L. 20/6 1943 ).

Elle se désolera de ne pas pouvoir mieux les laver, les entretenir.

Elle réclamera à sa mère « sa brosse à cheveux dure ». Elle optera pour une coiffure en nattes. Mais elle se fera aussi un chignon et réclame à sa mère des épingles.

Elle commande donc régulièrement une brosse à dents « dure », du savon, du shampoing, de l’eau de Cologne ; et aussi gant, serviette de toilette, éponge.

Elle s’habille bien, change souvent d’habits.

Dans chaque lettre ou presque, elle demande des habits de sa garde robe restée à Contres.

Celle-ci est substantielle, confirmant la coquetterie de Lise et les moyens de la famille, même si leur commerce leur offre aussi des facilités dans le domaine vestimentaire.

Chaque fois qu’elle pensera proche son départ, elle demandera des affaires supplémentaires, pour être sûre d’avoir tout ce dont elle pourrait avoir besoin.

« Et malgré ma situation, j’aime toujours, tu le sais, à être habillée ». ( L.29/7/1943 ).

Lise prendra aussi le temps de se composer de vrais repas.

Occuper son esprit

C’est le travail manuel qui va lui permettre de tenir le coup.

Lise, comme on sait, a appris dans une école spécialisée, l’art du tricot et de la couture ( elle ne parlera pas de broderie ).

Elle aime de toute évidence tout ce qui touche à l’habillement.

De plus, elle vivait dans ce milieu des tissus, des vêtements, des accessoires notamment de maroquinerie.

Le nombre de socquettes, chaussettes, gants, bonnets, pull-overs, liseuses, etc. qu’elle tricote en un an est impressionnant !

Elle tricote ( laine ou coton ) pour elle, pour sa famille, pour des amies à l’extérieur et pour des détenues.

Elle tricotera aussi des pulls pour la Croix-Rouge qui les paye à l’unité et applique les tarifs du Secours National.

Un chandail pour un enfant de 6 ans est payé 43,50 francs.

Elle en fera 8 et s’exclamera : « Je vais devenir riche ». ( L.13/6/1943 ).

Elle tricote aussi des chaussettes pour les prisonniers ( L. 1/11/1942 ).

Elle fera aussi beaucoup de couture pour réparer et transformer ses habits, se fabriquer des combinaisons, des culottes, des soutien-gorge.

Elle aide les autres détenues dans leurs travaux.

« Je suis devenue professeur de tricot et je m’y entends très bien. Tout le monde me demande mon avis et mon goût ». ( L.10/1/1943 ).

Et ces travaux effectués en salle commune lui permettent de maintenir la sociabilité dont sa personnalité a besoin.

La commande des fournitures nécessaires à toutes ces activités occupe une place non négligeable dans ses lettres : laine, coton, aiguilles, agrafes, boutons, dentelle, ruban, tissu, fil, aiguilles, patrons comme modèles, etc.

Elle se désolera ne n’avoir plus que deux vieux numéros de la revue « Modes et Travaux ». ( L. 18/7/1943 ).

Compenser avec la nourriture

On connaît le rôle compensateur de la nourriture en situation morale difficile, notamment quand on est confiné ( prison, bateaux, sous-marins, plates-formes en mer, etc. )

Lise n’est pas en situation de manque alimentaire. Loin s’en faut .

Elle s’auto-satisfait en complément de la soupe fournie par la prison.

Rappelons que le gouvernement de Vichy poussait les familles à nourrir leurs détenus en raison du rationnement.

Le problème est la place très importante des sucreries et des gâteaux dans l’alimentation de Lise.

Le cumul d’un excès de sucre et la sédentarité va entraîner chez Lise une forte prise de poids qui a sûrement joué un rôle dans la détérioration de sa santé.

Voici un exemple caractéristique d’une commande de Lise pour un prochain colis : « Mets ce que tu peux avoir : patates cuites, œufs durs, beurre, biscottes, fromage, et légumes frais. Les petits-pois étaient délicieux et aussi l’artichaut. Je n’ose te demander si tu peux me trouver un peu de crème fraîche, j’en ai une envie folle. Si ce n’est pas possible, je m’en passerai et sans te priver ». ( L. 13/6/ 1943 ).

Elle demande à sa mère du gâteau de pain, de la semoule, du riz au lait, « des macaroni à la sauce tomate dans un bocal, cela se garde bien » ( L. 20/12/1942 ).

Sa prise de poids la désole mais elle en prendra son parti.

« Moi qui espérais maigrir en prison, j’ai grossi. Comment vais-je revenir ? » ( L. 29/11/1942 ).

« Tu sais mon sang tourne en graisse, et je grossis surtout des jambes. Ici, c’est forcé, on ne marche pas, on se lève pour s’assoir et travailler, et comme je mange pas mal, le résultat s’en ressent. Enfin, ce n’est pas grave ». ( L. 13/12/ 1942 ).

« Avec le travail qu’on fait ici, je mange grandement puisque j’ai grossi de 7 kilos depuis 6 mois

( L. 27/12/1942 ).

Elle pèse 68 kilos : « Heureusement qu’il n’y a pas de glace.. ». ( L. 25/5/1943 ).

« Je suis toujours aussi grosse ». ( L. 27/6/1943 ).

Comme toujours, Lise ne se laissera pas aller et, on l’a vu ci-dessus, elle se mettra à pratiquer de la culture physique et marcher dans la cour de la prison.

Elle soigne particulièrement ses déjeuners du dimanche midi, prolongeant ainsi la tradition du repas familial du dimanche ( elle reçoit son colis la veille où le matin ) qu’elle partage souvent avec la camarade du moment qui loge avec elle.

Ces jeunes détenues tentent de maintenir des rites de la vie extérieure : Lise les invite à partager des tisanes ou du thé qu’elles prennent avec gâteau ou brioche ! A son tour, elle est invitée.

Elle confectionne ainsi des infusions de : « coques d’oranges qui sont bonnes surtout en ce moment et en ces lieux ». ( L. non datée ).

Quelques uns des menus de Lise :

 « Melon, salade de haricots verts, tomates, lapin, fromage et poire-sucre à la menthe » ( le dimanche 13/9/1942 ).

« Pour midi, j’ai fait une salade de pommes de terre, œufs et anchois. Ce sera bon ».

( le dimanche 8/11/ 1942 ).

« Choux-fleurs, boudin blanc, pommes de terre, prunes au sirop » ( le dimanche 27/12/1942 ).

« Bifteck, pommes de terre dites sautées...c’était bien bon. J’essaye d’être économe pour en avoir toute la semaine ». ( le dimanche 3/1/1943 ).

Et celui, émouvant, qu’elle partage avec la résistante Yvonne Chollet « Asperges à la crème, lapin, fraises » ( L. non datée mais fin juin 1943 ). ( Annexe 4 )

Elle apprécie les fruits frais, particulièrement les cerises et la gourmande Lise questionne sa mère : « les cerises sont bien bonnes. En mangez-vous beaucoup ? ». ( L. non datée mais début juillet 1943 ).



Une santé qui se détériore au fil des mois de détention : « je ne sais comment j’en sortirai ! ».

 ( L. 27/6/1943 )


Le médecin de la prison est le docteur Meunier. 

Il assistera de son mieux les détenus et aidera les résistants emprisonnés. Ceux-ci lui rendront hommage à la Libération.

On peut donc penser, sur la base de sa réputation, qu’il a assisté Lise du mieux qu’il a pu mais avec des moyens médicaux sommaires et réduits.

Rhume et engelures 

Elle commence à avoir un rhume en octobre pour lequel le médecin lui prescrit des gouttes et du sirop. ( L. 25/10/1942 ).

Dès novembre, elle a des boutons sur la figure : « le sang paraît-il » ( L. 1/11/1942 ).

Avec le froid et le manque de chauffage : « J’ai des engelures au talon, ça fait très mal ». Et elle doit rester en chaussettes. Elle va aller voir le médecin mais : « C’est la prison qui veut ça, il ne pourra pas faire grand chose ». ( L. 29/11/1942 )

Un début de furonculose

A la fin novembre, un début de furonculose se déclare. ( L. 30/111942 ).

Le liquide pour ses engelures envoyé par sa mère lui fait du bien et le docteur lui donne des gouttes pour ses furoncles. ( L. 13/12/1942 ).

Elle constate que : « mes dents s’esquintent de plus en plus, c’est ce qui m’embête le plus ». ( L. 3/1/1943 ). 

Comme elle est convaincue que son sang est la cause de ses différents troubles, elle pense à user d’un dépuratif et en réclame à sa mère. ( L. 4/41943 ). 

Elle poursuit régulièrement sa gymnastique.

Au fil des mois elle se constitue une petite pharmacie : du sulfate de soude pour laxatif, de la magnésie bismutée pour son estomac.

Et en plus la gale

Mais, en avril, elle attrape la gale. 

Le docteur lui prescrit un produit et elle réclame à sa mère : « une pierre-ponce pour bien gratter et une pommade à Melle. Seguron ainsi qu’un dépuratif mais bon à prendre ». 

( L. 25/4/1943 ).

Le médecin lui donne du Sarcoptol en poudre : «  Ce n’est pas très efficace, je me gratte beaucoup, surtout la nuit, c’est une fausse gale que j’ai ». ( L. non datée début mai 1943 )

La furonculose s’étend

Sa furonculose va prendre de l’ampleur : « Ces furoncles me font beaucoup de bien, le mauvais sang sort. Les deux sous le bras sont finis, ils étaient énormes et m’ont fait bien souffrir. Mais en voilà d’autres sous le gauche et à la fesse ». 

Une détenue infirmière la soigne avec des cataplasmes de pain au lait qui ont aidé à faire percer les furoncles. 

L’infirmière lui a fait sortir tout le pus. 

C’est grâce à une femme enceinte qui a eu droit à du lait qu’elle a pu en avoir un peu pour ses soins. ( L. non datée ). 

Un bel exemple de ces solidarités carcérales.

Lise a des « démangeaisons terribles » et passe « des nuits blanches », surtout que la chaleur règne, c’est « une fournaise ».

Elle poursuit dans sa conviction que son « sang est en mouvement » et toujours optimiste, elle se raccroche à l’idée «  que cela va certainement me faire du bien et je vais peut-être maigrir ». D’autant que : « Aller voir le docteur ne me dit rien, mais en voilà d’autres ». 

Elle devra donc aller en consultation et il lui prescrira des cachets de Stannoryl. 

( L. 30/5/1943 ).

Pour remercier la détenue qui la soigne, Lise lui confectionnera une chemise de nuit.

Toute bleue 

Mais son état ne s’améliore pas : « Si tu voyais dans quel état je suis ! Le docteur m’a donné des badigeons de bleu de méthylène. Je suis toute bleue ». 

Il lui a prescrit aussi des compresses d’Eau d’Alibour, à fournir par sa mère évidemment.

Il va aussi la soigner avec une prescription d’Amphavaccin. ( L. 13/6/1943 ).

Elle se gratte moins. Par contre, un bouton près des yeux est apparu et elle a très mal à la tête et de s’inquiéter : «  Je ne sais pas comment j’en sortirai ? ». ( L. 27/6/ 1943 ).

Les furoncles réapparaissent sous son bras droit. 

Elle pense que c’est aussi de l’anémie graisseuse : « J’aurai besoin d’un changement de régime et c’est pas facile de se faire soigner ». ( L. non datée).

Un traitement de choc

Le médecin ordonne alors des piqûres « J’ai commencé ce matin. J’y suis allée avec la frousse mais ça ne fait pas mal. Je serai brave la prochaine fois ». ( L. 11/7/1943 ).

Elle en vient à la conclusion « que depuis la visite des Allemands et mon histoire d’il y a deux mois ( cf. ce doit être l’affaire ayant entraîné la forte punition collective ? ), depuis ce temps, j’ai toujours quelque chose ». ( L. non datée ).

Elle essaye de modifier sa nourriture et recommande à sa mère : « Pour mes boutons, ne m’envoie pas de fromage, de viande ni de conserves mais plus de patates et de légumes verts ».  ( L. 4/7/1943 ). 

Et, il lui faut du matériel de soin pour ses furoncles qui reviennent sans cesse : coton hydrophile, gaze, albuplast, un peu de taffetas gommé, « et ici il n’y a rien ». ( L. non datée ).

Mais vers la fin juillet, sa santé semble s’améliorer : « Mes furoncles sont finis, je peux enfin lever les bras...J’en ai eu 8 ! 

Et Lise, la positive, explique : «  que cela m’a fait du bien et évité une maladie ». ( L. non datée ).

Le 1er Août, on lui injecte encore une piqure qu’elle appelle vaccin, « le plus gros » et pressentant un prochain départ, elle escompte : « qu’avec un changement d’air, cela ira mieux ». ( L. 1/81943 ).

Elle termine ses piqûres le 5 août mais : « J’ai la main gauche pleine de bobos d’humeur, ce n’est pas gai ». ( L. 9/8/1943 ).

Les Allemands redoutaient les épidémies, notamment celles de type furonculose, gale, etc.

On ne peut s’empêcher de se demander si les Allemands n’ont pas donné le feu vert à un traitement de choc ( alors que la prison est démunie de médicaments performants ) pour enrayer son infection et l’envoyer vers d’autres centres de détention avec moins de risque de contamination et surtout pour pouvoir la déporter.

Nous reviendrons sur cette question de la déportation ou non des malades avec la correspondance de Bernard.

La lancinante attente : « quand donc tout cela sera fini ? ». 

( L. 2/5/1943 ).

Lise, arrêtée le 10 juillet et condamnée  le 11 pour trois mois, aurait dû être libérée le 10 ou le 11 octobre 1942.

Elle est convaincue que sa lettre du 4 octobre : « sera la dernière, à ce mot mon cœur bondit de joie ». 

A sa demande pour connaître son heure de sortie, on lui a répondu « à 11 heures, si c’est le samedi 10 ».

Un maintien en prison

Dans son enthousiasme, elle conseille à sa mère : «  Intéresse toi aussi à la Kommandantur pour savoir comment je pourrai repartir et l’heure des cars. Ce beau jour va enfin arriver, je n’ose y penser et je chasse bien vite ces mauvaises idées qui malheureusement m’assaillent ». ( idem ).

Pourtant, le 9 octobre, jour de ses 20 ans, elle sait qu’elle ne rentrera pas à Contres.

Dans sa lettre du même jour, elle est persuadée alors : «... que je vais m’en aller...partir en te laissant seule malgré tout entourée d’amis sur lesquels je pense que je peux compter ».

Elle continue un certain temps à être convaincue d’un départ imminent.

« Car je m’attends tous les jours à partir.. j’ai gardé un carton de victuailles qui se gardent » ( L. 18/10/1942 ).

Ou encore, une phrase caractéristique de son expression « en balancier » : « Je suis équipée pour partir et je suis encore là, tant mieux. Voilà quinze jours que je devrais être près de toi mais aussi je pourrais être plus loin...Je suis pleine de courage, on en voit de plus malheureux que nous ».

( L. 25/10/1942 ).

Une « mise en réserve »

Mais le 1/11/1942, Lise en arrive à un constat d’une grande lucidité et prémonition : « Je crois bien que je suis oubliée pour l’instant à moins qu’ils n’attendent d’arrêter les Juifs Français pour m’amener, c’est ce que j’ai peur, surtout pour toi. Quand serons-nous tranquilles ? ».

Lorsqu’il reviendra à Contres en 1945, son père ira demander des comptes au directeur de la prison qui lui assurera que c’est lui qui avait gardé Lise en prison pour la protéger de la déportation en octobre 1942.

A croire le directeur, il aurait accompli une quasi action de Résistance ! Ce qui était dans l’air du temps pour tous ceux à qui la politique d’épuration aurait dû demander des comptes !

Sauf preuve par une source d’archives ou un témoignage fiable, cette thèse ne tient pas.

Lise est une détenue relevant des autorités d’occupation. 

Le directeur ne peut rien décider sans en référer aux Allemands....rappelons-nous : même pas envoyer un détenu chez un dentiste !

Lise a bien été mise « en réserve » par les nazis.

Et cela, dans l’attente de la réalisation à l’échelle nécessaire de la solution finale pour les juifs français qui s’accompagnera de pratiques de transferts périodiques des juifs détenus en province pour compléter les convois vers la déportation, notamment à partir de la mi 1943.

Les Allemands useront aussi de méthodes odieusement appelées, « regroupements familiaux », préalables aux déportations.

Cette incertitude quant à son devenir, va peser de plus en plus sur le moral de Lise.

Une visite des Allemands en novembre 1942

En novembre 1942, un petit espoir se fait jour en Lise avec la visite, le 24, d’un officier allemand : « Il ne m’a rien dit mais je sais qu’il a parlé de moi à une personne condamné par eux. Que va t’il en résulter ? Peut-être vont-ils revoir mon cas et ils jugeront que j’ai bien payé ma peine ». ( L. 29/11/1942 ).

« J’en ai assez d’être ici et pourtant je suis peut-être très bien ....J’ai envie de demander conseil à Mr. l’aumônier pour savoir ce que je dois faire, écrire à la Kommandantur pour savoir ce qu’ils vont faire de moi ? ». ( L. 20/12/ 1942 ).

L’aumônier a dû l’en dissuader car, elle s’empresse de rectifier la semaine suivante : « Je regrette mes balivernes de la semaine dernière ». ( L. 27/12/1942 ).

Mais la déportation de la famille Eidelman ( annexe 5 ) est un choc pour Lise qui ravive ses interrogations : « Pourvu ma petite maman que notre tour n’arrive pas. Quand ce cauchemar finira t’il ? Quand serons- nous à nouveau réunis tous ensemble ? Quand ces pauvres familles et comment se retrouveront-elles ? » 

A partir du 27 avril 1943 :  sa déportation est programmée 

Le mardi 27 avril 1943, la situation bouge : Lise reçoit la visite d’officiers allemands.

« ils m’ont interrogé et ont paru surpris que je sois là. Ils ont pris note, que va t’il en résulter ? J’attends et je ne serai pas surprise de partir d’un jour à l’autre, enfin attendons...je me répète ce que tu dois te dire : arrivera ce qui doit arriver ». 

( L. 2/5/1943 ).

Le dimanche 27 juin, le directeur visite les détenues : « il m’a dit qu’il fallait mieux que je reste ici car j’étais bien entourée par des Françaises ». Ce sentiment d’exclusion de sa nationalité, elle qui est pourtant française, la met hors d’elle : « il ne se doute pas du milieu et s’il arrivait dans une bagarre il aurait compris pour les Françaises ». Et elle en vient à penser « que le milieu du camp est un peu meilleur...par moment, j’en ai marre de me voir traitée ainsi  et par qui... ». ( L. 27/6/1943 ).

L’attente devient lancinante pour Lise : « Bientôt un an, c’est bien long..mais je m’attends chaque jour à quelque chose ». ( L. non datée mais début juillet ).

Le 24 juillet, le surveillant-chef l’informe que : « Les Allemands avaient téléphoné à mon sujet. Je pense que cette semaine j’aurai du nouveau. Bon ou mauvais, je ne sais..tu sais, maman chérie, que l’on va où le destin nous mène ». ( L. 25/7/1943 ).

Le 6 août 1943, vers un prochain transfert à Orléans

Effectivement, le 6 août elle reçoit à nouveau la visite des Allemands : « pour mon Etat-Civil et m’annonçant mon prochain transfert à Orléans...je m’y attendais. Que d’ennuis, de chagrins pour maman et pour vous. De mon côté, je suis très courageuse...je ne serai pas plus mal qu’ailleurs ». ( L. 9/8/1943, à la famille de Clermont ).

Elle avait déjà conseillé à sa mère de faire établir une carte d’identité pour le petit Pierre.

Comme au moment de l’arrestation de Mme. Mauger fin mars, elle avait mis en garde sa mère : « Je te répète encore une fois, on ne sait jamais ce qu’il peut arriver. Il faut tout craindre, aussi tu dois avoir préparé tes paquets de vêtements et de conserves. Tout est à redouter car j’ai tellement peur pour vous ». ( L.28/3/1943 ).

Elle lui recommande maintenant de rejoindre son père à Clermont et de prendre ses dispositions.

Lise fait à nouveau allusion au fait qu’elle avait suggéré à sa mère de quitter Contres soit après le départ de Salomon soit après la première venue des Allemands pour elle et Bernard :

 « Tu vois où mène la négligence, si vous m’aviez écouté nous ne serions pas comme cela » et elle craint que sa mère ne la rejoigne à Blois et soit aussi déportée : «  il est inutile que tu viennes me rejoindre ici, je serai trop malheureuse. Il faut que tu songes à Pierrot » ( L. 1/8/1943 ).

Le 8/8/1943, elle s’interroge sur ce qu’il va advenir réellement : « seul compte mon départ maintenant que j’envisage avec l’espoir de ne pas rester longtemps partie...Vais-je retrouver Bernard ? Dans une autre direction ou qui sait retrouver Contres ? Je suis impatiente de savoir où je vais tellement j’en ai marre d’ici ». 

L’ignorance du contexte extérieur 

Tout au long de sa correspondance, Lise fera peu référence aux événements extérieurs, même en tenant compte de la censure.

On relève le 15 novembre, alors que les Allemands, viennent d’occuper toute la France : « Je vois que depuis quelques temps les événements changent ». 

Elle mentionnera les départs périodiques de détenus résistants ou juifs étrangers, sans la moindre idée sur ce qu’ils devenaient, tout en soulignant « je reviens de la messe avec un grand cafard car jusqu’ici les événements de dehors nous atteignent ». ( L. 2/5/1943 ).

Elle se méfie, vraisemblablement avec raison, des informations qu’elle appelle « les bobards » qui se répandent dans la prison.

Comme : « Est-il vrai que vous ne pouvez sortir qu’à partir de 11 heures du matin? » 

( L. 15/11/1942 ).

Nous y reviendrons dans les deux prochaines parties, mais l’existence de camps de concentration et d’extermination était ignorée des juifs comme des populations.

On connaissait certes l’existence de camp de détention en France, notamment ceux pour les juifs.

Mais les nazis accréditaient l’idée que les juifs déportés, via Drancy, étaient envoyés défricher et mettre en cultures de vastes territoires à l’Est. 

Nous verrons à quels simulacres odieux, ils se livraient pour entretenir cette fiction.

Les dernières semaines de Lise : « Je vais reprendre ma valise bleue ». 

( L. 2/5/1943 ).

Lise se prépare au départ dès le début mai

Elle va préparer ses affaires comme si elle devait se rendre quelque part qu’elle ignore et pour une longue durée, ce qui ne l’empêchera pas d’espérer, en son fors intérieur, qu’un retour à Contres est toujours possible.

« Vont-ils trouver que j’ai assez payé ma désobéissance ou vont-ils m’amener dans un camp. Je me le demande...enfin, attendons » et suivant sa méthode de raisonnement habituelle, elle positive : « Bernard y est bien depuis un an et il ne s’est jamais plaint...ne mettons pas les choses au pire, peut-être l’avenir est meilleur que ce qu’on pense ». ( 29/7/1943 ).

Mais elle estimera toutefois : « Ce n’est peut-être pas la peine que tu fasses faire une caisse en bois ....je vais reprendre ma valise bleue ».

Et depuis un certain temps, Lise l’organisée avait deux fois demandé à sa mère qu’elle se procure une lampe électrique chez Mme. Trétarre : «  cela pourrait me servir si je devais partir ».

Chaque semaine, surtout à partir de début juillet, elle demande à sa mère de lui remettre des vêtements : « mon costume beige, la veste marron, un autre chemisier, mes gants marrons....c’est tout simplement en prévision d’un départ....je n’ai rien du tout » et elle poursuit : « du savon et une courroie pour ma valise ». ( L. 29/7/1943 ).

Dans sa lettre du 1/8/1943, elle indique « qu’elle ne pensait plus être ici ». 

Et elle avoue « que ce qui sera le plus dur pour moi, d’être sans nouvelle, mais je m’y habituerai » tout en précisant « si je venais à partir, je pense t’envoyer un mot, à moins de n’être prévenue à temps mais une autre le ferait....et à mon arrivée, je me débrouillerai pour te faire savoir où je suis ».

On a le sentiment que Lise perçoit confusément se profiler un avenir incertain.

12 août 1943 : la levée d’écrou de la prison de Blois

Lise est remise aux autorités allemandes le 12 août.

Sa dernière lettre envoyée de la prison de Blois date du 11 août 1943.

« ... en route pour l’aventure qui se terminera où ? »

« Je suis gonflée à bloc, un courage fou ».

« Le destin a sonné. Que va t’il en résulter ? Maman, il nous faut du courage, beaucoup de courage, surtout toi.

« Je vais terminer en te criant courage, espoir, courage ».

« Surtout soigne-toi, ne te laisse pas abattre » et elle adresse son amour à tous les siens.

Admirable Lise !

Et fidèle à elle-même, elle a la force de régler des problèmes matériels : « Je viens de finir mes paquets, ils sont volumineux...comme convenu, je laisse un paquet pour mercredi ».

Et au bas de sa lettre, elle martèle vraisemblablement autant pour elle que pour sa mère : « courage, courage, courage ».

Du 12 au 17 août 1943 : à la prison d’Orléans

Nous ne savons rien de ces quelques jours.

Sinon que les Allemands lui ont pris son portefeuille, ses chères photos, son argent, etc.

Elle a écrit le vendredi une lettre à sa mère.

Lui est-elle parvenue ? Il n’y en a aucune trace.

Le 17 août 1943 : le transfert au camp de Drancy :

Dans le train qui la transfère à Drancy, Lise arrive à écrire une lettre au crayon. Cette lettre n’est pas datée, mais il est possible de le savoir par sa fiche du camp de Drancy.

Elle a été transférée d’Orléans le 17 août 1943.

Elle est « conduite par des gendarmes français » et pas par des Allemands l

Cette précision donnée par Lise est un élément de plus sur l’accablante responsabilité de Vichy dans le concours apporté aux Allemands dans l’extermination des citoyens français de religion juive !

Lise, à mots couverts, supplie sa mère : « Avant tout, tu sais ce que je veux, si tu peux encore le faire. Je te supplie, tu entends  ». 

De même, elle dissuade à nouveau sa mère de venir se jeter dans la gueule du loup, en les rejoignant car elle est sûre de retrouver Bernard.

Mme. Jankelovitch se résoudra enfin à partir auprès de son mari dans les conditions relatées dans mon étude précédente.

Lise a sûrement confié cette lettre à un cheminot.

Les cheminots, résistants ou compatissants, ramassaient les lettres jetées par les fenêtres ou les acceptaient discrètement, puis les acheminaient aux familles.

L’ultime lettre de Lise : camp de Drancy

Celle lettre est envoyée à ses « parents chéris » au nom et à l’adresse de la famille Karsenty à Clermont. 

Lise doit penser que sa mère est partie rejoindre son père mais c’est aussi une mesure de prudence pour ne pas donner un signe aux Allemands sur la possible présence encore de sa mère à Contres et les amener à continuer le regroupement familial des Jankelovitch.

Bernard usera aussi d’un stratagème pour ses derniers courriers.

La lettre est non datée mais elle correspond par son contenu à plusieurs jours après son arrivée   à Drancy.

Lise précise qu’il s’agit seulement de « deux mots que je puis vous faire passer et qui je pense vous parviendront ». Le courrier est alors interdit à Drancy.

Elle a bien retrouvé Bernard qui lui a été transféré à Drancy depuis le 19 juin 1943.

 Il est «  toujours à l’infirmerie entouré d’amis et très bien soigné, on ne pourrait faire mieux. Ses amis sont devenus les miens et tout le monde me connaissait avant mon arrivée ».

Lise estime que : « Ici, la vie est différente de celle de Blois, la liberté plus grandenous respirons mieux, la nourriture est plus saine ».

Le contexte et les conditions de détention à Drancy seront analysés dans la seconde partie portant sur la correspondance de Bernard.

Lise est contente car : « Grâce à un ami de Bernard, j’ai trouvé un emploi intéressant qui m’occupe toute la journée et m’empêche d’avoir le cafard »

Mais Lise n’en dit rien de plus.

Et elle affiche toujours son optimisme, vrai ou volontariste ? : « Ce n’est qu’un mauvais moment à passer et j’espère que nous nous retrouverons bientôt. Tous les espoirs sont en ce moment permis ». 

A quoi fait-elle allusion ? Les nouvelles pénétraient le camp de Drancy. Le mois d’août 1943 est marqué par les contre offensives de l’armée soviétique sur le front de l’Est et la conquête de la Sicile par les troupes alliées.

Lise pense que sa famille peut envoyer des colis maintenant.

Les colis doivent peser 5 à 8 kilos, précise t’elle.

Il leur manque surtout du beurre et des fruits : « vous ferez comme vous pourrez ».

Et pour elle, il lui faut une paire de souliers, une veste et une jupe. Elle rappelle qu’elle chausse du 38. Les Allemands ont dû aussi lui prendre une partie de ses affaires.

Et de l’argent : « Je n’ai plus rien ».

Elle espère pouvoir recevoir des nouvelles « qui me rassureront ».

« Quant à vous ne vous faites aucun souci, je suis toujours très forte et je remonte le moral de Bernard »

Elle donne une adresse où envoyer lettres et colis « jusqu’à nouvel avis » : Mme. Garguir, 20 rue St. Ambroise, Paris XIe ». Une connaissance d’un ami de Bernard ? Une filière de solidarité ? Un parent ou ami d’un membre de l’administration juive du camp, géré avec le concours de l’Union générale des Israélites de France ( UGIF ), administration imposée par les nazis, comme dans tous les pays occupés ?

La lettre est aussi signée par Bernard.

Plusieurs Garguir seront déportés.

Puis viendra, le 2 septembre, la déportation de Lise et Bernard qui fera l’objet de la troisième partie.


Avoir 20 ans en prison

Le dimanche 9 octobre 1942, Lise a 20 ans.

« J’entre dans la vie ».

Il lui reste moins d’un an à vivre.

Ce même 9 octobre 1942, dans sa cachette à Amsterdam, Anne Franck écrit une de ses lettres.

Il lui reste moins de trois ans à vivre.

Le lundi 9 octobre 1943, Mme. Jankelovitch écrira sur le calendrier : 

« 8 heures, naissance de Lise »


Recette de prison...

Le gâteau de Lise.

C’est la mère d’une détenue qui a amené ce gâteau.

Elles l’ont partagé entre copines.

Lise donne la recette à sa mère 

C’est un gâteau à la citrouille.

«  Choisir une citrouille douce et sucrée.

Faire cuire la citrouille coupée en morceaux dans très peu de lait

La retirer quand elle est bien cuite

La réduire en purée et la laisser refroidir

Ajouter du sucre vanillé et des zestes de citron ou d’oranges, de la farine

Bien travailler avec la cuillère pour obtenir une pâte qui tienne

Mettre au four dans un moule beurré

Lise l’a apprécié : « c’est très bon, peu coûteux et nourrissant » et demande à sa mère d’en faire un et de lui en envoyer dans un prochain colis.

( L. 10/1/1943 )


ANNEXES


Annexe 1

Les compagnes de Lise

Lise va partager sa chambre, parfois ses repas, avec des détenues qui séjourneront quelques jours ou quelques semaines à la prison de Blois.

Certaines sont des détenues de droit commun, d’autres des politiques et d’autres des détenues juives étrangères. Et pour certaines, ce qu’en dit Lise ne permet pas de l’établir.

Nous ne connaissons pas le nom de certaines.

Elle nouera des amitiés et ces femmes lui ont apporté un peu de chaleur humaine et de réconfort, victimes elles aussi de la guerre et de l’Occupation, chacune avec sa propre histoire.

Nous voulons donc les associer à la mémoire de Lise, même sommairement.

« Je viens de trouver une bonne camarade de Paris, elle est là par les Français ». 

( L. 22/9/1942. ).

« Une dame de Paris va être libérée et si nous étions transportés à Drancy, elle viendrait me voir »

( L. 11/10/1942 )

« En ce moment, il y a une dame de Paris, genre Mme. Salvi mais en plus jeune, très gentille. Tu vois elle est séparée de sa petite fille de 10 ans, aussi de son mari, c’est bien triste pour rendre service encore ( ? ) ». ( L. non datée ).

« Jeudi, ma surprise a été grande en voyant arriver une personne que je connaissais très bien et pour cause. Quel coup de théâtre pour Contres encore et le plus étonnant c’est que tu ne m’en parles pas sur ta lettre...nous mangeons et couchons ensemble. J’ai pu parler un peu de toi, beaucoup, quoique Mme. Mauger ne t’aie pas vue depuis un moment..Mme. Mauger reçoit des colis, on a grandement assez mais ce qui l’ennuie le plus, c’est qu’elle n’a aucune nouvelle de Contres et de ses enfants ». ( L. 28/3/1943 ).

Il s’agit de l’épouse de Robert Mauger. Recherché par les Allemands, il a pu s’échapper.

Les Allemands ont alors arrêté sa femme qui demeurera détenue un certain temps.

Ils étaient coutumiers de représailles de ce type sur les membres des familles de résistants.   

« Je suis avec Rachel, l’ancienne femme de ménage de Tante Fanny ». ( L. 1/11/1943 ).

« J’ai une petite camarade de Vendôme, 18 ans, elle en a pour trois semaines, elle est bien gentille ». ( L. 8/11/1942 ).

« ...une fermière qui a eu un sursis. Elle m’aimait bien. Écris-lui, tu lui diras ce qui se passe.

Mme. Yvon Mary, La Chapelle St. Martin ».

« ..maintenant, je partage mes colis avec une jeune fille de Paris, nous nous entendons bien... »

( L. 29/11/1942 ).

«  une jeune fille couturière de campagne mais bien gentille, nous nous accordons bien » 

( L. 27/12/1942 ).

« la jeune fille qui était avec moi est partie ». Elle est : « maintenant avec la cousine de Mr. Barbou et aussi avec une petite de Vendôme prise par les Allemands pour vol et qui s’en va le 19 avril. Nous nous entendons bien, je lui montre à faire des gants, mais je mange seule et comme ça on s’entend mieux ». ( L. 7/3/1943 ).

« La dame qui est avec moi, Mme. Richard s’en va mercredi. Tu auras certainement de ses nouvelles. Elle est gentille mais fait beaucoup de sermons ». ( L. 25/4/1943 ).

Cette Mme. Richard écrira à Lise qui commente : « très gentille mais très croyante ». 

( L. non datée ).

Simone Eidelmann : voir l’annexe 5.

Yvonne Chollet : voir l’annexe 4.

« J’ai une nouvelle compagne de Vierzon. Son père est à côté. C’est le notaire de Tante Lily. La pauvre est bien dépaysée. Elle est très contente de m’avoir trouvé, car vu le milieu... ».

Dans la même lettre, elle demande à sa mère un gilet « pour une gentille jeune fille qui a besoin d’être relevée d’où elle est et qui le désire ». ( L. 27/6/1943 ).

Une Melle. Sellier de Vierzon. Cette dame connaissait « une Mme. Droz qui était la secrétaire du directeur de Paris Soir avant-guerre. Elle peut faire beaucoup de choses. Elles beaucoup d’amis comme nous, entre autres un qui s’occupe aux Affaires Juives. C’est par qu’elle veut passer ». Elle va écrire à sa mère pour qu’elle lui envoie le jugement de Lise. Et Lise commente : « Tu vois, même en prison on peut se faire de hautes relations ». Affaire sans suite évidemment ( L. 25/7/1943 ).

Melle. F. Rivière de Villiers du Loir, sœur d’une jeune fille détenue avec Lise, écrira une lettre pleine d’émotion à Mme. Jankelovitch, le 22/8/1943.

Elle conclue : « j’espère que prochainement le retour des libertés d’antan nous ramènera les êtres chers en même temps qu’une paix durable ».

Lise est alors à Drancy, à quelques jours de son départ sans retour.


Annexe 2

La famille de Lise

On trouvera ci après quelques informations sur les membres de sa famille cités par Lise.

Les Karsenty :

Yvonne Brunschwig, soeur cadette de Mme. Jankelovitch, avait épousé Henri Karsenty, originaire d’Oran et militaire dans la Garde Mobile, révoqué par le gouvernement de Vichy, en application du Statut des Juifs et de leur éviction, entre autres, des emplois publics.

Ils s’étaient installés à Clermont-Ferrand où se réfugia Salomon, puis sa femme et le petit Pierre, après le transfert à Drancy de Lise et Bernard.

Ils eurent deux fils Jacques, major de St.Cyr et ingénieur à la SNCF ; Gérard, qui fit l’Ecole Centrale de Lyon et devint ingénieur spécialisé dans les ponts et les barrages.

La famille Karsenty participa activement à la Résistance.

Le père Henry employé dans une imprimerie qui servait de couverture à la Résistance.

Les fils au sein du Réseau « Délivrance » puis dans les maquis du Cantal autour de Mauriac.

Gérard Karsenty sera un des plus jeunes résistants homologués de France.

Il entre dans la Résistance à 15 ans et y sera chargé de nombreuses missions, notamment au sein de l’Etat-Major des FFI d’Auvergne.

A ce titre, il sera décoré de la Légion d’honneur le 17 mars 2018 et décédera le 18 novembre.

Les Jankelovitch de Vierzon :

Achille Blum avait ouvert, en 1889, un magasin de vêtements pour hommes « La Belle Jardinière » à Vierzon, mais aussi à Romorantin, Contres et St.Amand Montrond.

Il s’agissait de magasins franchisés, première expérience en France.

Pendant la guerre de 14-18, sa femme née Brunschwig, se dévouera au service des militaires et civils victimes d’épidémies, notamment la grippe espagnole, et sera décorée de la Médaille d’Honneur des Épidémies créée en 1885.

Achille Blum sera le délégué, durant la guerre, du Grand Rabbinat de France auprès des soldats et des blessés à Vierzon.

Leur fille Fanny épousera Pierre Jankelovitch qui succédera à son beau-père en 1920.

Sa sœur Lily Blum épousera René Goldschmidt propriétaire du « Au Petit Paris » à Romorantin.

C’est Pierre donc qui cède le magasin de Contres à Salomon au début des années 1930.

Lorsque la franchise de la Belle Jardinière sera enlevée à tous les propriétaires juifs,

le magasin de Vierzon prendra le nom de Sivry.

Pierre Jankelovitch et René Goldschmidt seront spoliés de leurs biens qui leurs seront restitués à la Libération, comme pour Salomon.

Pierre et sa femme s’étaient réfugiés à St Amand Montrond, petite ville calme du Berry.

En représailles à un attentant contre des Miliciens, une rafle des juifs de St. Amand est organisée dans la nuit du 21 au 22 juillet 1944.

76 juifs, hommes, femmes et enfants, sont emprisonnés à Bourges.

Des témoins ont rapporté la vision de Pierre Jankelovitch, âgé de 74 ans et paralysé d’un côté, traîné par les pieds dans les escaliers.

Le 24 juillet, 28 de ces hommes dont Pierre vont être massacrés. Les victimes seront, avec une inimaginable sauvagerie, précipitées dans des puits du domaine agricole de Guerry à Savigny en Septaines dans le Cher. Les Allemands jèteront sur eux des blocs de pierre pour les écraser.

Le 8 août, 8 femmes dont « Tante Fanny » subiront le même sort, au même endroit.

Le 18 octobre 1994, un monument commémoratif, œuvre du sculpteur Georges Jeanclos neveu de Pierre, sera inauguré.

Il existe un Comité du Souvenir de la tragédie des Puits de Guerry dans lequel est engagée la famille Jeanclos, nom que prendra cette branche de la famille Jankelovitch après la guerre.

Pierre et Fanny ont eu trois enfants :  

Henri qui prendra la suite de son père à la Libération et dont le fils Dénis fermera Sivry en 1996

Simone décédée dans un accident de voiture en 1938.

Raymond, avocat à Paris, maintenant âgé de 88 ans.

Les Brunschwig :

Henri David Brunschwig, frère de Mme. Jankelovitch et sa femme Céline née Blum, demeurant à Besançon, s’étaient installés à Lyon durant la guerre.

Ancien combattant de 14-18, il en avait conservé des séquelles.

Céline Blum appartenait à la famille Blum propriétaire de la très connue entreprise d’horlogerie UTINAM à Besançon.

Lise entretiendra une correspondance régulière mais espacée avec « Tante Céline » en raison de son quota autorisé de correspondance hebdomadaire.

Ils auront trois enfants.

Claude, diplômé de HEC Paris

Nanny, épouse Strauss.

Andrée, mariée à Paul Malfroy, qui s’étaient connus dans la Résistance ( mouvement des FTP ) dans la région de Besançon.

Les Goldschmidt :

Henri Goldschmidt possédait des magasins de vêtements dans les Vosges, à Besançon  et Paris.

Il était cousin avec René de Romorantin.

Il avait épousé Cécile Brunschwig, cousine germaine de Mme. Jankelovitch, fille de son oncle Eugène Brunschwig.

Lise reçoit de la correspondance de Nice de « Tante Céline » en octobre et novembre 1942. Il était d’usage d’appeler par respect « Tante » ou « Oncle » des parents d’un certain âge.

Leur fils Jean Goldschmidt, né à Besançon le 18 novembre 1905, sera déporté à Auschwitz par le convoi N° 61 du 28 octobre 1943.

Je n’ai pas pu établir les conditions et la date de son arrestation dans le Sud de la France.

Les Daniel :

Andrée était la sœur de Pierre Jankelovitch.

Elle avait épousé André Daniel. Pendant la guerre, les Daniel résidant à Amiens, s’étaient repliés sur Lyon.

Leur fille Lise, dite "Lily", établira une généalogie de la famille Jankelovitch.  

Elle écrira périodiquement à Lise qui regrettera de ne pouvoir le faire, mais lui fera passer des nouvelles par sa tante Céline.


Annexe 3


Les amis de Lise et de la famille Jankelovitch 

Les Poulin, charcutiers qui hébergeront les Jankelovitch à leur retour à Contres en 1945 et à qui ceux- ci témoignaient une grande confiance.

Les Jarry, commerçants fromagers qui faisaient aussi les marchés.

Les  Pachet, le mari était prisonnier de guerre et Mme Pachet tenait une épicerie coopérative appelée « Les Docks de France. Mme. Pachet était intime de Mme. Jankelovitch.

Les Salvi, originaires d’Italie, venus se réfugier à Contres.

Les Sibottier, cultivateurs-viticulteurs à Oisly ; Lise y faisait les vendanges.

Les Mauger, bijoutiers, qui logeront les Jankelovitch après leur spoliation. Robert Mauger, député maire de Contres et résistant.

Les Chartier, cultivateurs et résistants qui emploieront les Jankelovitch.

Les Nadeau, électriciens. Julien Nadeau, résistant mourra en déportation.

Sa meilleure amie était Jeannette Poulin qui sera, après la guerre, surveillante générale au Lycée de Blois. 

On peut aussi citer parmi ses amis proches :

Marcelle Robin

Andrée Costes

Gisèle ...? Qui lui écrit régulièrement des lettres très appréciées par Lise.

Carmen Lebert

Jacqueline Garnier

S. Sicault.

A.Petitbon

Pierrette...?´

Paulette Paumier ( est-ce Paulette Porcher, l’auteure d’un poème sur Lise ).

Jacqueline Dufaure, nettement plus âgée que Lise, secrétaire à Paris où elle demeure, écrira régulièrement à Lise qu’elle appelle «  Ma petite amie ». Une connaissance mais d’où ?

Raymond Bouygues

Roger Ballon

A.Clause

Marcel Bras

Robert Melot

Lise cite bien d’autres noms dans ses lettres soit des personnes qui lui ont envoyé des lettres, des cartes, des denrées ou dont elle demande des nouvelles. 

Parmi les noms qui reviennent :

Mme. Bouygues dont le mari avait une entreprise de plâtrerie et qui aidera Mme. Jankelovitch pour des fausses cartes d’identité lors de son départ clandestin en août 1943.

Mme. Guillot

Melle. Seguron, médecin traitant.

Mme. Breton, fille aînée des Poulin, bouchère.

Mr. Breton, son mari, boucher et prisonnier de guerre.

Mme. Tretarre qui doit avoir un magasin bazar.

Les Ballon.

Melle. Pérus, infirmière à la Croix-Rouge.

Mme. Bigot du magasin « Le Familistère »

Mme. Marcelle Perret, elle avait été vendeuse chez les Jankelovitch, son mari était prisonnier de guerre.

Madeleine Girouard, dans la Résistance, son mari prisonnier de guerre évade également dans la Résistance.

M.Denis

Comme Lise mentionne la plupart du temps seulement M, on ne sait parfois s’il s’agit d’une femme ou d’un homme.


Annexe 4


Yvonne Chollet : Institutrice et Résistante

Lettre de Lise du 9 mai 1943 «  J’ai de nouveau des compagnes, ça ne désemplit pas ...hier une dame institutrice de Vendôme, amie des Bigot et qui connaît ses collègues de Contres ».

Lettre du 16 Mai : «  Je viens de finir de déjeuner avec Mme. Chollet...nous mangeons ensemble : asperges à la crème, lapin, fraises.. ».

Lettre non datée mais début juillet : «Je suis de nouveau seule. L’institutrice est partie ce matin, destination inconnue ».

Lettre non datée « J’attends des nouvelles de l’institutrice de Vendôme, je me demande ce qu’elles est devenue, pauvre femme ! J’espère la revoir après étant des amis de Simone Bigot et ayant une propriété par ici ».

Yvonne Chollet était née le 1er Mars 1897 en Charente.

Elle milite au sein du PCF à partir de 1936. 

Elle s’engage dans la Résistance, sans en informer sa famille, dès le début de l’occupation allemande.

Elle est institutrice à Vendôme au groupe scolaire St. Dénis.

Dénoncée, elle est arrêtée par la Gestapo, dans sa classe le 6 mai 1943, pour propagande anti-allemande et actions clandestines.

Le jour même, elle est incarcérée à la prison de Blois ( cf. Lise donne elle le 8 mai ), puis à Compiègne.

Le 30 janvier 1944, elle est déportée au camp de Ravensbruck et décède le 23 février 1945.

Elle pratiquait le chant avec ses élèves et aussi avec ses compagnes déportées.

La veille de sa mort, Yvonne Chollet trouva d’ultimes forces pour chanter « le Chant du Départ », ce bel hymne révolutionnaire à la liberté.

Une école de Vendôme porte son nom.


Annexe 5


Les Eidelmann : une famille juive roumaine

Lettre de Lise :

«  J’ai eu une semaine mouvementée. J’ai eu une compagne roumaine mardi soir de 25 ans et sa petite nièce de 4 ans. De l’autre côté son père et son frère , la famille toute dispersée.

Ils sont partis hier matin, certainement pour Beaune la Rolande. Inutile de te dire le souci que j’ai eu. Elle était très gentille et surtout très intelligente. Sa pauvre maman de 65 ans était justement à Blois quand ils ont été arrêtés et où est-elle ?

Ils n’ont presque rien emporté. La petite Liliane, j’ai essayé d’aider de mon mieux...à Beaune, ils auraient retrouvé Adrienne et Pauline ( cf. des amis, les Bernheim )... mais j’ai bien peur qu’ils soient déportés vers d’autres pays n’étant pas français ».

Lise a donné à Simone Eidelmann la nourriture qui lui restait et son pyjama : « je l’aimais beaucoup et elle parlait si bien ».

Les membres suivants de la famille Eidelmann, originaire de Roumanie, ont été déportés au camp d’extermination de Sobibor, par le convoi n° 53 du 25 mars 1943, au départ de Drancy.

Liliane née le 27/7/1938 à Paris.

Henri né le 24/7/1906 à Roseani. Il était artisan fourreur.

Moise né en 1877 à Rischani

Ydel né en 1909 à Rischani.

Sarah née le 2/1/1918 à Bessarabie. C’est Simone.

Ils s’étaient réfugiés à St. Claude de Diray près de Chambord.

Le convoi arrivera à Sobibor trois jours après son départ.

Il comptait 1008 personnes dont 118 enfants. 

Le père de Robert Badinter en faisait partie.

En 1945, 5 personnes du convoi n° 53 seulement avaient survécu.